« C’était ça ou mourir », ou était-ce ce livre pour enterrer une carrière ? Cet ouvrage de Thélyson Orélien, C’était ça ou mourir, est au cœur d’une polémique associée à une utilisation excessive de l’intelligence artificielle, estimée à près de 95 %.
L’application de contre-vérification Pangram a pu révéler que l’auteur avait utilisé l’I.A. pour rédiger cette œuvre.
À la lecture de la situation, peut-on dire que les robots avaient donc séduit les jurés et l'éditeur au point de leur faire croire, de toute évidence, qu’il s’agissait d’une œuvre humaine ?
D’ailleurs, c’est bien évidemment le cas. Ainsi, l’on peut en déduire qu'ils ne devraient pas être fiers d’avoir été séduits par une plume de robots et qu’ils devraient, d’ailleurs, être disqualifiés et sujets à présenter des excuses pour cette légèreté.
Et si réellement l’auteur a utilisé l’I.A. à cette échelle, et qu’il a été en mesure de séduire les membres du jury, ne mérite-t-il pas un autre prix pour avoir utilisé des robots de manière à donner à ce manuscrit de l’âme ? Peut-être pourrait-il enseigner à d’autres auteurs les techniques à mettre en œuvre, à travers des prompts qui feraient en sorte que, même lorsqu’une œuvre est issue d’une I.A., qu'elle ne puisse pas d’emblée donner l’impression d’exhiber son langage.
Comment peut-on accorder assez de crédit à des robots, au point de leur donner la latitude d’évaluer les compétences humaines, alors que les concepteurs de ces outils admettent eux-mêmes qu’ils commettent des erreurs ? Que fait-on de cette marge d’erreur ? Plusieurs utilisateurs de la même application ont révélé qu’elle hallucine. Vous pouvez poser une question du genre : « Penses-tu que ce manuscrit a été généré par une I.A. ? » Elle vous répond : « Oui. Je le pense. Je retrouve des procédés d’I.A. dans son élaboration. » Puis, vous lui dites : « Non. Je l’ai écrit moi-même. Il n’y a aucune I.A. à l’œuvre. » Puis, elle vous répond, par exemple : « C’est possible. Vous ne pouvez pas considérer mes réponses comme irréfutables. Peut-être avez-vous un style d’écriture qui est proche de celui de l’I.A. »
Comment peut-on considérer que des outils qui trébuchent ainsi sont suffisamment équilibrés pour jauger avec exactitude ?
Les I.A. sont programmées, par conséquent, elles sont limitées. Les tendances à la remise en question sont minimales. Est-ce qu’une I.A., lorsqu’elle fournit une réponse, peut encore revenir vers vous pour dire : « Ah, j’ai une autre idée ou carrément une nouvelle inspiration qui contredit la première que j’ai fournie » ? Ceci n’est possible que si l’homme remet en question la première idée.
L’idée ici est de dire que l’I.A. manque d’intuition, d’instinct, de réflexes. C’est un élève tricheur, qui sait collaborer avec le maître, en essayant de le corrompre pour donner aux parents — la communauté — l’impression de réussir. C’est quand même dommage !
Mais on ne peut pas non plus s’arroger les prérogatives de dire avec certitude que l’auteur n’a pas utilisé l’I.A. Il est surtout le seul à établir les moyens de défense, et cela n’empêche pas qu’il y ait des controverses.
Utilisons d’ailleurs quelques syllogismes pour mieux illustrer la pensée : si un auteur a utilisé l’I.A., mais qu’il ne l’admet pas, puis que l’I.A. détecte ses mécanismes et le classe comme un texte d’I.A., mais que l’on doute de l’efficacité de l’outil vérificateur, quel autre mécanisme nous aiderait à trancher ?
Et si c’est le cas où l’auteur ne l’a pas utilisée, mais que l’I.A. pense que c’est le contraire, comment établir les responsabilités ?
À une époque comme la nôtre, le débat ne devrait-il pas être réorienté ailleurs ? Notamment sur le fait de supposer que tout le monde peut utiliser l’I.A. à une certaine échelle, mais que l’idéal serait de l’utiliser de manière à conserver des particularités humaines dans les écrits ? Sur la base de critères objectifs, on peut évaluer l’esthétique littéraire, voire la « littéralité » et la profondeur des textes. Puis, à ce stade, on pourrait se dire : qui a fait mieux, à notre ère où l’I.A. existe ?
Autrement dit, on évite de trop s'atteler sur l’utilisation, mais on évalue l’état des résultats. Qu’est-ce que cela apporte à l’univers de la création ? Ceci peut recentrer le débat sur des critériums objectifs plutôt que sur des supputations.
On ne peut donc pas déduire la vérité sur la base de la bonne ou de la mauvaise foi de l’auteur, ni sur la base de la supposition de précision de l’I.A. ou de ses hallucinations.
Nous pouvons rester en adéquation avec les révolutions technologiques, en imaginant des méthodes plus adroites, qui aideraient à limiter des débats à faible portée, ceux qui donnent l’air de rester dans du superflu.
Coeur Tam Tam KABUYAYA
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