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Mémorial du Genocost : Emmanuel Mabondo porte « Taifa » comme un bouclier contre l'oubli

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Mémorial du Genocost : Emmanuel Mabondo porte « Taifa » comme un bouclier contre l'oubli

Le Mémorial du Genocost s'est laissé bercer par la littérature, présenté par l'écrit comme un lieu de fidélité et de responsabilité lors d’une exposition littéraire autour du livre intitulé « Taifa » (qui signifie « nation » en swahili), articulé autour de la thématique « réparer le cœur ». Cet événement, mené par l’écrivain Emmanuel Mabondo, s'est tenu ce vendredi 04 septembre 2026 à Kinshasa.

Le Mémorial du Genocost est un lieu de souvenir, empreint de regards tristes, d'émotions et de douleur, de l'amour parti trop tôt, de pertes de vies, de biens et d'êtres chers. C'est un espace de cœurs brisés, construit pour réunir et véhiculer un message de paix à toute la nation. Ce cadre d’histoire a permis aux familles de victimes du Genocost de s’exprimer à travers la plume, couchant sur papier leurs souvenirs vécus lors d’un atelier d’écriture dirigé par Emmanuel Mabondo. À l’issue de celui-ci, chacun a pu déposer sa pensée écrite dans une boîte aux lettres dédiée.

Après ce moment d’atelier, l’écrivain a convié, lors du lancement officiel en soirée, les Congolais à visiter ce lieu pour s'approprier l’histoire de la partie Est de la République Démocratique du Congo, qui ne doit jamais sombrer dans l’oubli :

« Un pays qui n'a pas de lieu pour se souvenir est un pays qui recommence, sans le savoir, les mêmes erreurs. Ce Mémorial existe pour que nous n'ayons pas cette excuse. Il existe pour que les noms, les visages, les histoires ne se dissolvent pas dans l'oubli commode. »

Pour lui, le Mémorial du Genocost n'est pas seulement un lieu de visite ou de simple découverte historique, mais un espace qui incite à l'action et à la responsabilité :

« Ce soir, ce lieu n'est pas seulement un endroit que nous visitons. C'est un endroit qui nous regarde, autant que nous le regardons. Et c'est pour cela que ce qui s'y passe ce soir - une exposition, des mots, une écriture - n'est pas un simple événement culturel. C'est un acte de responsabilité », a-t-il ajouté.

C’est quoi Taifa ?

L’écrivain congolais ne s’est pas limité à présenter l’espace du Mémorial du Genocost ; il a également dévoilé son ouvrage « Taifa ». Ce recueil de 212 pages est structuré en quatre grandes parties reliées par un interlude central : Thérapie, Ataraxie, L’Interlude, Fahari et Autolyses.

Taifa est un ouvrage qui explore la responsabilité générationnelle ainsi que la tension entre pouvoir, conscience et engagement citoyen. À travers sa plume, l’auteur démontre que la nation porte en elle des réalités plurielles, oscillant entre douleur, apaisement, pivot, fierté et renaissance.

Le « cœur de la nation », nom donné à l’interlude situé au milieu du recueil, a constitué la thématique centrale de la soirée. L’auteur y évoque la réparation d’un cœur brisé incarnant la nation. Pour lui, parler de cœur brisé revient à chercher comment guérir la nation à travers ces réalités incontournables.

Comment réparer ce cœur ?

Selon Emmanuel Mabondo, la réparation d'un cœur brisé ne relève pas de la magie ou d'un simple clin d’œil, mais d'un processus que son recueil s'attache à proposer, convaincu que les mots et les écrits font partie intégrante de cette guérison.

Un drame qui transforme

Pendant son discours, l’écrivain s'est livré sur son expérience personnelle et sa découverte de la littérature, née d’un drame intime : la perte de sa mère, emportée par la COVID-19 à l'âge de 18 ans. Face à cette épreuve, il a découvert que l’écriture permet de dire ce que la bouche ne peut exprimer — un parcours menant de la rupture à l’expression, de l’expression à la compréhension, et de là vers un mouvement tourné vers l'avant.

S'il reconnaît que la douleur de perdre sa maman ne peut être comparée à la tragédie vécue par l’Est du pays, il y voit le chemin que la nation tout entière peut emprunter pour écrire sa propre histoire avec ses propres mots, à partir de ses vécus, transformant la blessure d’un cœur brisé pour panser celle des autres, tel qu'il l'écrit dans Taifa.

Un appel à l’engagement de la jeunesse congolaise

« Je m'adresse maintenant, en particulier, à la jeunesse présente ce soir. On vous dira souvent que l'engagement se mesure en actions spectaculaires, en gestes visibles, en foules qu'on rassemble. Je crois profondément le contraire. L'engagement commence par la pensée. Par la réflexion. Par le texte. Il commence, parfois, seul, une feuille devant soi, bien avant qu'il ne devienne un mouvement », a déclaré Emmanuel Mabondo.

Il a ainsi rappelé à la jeunesse congolaise qu'un peuple qui lit, pense, écrit et questionne son histoire au lieu de la subir refuse de répéter ce qu’il n’a pas compris. Une jeunesse appelée non pas à attendre, mais à s'emparer des enjeux, à lire, à écrire et à transmettre aux générations futures.

Par ailleurs, faisant référence à son premier ouvrage, Tiya, dans lequel il rend hommage à sa mère, il évoque l’idée de « posséder son travail, appauvri avec l’espoir mais travailler malgré la carence de possession, c’est s’enrichir avec conviction » — une ligne de conduite que doit s'approprier la jeunesse congolaise, car le Mémorial du Genocost a besoin d'un héritage solide.

Biographie de l’auteur

Né le 20 décembre 2001 en République Démocratique du Congo, Emmanuel Mabondo puise dans son parcours multiculturel (entre le Congo, l'Afrique du Sud, la France et la Côte d’Ivoire) sa créativité et son ambition de faire rayonner l’excellence africaine.

Il a publié un premier ouvrage, Tiya (Le Lys Bleu, 2022), préfacé par l’historien et homme politique Didier Mumengi, et intervient régulièrement auprès d’institutions académiques et culturelles en Afrique et en Europe sur les thèmes de la responsabilité générationnelle, du leadership et de la construction intellectuelle.

Son deuxième ouvrage, Taifa (Confluence des Muses, 2026), préfacé par la juge Reine Alapini Gansou, 2e Vice-présidente de la Cour pénale internationale, poursuit cette réflexion en interrogeant la responsabilité générationnelle et la conscience citoyenne.

Cette exposition littéraire avait ainsi pour objectif de partager, à travers les livres, un message d’union pour toute la jeunesse congolaise et africaine, et de véhiculer un idéal de paix afin que chacun s’approprie l’histoire du Genocost.

Milca Nlandu

Galerie photos

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