Célébrer une décennie d'art engagé tout en faisant face au spectre d'une disparition imminente. Du 03 au 29 août, le festival Kin Act, autrement dit Rencontres internationales des performeurs et son quartier général, le centre culturel Ndaku ya la Vie est Belle, traversent le moment le plus critique de leur existence. Alors qu'un point de presse s'est tenu le samedi 22 août 2026 dans son quartier général à Matonge pour marquer dix années de résistance artistique, l'euphorie de l'anniversaire cède le pas à l'angoisse financière.
Fondé en 2015 par l'artiste Eddy Ekete — de retour à Kinshasa après des années passées à Strasbourg —, Kin Act est né d'un constat percutant : l'art ne doit pas rester confiné dans des galeries élitistes inaccessibles à une population absorbée par les urgences du quotidien.
Le festival s'est ainsi déployé chaque mois d'août sous forme d'un parcours itinérant et gratuit à travers les communes populaires de la capitale (Bandalungwa, Kasa-Vubu, Ngiri-Ngiri, Kalamu, Maluku, Bumbu, etc.). Armés de performances percutantes, de sculptures vivantes et de costumes confectionnés à partir de déchets recyclés, les artistes ont investi les rues, les marchés et les carrefours pour bousculer les regards et éveiller les consciences sur l'insalubrité, l'écologie et la survie urbaine.
« Tout Kinois vit sans le savoir en performance », rappelle affectueusement Eddy Ekete, artiste pluridisciplinaire et directeur artistique du projet, soulignant combien cet art de l'instant s'accorde avec le rythme de vie de la mégapole congolaise.
Kin Act, dans sa décennie d'anniversaire, maintient sa ligne directoire avec des ateliers et des performances inédites dans les rues de Kinshasa sous l'étiquette "Lisanga biso nyonso" (ndlr, ensemble nous y sommes en français). Une thématique qui fait appel à tous les artistes ayant passé à la maison de se joindre à cet anniversaire afin de faire éclore l'art comme toujours.
Un bilan décennal salué par les créateurs internationaux
Si le directeur artistique estime que l'expérimentation initiale de dix ans est arrivée à son terme naturel, les participants et partenaires refusent de voir s'éteindre cette flamme.
Emily Holms, danseuse et chorégraphe franco-britannique, témoigne de l'importance vitale du lieu pour l'accompagnement des créateurs africains : « C’est ma première fois de venir ici et j’ai eu beaucoup de joie de découvrir tout ce qui se passe... Moi non plus, je n’aimerais pas que ça s’arrête. »
Bram Borloo, artiste belge multimédia fidèle au festival depuis 2021, souligne la portée universelle du projet : « Ce que nous faisons peut sembler être quelque chose de très local... mais les problèmes dont nous parlons sont en réalité des problèmes globaux. »
Le gouffre financier : Ndaku ya la Vie est Belle menacé d'expulsion
Mais derrière l'énergie créatrice se cache une réalité financière insoutenable. Au cœur de la tourmente se trouve la maison abritant le centre culturel Ndaku ya la Vie est Belle, créé grâce à une impulsion initiale et des appuis passés (tels que le Prince Claus Fund). Faute de subventions pérennes et d'un modèle économique stable, le centre suffoque sous le poids d'un passif vertigineux.
Les arriérés de loyer s'accumulent dangereusement et atteignent aujourd'hui la somme alarmante d'environ 50 000 dollars américains. Cette dette colossale menace directement la survie physique des lieux et expose la structure à une expulsion définitive par les propriétaires.
Dix ans après avoir donné corps à une utopie artistique audacieuse, Kin Act et Ndaku ya la Vie est Belle se dressent au bord du précipice. Entre la volonté de son fondateur de clore un cycle mûr et l'appel vibrant de la communauté artistique pour sauver ce carrefour de la jeunesse kinoise, le destin de l'une des plateformes culturelles les plus vivantes de la République Démocratique du Congo dépend désormais d'un sursaut de solidarité institutionnelle et privée.
L'appel à sauver la maison est désormais lancé au gouvernement central, ministère de la culture, mécènes, acteurs culturels, artistes et personnes éprises de bonne foi de venir en aide à ce centre culturel qui contribue à une chaîne socio-économique et culturelle du pays. Voir ce centre fermer, c'est priver toute jeunesse d'activités culturelles et expressions artistiques.
Masand Mafuta
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