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« Lusinga Song » : Jenny Munyongamayi porte la mémoire de Lusinga sur scène

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« Lusinga Song » : Jenny Munyongamayi porte la mémoire de Lusinga sur scène

De Lubumbashi à la Belgique, la slameuse congolaise Jenny Kongolo Munyongamayi explore l’histoire du chef Lusinga à travers une création associant parole, musique et images.

Coécrite avec le dramaturge franco-belge François Clarinval, « Lusinga Song-Mwimbo ya Lusinga » puise dans les archives et les récits transmis pour interroger la mémoire coloniale et la restitution des restes humains. Les deux artistes racontent leur démarche à Culturecongo.

Jenny a grandi avec les histoires de son père. Pourtant, parmi ces récits, une figure manquait : Lusinga. Lorsqu’elle découvre son nom à l’âge adulte, la présentation qu’elle trouve sur Wikipédia, centrée sur le commerce des esclaves, lui paraît réductrice. Elle veut comprendre davantage. Puis elle apprend que son crâne a été emporté en Belgique comme trophée par l’officier Émile Storms.

« Le vrai déclic a été d’apprendre que son crâne avait été emporté en Belgique », explique-t-elle. Cette découverte ouvre une recherche qui deviendra « Lusinga Song ».

Chef de la région de Marungu, dans l’est de l’actuelle RDC, Lusinga lwa Ng’ombe fut décapité le 4 décembre 1884, lors d’une opération militaire punitive organisée par Storms, comme le documente l’AfricaMuseum. Pour Jenny, revenir sur cette histoire implique de confronter les archives aux récits vivants et d’interroger ce qui lui a été transmis.

« Mon lien avec Lusinga est celui d’une héritière et d’une passeuse de mémoire », précise-t-elle. Elle interprète le silence qui entourait cette figure comme une blessure mémorielle et cherche, par la création, à ouvrir un espace de parole.

Des recherches à une écriture partagée

La collaboration avec François Clarinval prend racine en 2022, lors d’un atelier d’écriture qu’il anime à l’Institut français de Lubumbashi. Lorsque le projet se précise, leurs recherches se déploient entre la RDC et la Belgique.

Pendant sa résidence belge, en avril et mai 2026, Jenny explore avec lui les fonds Émile Storms à l’AfricaMuseum de Tervuren. Ils échangent également avec des anthropologues et des acteurs de la diaspora. Mais l’expérience qu’elle décrit comme la plus bouleversante reste son face-à-face avec le crâne de Lusinga à l’Institut royal des Sciences naturelles de Belgique, à Bruxelles.

Selon Jenny, cette rencontre nourrit directement son écriture et renforce son sentiment de responsabilité envers cette mémoire.

Le texte se construit ensuite par échanges successifs. Jenny propose un premier jet ; François le retravaille et le lui soumet. Elle éprouve alors les mots à voix haute, vérifie qu’elle peut les porter, puis partage ses remarques.

François décrit la rencontre entre une écriture intime et intuitive et sa propre approche, davantage narrative et théâtrale. Le travail consiste à composer avec ces différences, y compris avec les publics auxquels chacun pense, pour construire une parole commune.

Une histoire portée par les mots, les sons et les images

Le slam demeure au centre du spectacle. « Il transforme la poésie en une mémoire partagée », souligne Jenny.

Autour de sa voix se déploient musique, ambiances sonores, projections documentaires, scénographie et costume. François évoque notamment le recours au mapping, une technique de projection adaptée aux surfaces et à l’espace scénique. Ces disciplines participent à une même construction artistique.

Les documents historiques ne servent pas uniquement de décor : leur projection accompagne la parole de Jenny et met en relation les traces conservées et l’interprétation sensible qu’elle en propose.

François explique que les faits essentiels au récit ont fait l’objet de vérifications. Lorsque les recherches révélaient des interprétations divergentes, les artistes ont choisi de préserver cette pluralité. Cette méthode constitue leur démarche déclarée : transmettre des repères tout en laissant place à la complexité historique.

À Lubumbashi, un parcours entre deux lieux

La première représentation s’est tenue le 27 août 2026 à Lubumbashi. Un prologue au bureau Wallonie-Bruxelles a précédé une procession jusqu’au Musée national, où le spectacle s’est poursuivi dans la cour.

Une marche de plus de deux heures, accompagnée des chants, tambours et danses du groupe folklorique Batabwa Buvuano la Batabwa. Retenir particulièrement l’attention d’un public qui, selon son témoignage, a suivi le parcours jusqu’à son terme.

Cette traversée de la ville donne à la création une dimension collective : la mémoire se transmet aussi par le déplacement, les voix et la présence des participants.

Une création appelée à changer avec les lieux

Deux prochaines présentations sont prévues en Belgique : le 1er novembre 2026 à l’AfricaMuseum, à Tervuren, et le 6 novembre à L’An Vert, à Liège. La scénographie sera adaptée à chaque espace et mobilisera une nouvelle équipe artistique. Le texte interprété par Jenny restera le fil conducteur.

Une tournée dans plusieurs pays d’Afrique francophone est également envisagée, sans calendrier annoncé à ce stade.

Au fil de la création, la question de la restitution a pris une place croissante. François explique que leur volonté initiale d’ouvrir une réflexion s’est progressivement accompagnée d’un engagement artistique plus affirmé.

Pour sa part, Jenny, souhaite encourager les jeunes Congolais à questionner les récits historiques reçus et à approfondir leurs recherches. Avec le public belge, elle espère ouvrir un dialogue sur la justice mémorielle, la décolonisation des esprits et le retour des biens culturels et des restes humains. « Lusinga Song » porte ainsi sur scène une recherche qui continue, nourrie par les documents, la création et les rencontres.

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