Ce mercredi 14 octobre 2026, au centre d'art et de recherche Picha, s'est tenue une conférence de presse en marge de la 9ᵉ édition de la Biennale de Lubumbashi. Elle a réuni plusieurs acteurs clés de cette manifestation culturelle, dont des artistes, des commissaires d'exposition et des responsables de la structure organisatrice, afin de discuter du thème et de présenter les différents lieux de cet événement.
Placée sous le thème « Manger la terre » (NDLR : « ku kuria bulongo », en swahili), cette biennale interroge l'exploitation des ressources naturelles, la restitution des biens culturels, la mémoire et la réappropriation des espaces et des récits. Cette nouvelle édition entend notamment questionner les rapports entre les territoires, les ressources qu'ils recèlent et les populations qui y vivent.
À l'ouverture des échanges, Samy Baloji, artiste visuel et cofondateur du centre d'art Picha et de la Biennale de Lubumbashi, aux côtés de Jean Katambay, artiste visuel et président statutaire de Picha, a présenté l'histoire de la Biennale et de la structure du collectif Picha, ainsi que la démarche qui porte cette manifestation artistique.
Juste après leurs interventions, Sorana Munsya, autrice et curatrice belgo-congolaise, commissaire de la 9ᵉ édition, a invité, à travers le thème « Manger la terre », à réfléchir sur les mécanismes d'exploitation qui transforment les territoires sans nécessairement tenir compte des populations qui les habitent.
« Manger la terre renvoie à l'action simultanée de plusieurs acteurs qui tirent profit de la terre, tandis que les communautés locales en subissent les conséquences. La réflexion ne s'arrête toutefois pas à la dénonciation de l'extractivisme. Elle questionne également les réactions et les stratégies de celles et ceux qui vivent sur ces territoires : comment répondre à l'exploitation de ses propres terres et comment se réapproprier ce qui a été pris ? », a-t-elle déclaré, avant de rappeler que cette réflexion se décline en quatre axes.
« Le premier axe, celui du poison, évoque une terre laissée contaminée et fragilisée par les activités extractives. Le deuxième, le retour à la terre, s'adresse aux personnes de la diaspora et interroge leur rapport au territoire d'origine. Le troisième porte sur la restitution, une question complexe qui soulève des interrogations sur la manière de récupérer les biens et les ressources confisqués, dans un contexte où cette démarche rencontre encore des résistances. Enfin, le quatrième s'appuie sur le récit et l'héritage intellectuel de Valentin-Yves Mudimbe pour questionner la production du savoir, notamment au sein de l'Université de Lubumbashi, à laquelle sa bibliothèque a été léguée », a-t-elle renchéri.
De son côté, Gaël Van Lede, directrice du centre d'art Picha, chargée de communication et de production de la 9ᵉ Biennale de Lubumbashi, a présenté les collaborations et les différents lieux appelés à accueillir les activités. Parmi les espaces partenaires figurent l'Institut des beaux-arts, l'Institut français, l'Université de Lubumbashi, la librairie Prisme, la galerie Dialogue et bien d'autres, qui contribueront à mettre en lumière les initiatives émergentes portées par les artistes locaux, nationaux et internationaux.
« Manger la terre », une réponse des artistes pour réinventer les espaces
Kevin Kabambi, photographe et artiste visuel, développe un projet autour de la mémoire et de la transformation des lieux. Pour lui, « Manger la terre » permet de réfléchir à la manière dont l'exploitation transforme les espaces, tant sur le plan intellectuel que physique.
« Je pense que Manger la terre est, pour moi, un moyen de me réapproprier ma propre histoire, dans un contexte où les transformations des espaces peuvent modifier les liens entre les populations et leur mémoire », a-t-il souligné.
Dans une approche différente, Joseph Kasau, artiste et chercheur congolais, présente un projet intitulé Entre ciel et terre à la mini-galerie Mast'art. À travers une installation immersive, il entend questionner les mécanismes d'extraction et les promesses qui accompagnent l'exploitation de ces ressources. Dans sa démarche, la terre représente ce qui est pris aux populations, tandis que le ciel représente ce qui leur est promis.
Sõn Gweha, artiste pluridisciplinaire française d'origine camerounaise, propose, quant à elle, une réflexion sur les plantes médicinales et les savoirs traditionnels à travers son installation à l'Institut des beaux-arts. Sa démarche, qu'elle associe à l'idée de « boire la terre », s'intéresse aux pratiques des tradipraticiens qui utilisent les plantes indicatrices de minerais du Katanga dans le but de soigner des plaies.
Cette 9ᵉ édition de la Biennale de Lubumbashi se tient du 15 octobre au 15 novembre 2026. Elle s'annonce comme un rendez-vous où artistes, chercheurs, acteurs culturels et admirateurs ne se contenteront pas de participer à une série d'activités réunies sous un même thème, mais dialogueront aussi sur les rapports entre la terre, les ressources, les identités et les communautés.
Cécile Mulumba
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