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« La suture » : au coeur des zones de silence, Merveil Hakeem Dianzenza redonne une voix aux oubliées

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« La suture » : au coeur des zones de silence, Merveil Hakeem Dianzenza redonne une voix aux oubliées

Auteur, journaliste, réalisateur et éditeur franco-congolais installé en France, Merveil Hakeem Dianzenza consacre son parcours à l'intersection de l'histoire, de la mémoire et de la création littéraire. Titulaire d’une licence d’histoire, il est le fondateur et le directeur des Éditions Hakvision, maison à travers laquelle il porte une voix ancrée dans les réalités contemporaines et les luttes africaines.

Son engagement se traduit aussi bien par sa plume — avec des œuvres telles que KATIOPA : La prophétie noire contre le nouvel ordre mondial, Un Écrivain à Kinshasa : Chroniques d’un Retour aux Sources et Papa Masambukidi : Héritage, luttes et vision d’un guide spirituel africain — que par son militantisme humanitaire, notamment auprès d'Utopia 56 et en tant que coordinateur Europe de l'association SEFA Togo.

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C'est fort de cette conscience géopolitique et humaine qu'il signe aujourd'hui La Suture, un roman né d'une rencontre bouleversante :

« La Suture est né d’une rencontre réelle. Une femme m’a parlé de son histoire et m’a demandé de l’écrire. Elle m’a confié ce qu’elle avait vécu, notamment les violences liées à l’excision, la douleur, le silence et les conséquences de cette expérience sur sa vie. J’ai reçu cette demande comme une responsabilité. J’ai choisi de transformer son histoire en fiction pour protéger son identité, mais aussi pour lui donner une forme littéraire capable de toucher d’autres lecteurs. Asha est donc un personnage romanesque, mais l’origine du livre vient bien de la parole et de la confiance d’une personne réelle. »

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Un objet littéraire engagé : Entre urgence intime et géographie des tensions

Proposé au format broché 6 × 9 pouces sur 100 pages, cet ouvrage publié par les Éditions Hakvision et disponible sur Amazon s'impose par sa concision percutante. Loin des fresques artificielles, le texte plonge le lecteur au cœur d'une vérité humaine universelle, portée par une idée maîtresse :

« L’idée fondamentale du roman est qu’une personne ne doit jamais être réduite à ce qu’elle a subi. Asha a connu l’excision, la guerre, la perte, l’exil et la solitude. Pourtant, elle n’est pas seulement une victime. Elle soigne, elle écoute, elle prend des décisions et elle tente de reconstruire une vie qui lui appartienne. Le roman parle de la possibilité de continuer à vivre après la blessure. Il ne prétend pas que le passé peut être effacé ni que la guérison est simple. Il montre plutôt qu’une personne peut avancer avec ses cicatrices, retrouver une voix et reprendre progressivement possession de son histoire. »

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Asha, ou l'art fragile de panser les autres tout en portant ses propres fardeaux

Au cœur de Goma, le personnage d'Asha incarne une figure de guérisseuse clandestine qui répare les corps meurtris par la folie des hommes. Une vocation façonnée directement par l'écoute du réel :

« Asha est directement inspirée par la femme qui m’a demandé d’écrire son histoire. Je ne l’ai pas imaginée à partir d’un simple sujet d’actualité ou d’une volonté de créer une héroïne abstraite. Son parcours m’a conduit à construire une femme qui, malgré ses propres blessures, devient capable d’aider d’autres femmes. Elle soigne avec des moyens limités, dans un contexte de guerre, de déplacement et de précarité. »

Cette dualité poignante entre l’action salvatrice extérieure et la béance des traumatismes intimes se lit à travers les moindres gestes du personnage :

« Lorsqu’une autre femme souffre, Asha sait quoi faire. Elle prépare son matériel, observe la blessure et reste concentrée. Mais lorsqu’elle est confrontée à sa propre mémoire, cette maîtrise disparaît. Son corps réagit avant même qu’elle puisse mettre des mots sur ce qu’elle ressent. Cette contradiction me semblait très humaine. Les personnes qui aident les autres ne sont pas toujours elles-mêmes guéries. Elles peuvent soutenir quelqu’un tout en portant une grande fragilité intérieure. »

De la cicatrice au titre : Une esthétique de la résistance

Le titre énigmatique de l'œuvre trouve sa résonance dans les symboles forts qui habillent sa couverture — une colonne vertébrale recousue et une goutte de sang :

« La colonne vertébrale représente le corps, la dignité et la capacité à rester debout. Elle évoque aussi la structure invisible qui permet à une personne de tenir malgré les chocs. Le fait qu’elle soit recousue renvoie à une réparation qui n’efface pas la blessure. Une suture ne fait pas disparaître ce qui s’est produit. Elle rapproche les bords d’une plaie pour permettre au corps de continuer. [...] Le titre La Suture ne signifie donc pas que tout est guéri. Il désigne le geste par lequel on tente de maintenir ensemble ce qui a été séparé : le corps, la mémoire, la famille, l’identité et parfois l’avenir. »

Cette géographie de la douleur s'enracine également dans des territoires précis, qui épousent le parcours migratoire et l'exil d'Asha à travers la Somalie, le Kenya, l'Ouganda, Beni et Goma :

« Ce ne sont pas uniquement des références générales à des zones de conflit : ce sont les pays et les villes à travers lesquels elle se déplace au fil de son histoire. La Somalie, le Kenya, l’Ouganda, Beni et Goma représentent différentes étapes de sa fuite, de son déplacement et de son exil. Chaque territoire laisse une trace dans son parcours. [...] Pour Asha, ce sont aussi des lieux de vie, de souvenirs, de rencontres et de pertes. »

Mémoire, survie et solidarité : La force du lien féminin

Quand la violence du passé refait surface sous les traits d'un visage surgi de la fumée, la mémoire devient le moteur implacable de l'intrigue psychologique :

« La mémoire est l’une des forces principales du roman. Elle ne reste pas enfermée dans le passé : elle agit sur le présent, sur les relations et sur les décisions des personnages. Pour Asha, le retour d’Abdi rend impossible l’idée d’un passé définitivement éloigné. Elle doit regarder ce qu’elle avait tenté de tenir à distance. [...] Elle oblige les personnages à accepter qu’ils ne retrouveront jamais exactement les personnes qu’ils étaient autrefois. Le passé demeure présent, mais il ne doit pas forcément décider seul de l’avenir. »

Pourtant, face à cette adversité implacable, le salut émerge de la force du collectif et de la dignité partagée :

« La solidarité apparaît d’abord dans des gestes concrets. Une femme accompagne une autre jusqu’à la porte. Une voisine prête un vêtement. Quelqu’un prépare à manger. Une autre personne accepte d’écouter sans poser de questions. Je ne voulais pas présenter la solidarité comme un grand discours. Dans les situations de crise, elle se manifeste souvent par des actes discrets et quotidiens. »

Merveil Hakeem Dianzenza livre ainsi avec La Suture bien plus qu'un simple roman sur les ravages de la guerre : c'est un vibrant manifeste pour la résilience, une invitation à regarder les survivants non pas à travers le prisme de leurs traumatismes, mais par la lumière de leur inaltérable humanité.

Masand Mafuta 

Galerie photos

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