Cotonou, au Bénin, s'apprête à devenir la capitale panafricaine de la sculpture contemporaine. Du 26 au 30 octobre 2026, la première édition du Festival International de Sculpture de Cotonou (FISCO) réunira 23 artistes de 12 pays d'Afrique et d'Europe, sélectionnés à l'issue d'un appel à candidatures exigeant.
Parmi cette élite artistique, la République Démocratique du Congo s'impose brillamment avec une délégation de 4 sculpteurs de premier plan : Bwami Adriel, Kengele Gabriel, Kabemba Marius et Cédrick Sungo.
FISCO 2026 : « Retour aux sources » et questionnement de l’héritage
Placée sous le thème « Retour aux sources », cette édition inaugurale fait écho aux grands bouleversements patrimoniaux qui secouent le continent. Depuis la restitution historique en novembre 2021 des 26 œuvres des trésors royaux d'Abomey par la France, et dans le droit fil des assises de l'UNESCO réunissant les 54 États africains, la question du retour des biens culturels dépasse la simple géographie.
Il ne s'agit plus seulement de savoir comment les objets rentrent, mais ce que nous faisons de cet héritage :
- Comment le comprendre, le transmettre et le questionner ?
- Comment peut-il nourrir de manière incisive la création contemporaine ?
Le FISCO offre ainsi un espace d'exploration unique où la sculpture, ancrée de longue date dans les pratiques sociales, spirituelles et symboliques africaines , devient un terrain de réinvention. L'enjeu n'est point de copier le passé, mais de dialoguer avec les formes, les matières, les symboles et les mémoires pour bâtir le présent.
L'installation de Cédrick Sungo : Quand le métal capture l'invisible
C'est précisément dans cette arène de réflexion que s'inscrit l'artiste congolais Cédrick Sungo. Pour cette première du FISCO, il exposera une puissante installation composée de 5 sculptures, porteuse d'une vision incisive de l'humain et de son milieu.
Fidèle à sa signature artistique, Cédrick Sungo façonne le vivant à travers une technique rigoureuse d'assemblage de divers fils et de métaux coupés. Il donne ainsi naissance à des représentations d'humanoïdes saisis au cœur d'un environnement aux mouvements cristallisés. Ses œuvres déploient un ensemble d'ondes frénétiques qui se disputent des flux visibles et invisibles, matérialisant l'atmosphère qui enveloppe l'être humain et structure ses relations avec le monde.
« C’est une sorte de mise à nu et un inventaire sur les interactions en diatribe entre l'homme et la nature, parfois dans un équilibre de pouvoir fragile, » confie l'artiste.
Porter la voix de la sculpture congolaise et africaine
Pour Cédrick Sungo, cette sélection à Cotonou revêt une dimension hautement symbolique et politique. La sculpture a toujours occupé une place majeure dans la culture métallurgique en Afrique, constituant un pilier de notre identité et de notre histoire séculaire.
« Être sélectionné dans un tel projet démontre l'engagement de ce métier noble qu'est la sculpture. L'Afrique a besoin aujourd'hui de tous ces projets. À l'instar des grandes foires internationales qu'on voit en Occident, nous voyons aujourd'hui naître Dak'Art, Biso et tant d'autres rencontres d'art contemporain en Afrique. Cela donne l'espoir à notre génération et à celle du futur pour la pérennité de la culture, de l'histoire et de notre héritage, » souligne-t-il avec conviction.
Du 26 au 30 octobre 2026, à travers les mains et le métal de Cédrick Sungo, la RDC rappellera à Cotonou que la modernité artistique africaine sait magistralement faire chanter le feu, le fer et la mémoire.
Masand Mafuta
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