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Contrats éditoriaux : Ghislain Kabuyaya en décrypte les enjeux et l’éventail des pièges

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Contrats éditoriaux : Ghislain Kabuyaya en décrypte les enjeux et l’éventail des pièges

« Quel type de contrat allez-vous me proposer ? » L’idéal serait d’évaluer si un auteur pose cette question pour évaluer le contenu du contrat, ou s’il veut savoir quelle et/ou quelles formules contractuelles l’éditeur privilégie, considérant qu’il en existe plusieurs. Il y a lieu d’analyser les deux cas et d’engager des déductions qui en résultent.

En lisant cet article, un auteur pourrait se questionner : que devrais-je savoir sur ces formules ? Pour tenter de lever cette interrogation, nous allons passer en revue les formules les plus réputées. Les décortiquer, autrement dit, en évaluer la substance. Quelle est la portée de chaque formule ? Ses avantages et ses limites des deux côtés (auteur-éditeur).

D’emblée, commençons par le contrat à compte d’éditeur. Si on fait une petite analyse sémantique, on pourrait se dire qu’il s’agit d’un contrat uniquement en faveur de l’éditeur. Mais, pas forcément. C’est un type de contrat qui offre des avantages aux deux parties et dont l’intérêt se manifeste aussi bien du côté de l’auteur que de celui de l’éditeur, pour plusieurs raisons :

Il permet à l’éditeur de garder une grande partie des droits afin d’être à même de promouvoir l’ouvrage, du fait de l’avoir dans son catalogue. Il n’est pas faux de considérer qu’un éditeur qui publie à compte d’auteur ne peut pas trop se prévaloir de son catalogue, car il est limité lorsqu’il s’agit d’interagir avec d’autres acteurs du livre au sujet des livres qu’il a édités (là, nous abordons d’avance une limite du contrat à compte d’auteur, chez l’éditeur). En organisant des cessions de droits, l’éditeur met en valeur sa maison d’édition. Si le livre est pris comme sa marchandise, il donne l’impression qu’il n’a que les bonnes, étant donné que les autres éditeurs ont jugé bon d’en acquérir les droits pour le diffuser sous d’autres territoires.

L’éditeur s’investit autant dans ce type de contrat principalement parce qu’il engage, en amont, ses propres moyens financiers. Il assume une part substantielle du risque en injectant des fonds, espérant avoir des retours favorables une fois que le livre est disponible sur le marché. C’est notamment la raison pour laquelle l’auteur perçoit rarement plus de 12 pour cent dans ce type de contrat. L’éditeur qui publie à compte d’éditeur se montre généralement réticent à l’égard des auteurs dépourvus de notoriété, dans la mesure où un auteur déjà connu, fort de son audience, présente davantage de garanties quant à sa capacité à générer des ventes. C’est d’ailleurs pour cette raison que, dans le cadre de ce type de contrat, c’est souvent l’éditeur qui prend l’initiative de proposer à l’auteur la publication de son œuvre, ou la réédition de l’un de ses titres à succès. À ce titre, le risque paraît sensiblement réduit.

Les jeunes auteurs qui voient dans le contrat à compte d’éditeur une formule superbe parce qu’elle leur évite d’engager leurs propres moyens gagneraient à en scruter davantage l’esprit. Cette formule, précisément parce qu’elle repose sur l’investissement et la prise de risque de l’éditeur, ne leur est pas nécessairement destinée. Ici, l’éditeur fait davantage parler sa calculatrice, bien que le contrat qu’il propose comporte, lui, moins de maths. La limite de cette formule réside dans le fait que l’éditeur publie souvent la notoriété plutôt que la littérature. Les deux ne se confondent pas. Il est tout à fait possible d’être notoire sans être littéraire.

Dans le contrat à compte d’auteur, l’auteur demeure maître de ses droits, tandis que l’éditeur se situe davantage dans une logique de prestation : il apporte ses services éditoriaux et son intervention s’achève avec la publication du livre. Conséquence : la promotion de l’ouvrage ne relève pas de lui, alors qu’un auteur à lui seul éprouve généralement des difficultés à faire cohabiter deux fonctions qui ne répondent pas aux mêmes exigences : écrire et vendre. Déjà, le travail d’écrivain absorbe tellement d’énergie qu’il est presque illusoire d’attendre de lui qu’il puisse, dans la durée, soutenir lui-même l’effort commercial nécessaire à la perpétuation des ventes.

Dans cette formule, l’auteur prend en charge les frais éditoriaux, fixe le prix de vente de son ouvrage, en assure la commercialisation et en conserve les revenus. C’est également à lui qu’incombe la gestion de tout ce qui suit la publication. Dans certains cas, il peut prétendre à cent pour cent des revenus, mais cette intégralité des gains a pour contrepartie l’engagement de ses propres ressources. Ici, il n’y a pas de mystère : celui qui espère recueillir l’intégralité des fruits de l’opération en assume également le risque.

Dans la formule mixte, l’éditeur et l’auteur mettent conjointement en place les moyens nécessaires à la sortie du livre. Une fois celui-ci sur le marché, les efforts sont également répartis entre les deux parties afin de générer des gains. Les revenus sont, en conséquence, partagés équitablement.

Dans la formule de l’autoédition, l’auteur demeure libre de faire de son œuvre ce qu’il entend. S’il le souhaite, il peut se recroqueviller dans ses propres limites et publier sans regard extérieur ; s’il le souhaite, il peut au contraire chercher des lecteurs et multiplier les regards sur son travail. Il est, en quelque sorte, le seul maître de la destinée de son livre. Il assume d’ailleurs souvent seul les pots cassés, comme il recueille seul le succès qui peut en résulter.

Par ailleurs, il ne saurait être question, dans le cadre de cette réflexion, de prétendre passer en revue toutes les formules contractuelles envisageables, le secteur éditorial étant suffisamment mouvant pour que les pratiques se renouvellent au gré de ses mutations.

Alors, sur la base de ces différentes formules, quelle est donc la meilleure ? Il n’existe ni meilleure formule ni pire formule. Il existe simplement des formules dont l’offre varie, et qui répondent à des logiques différentes. Tout dépend de ce que l’auteur et l’éditeur se fixent comme objectifs ; tout est aussi question d’ambition.

Dans tous les cas, il y a le goût du risque, et non la volonté de l’échec. Chaque choix contractuel devrait donc être apprécié à l’aune des ambitions que l’on nourrit pour son œuvre. Ce n’est pas à l’éditeur de décider quel contrat convient à l’auteur. C’est à l’auteur d’apprécier si la formule que l’éditeur lui propose correspond à ses ambitions, à ses moyens et au risque qu’il est disposé à assumer.

Cœur Tam Tam KABUYAYA

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