Sous l’écho de lectures et au milieu des volumes d’une peinture en pleine création, l’héritage de Valentin-Yves Mudimbe a été revisité. Dans le cadre de la 9ème édition de la Biennale de Lubumbashi, Grady Bizaki, écrivain, directeur éditorial de la maison d’édition BOOKIN et artiste des Ateliers Picha 2025-2026, a présenté, le jeudi 22 octobre 2026, à l’Académie des Beaux-Arts de Lubumbashi, son projet intitulé « Écris Mudimbe, danse, slame mon roi ». Une performance pluridisciplinaire totale qui croise littérature, slam, arts visuels, musique et danse.
L'objectif de cette création est double : questionner l'héritage intellectuel du célèbre philosophe congolais tout en explorant la fracture et le conflit littéraire qui l’opposa à son contemporain Georges Ngal dans les années 1970.
Pour Grady Bizaki, exhumer cette confrontation historique entre deux intellectuels sacrés de la pensée congolaise n'a rien d'une simple nostalgie académique. C'est un miroir tendu aux crises actuelles. Interrogé sur sa motivation profonde, il livre un plaidoyer sans concession :
« Questionner le conflit entre Mudimbe et Georges Ngal, ce n'est pas seulement remuer le passé, c'est aussi disséquer les racines de nos propres tiraillements contemporains. Ces deux géants se sont affrontés sur la réinvention de notre identité, sur la rupture avec l’ordre colonial et le piège du discours occidental. Aujourd'hui, alors que la Biennale nous invite à “Manger la terre”, j'ai voulu utiliser la scène comme un tribunal poétique pour raviver cette tension. Cette performance, mêlant écriture, slam, arts visuels et sonores, danse et musique, interroge le legs intellectuel du penseur Valentin Yves Mudimbe, tout en explorant le conflit littéraire qui l’opposa à Georges Ngaal dans les années 1970 .»
Sur la scène de l'Académie des Beaux-Arts, plusieurs disciplines ont fusionné pour donner corps et voix à cette réflexion dense : l’univers sonore avec l'artiste Pin Provi, le dialogue textuel avec Grady Bizaki et Ruth Mulimbi, la rythmique des mots avec le slameur Jordyctionnaire, l’action plastique (live painting) avec l'artiste peintre Og Bukasa et la danse et le rap, perspectivement par les artistes Adorianne et PCentral.
À travers ce maillage de talents, « Écris Mudimbe, danse, slame mon roi » propose une approche vivante de la pensée comme archive et mémoire.
En transformant la théorie littéraire en mouvement, en métamorphosant le slam en outil de réflexion critique et en utilisant la peinture comme le liant d'un récit collectif, Grady Bizaki et ses collaborateurs offrent au public une expérience totale. Ils prouvent que les débats intellectuels des années 70 n'ont rien perdu de leur sève ni de leur pouvoir d'émancipation.
Cécile MULUMBA
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