Du 20 au 22 août 2026, le collectif « Les Inattendus » organise la première édition du Festival de Lecture Publique (FELEP) au Centre Jecolia, à Kinshasa. Avec pour thème « Ma voix écrite : le livre en scène », cet événement gratuit entend briser les carcans académiques de la lecture pour en faire un spectacle vivant, tout en lançant un prix littéraire inédit en hommage à Prosper Gubarika.
Kinshasa, terre de verbe et de créativité, accueille un événement culturel qui pourrait bien redéfinir le rapport des Congolais à la lecture. La capitale se prépare à tressaillir au rythme des mots et des voix, à l’occasion de la première édition du Festival de Lecture Publique (FELEP), prévue du 20 au 22 août 2026. Porté par le collectif « Les Inattendus », ce rendez-vous inédit se tiendra au Centre événementiel Le Jecolia, situé au 4, avenue Moke dans la commune de la Gombe, un lieu désormais officialisé après un changement de dernière minute. Initialement envisagé à l’Université Pédagogique Nationale (UPN), le festival a finalement trouvé un écrin plus adapté dans ce cadre aménagé, doté d’une scène, d’espaces de restauration et de convivialité, propice à la rencontre entre le public et les artistes.
L’entrée est libre pour l’ensemble des activités, une décision qui traduit la volonté des organisateurs de lever les barrières économiques souvent opposées à l’accès à la culture. Sur place, un service de restauration et un bar seront accessibles, afin de prolonger les échanges dans une atmosphère décontractée.
Derrière cet événement se dessine un constat : en République Démocratique du Congo, malgré une scène littéraire florissante et reconnue bien au-delà des frontières, le livre demeure pour beaucoup un objet distant, associé à une obligation scolaire ou universitaire. Le FELEP part d’une ambition simple, mais audacieuse celle de désacraliser l’écrit pour le transformer en expérience vivante. Conte, slam, lecture théâtralisée et mises en scène se succéderont sur la scène, faisant résonner la voix des auteurs au cœur de la cité.
Ce parti pris artistique répond à plusieurs objectifs stratégiques. Il s’agit d’abord de valoriser le patrimoine littéraire en mettant en lumière plus d’une trentaine d’auteurs, congolais et internationaux, classiques comme contemporains. Ensuite, la médiation culturelle est au cœur du projet, avec une attention particulière portée à la jeunesse et aux étudiants, souvent les premiers décrocheurs face à la lecture linéaire. Le festival entend également offrir aux comédiens, metteurs en scène et slameurs une scène d’excellence pour l’exercice exigeant de la lecture à haute voix.
Mais le FELEP ne se limite pas à un spectacle de trois jours. Il porte en lui une promesse de pérennisation, avec le lancement officiel du Prix Littéraire Prosper Gubarika, dédié à la révélation des jeunes plumes congolaises. Ce prix, qui rend hommage à une figure marquante des lettres locales, distinguera les meilleures créations scéniques et écrites dans les catégories poésie, conte, prose et théâtre. Les lauréats repartiront avec une dotation financière et une reconnaissance institutionnelle, gages d’un avenir prometteur dans un secteur où les soutiens restent encore rares.
Pour mener à bien cette entreprise, le collectif « Les Inattendus » a su s’entourer d’acteurs majeurs du monde du livre et de la culture. Le Café Littéraire de Missy assure le rôle de partenaire référent, apportant son expertise en matière de médiation et la présidence du jury. Aux côtés de cette structure, une constellation d’éditeurs et de diffuseurs, parmi lesquels les Éditions Les Lettres Mouchetées, Miezila/Miezi, Ngalaka Initiatives, La Chaîne du Livre, Afri’Ka, Alibooks, Médiaspaul, Paulines, Nzoi, Scripta Manent, LAESH, Ca lit quoi ? ou encore Bookutani, témoignent de la vitalité de l’écosystème littéraire congolais.
Le festival bénéficie également du soutien d’institutions culturelles de poids, telles que le Ministère de la Culture, des Arts et du Patrimoine, la Délégation Générale Wallonie-Bruxelles à Kinshasa, et le Centre Culturel Minzoto Slam. Autant d’appuis qui confèrent à l’événement une légitimité et une portée au-delà du simple cercle des initiés.
En cette fin d’été 2026, le FELEP entend poser une pierre dans l’édifice d’une culture congolaise ouverte, vivante et partagée. Le pari est osé, mais le dispositif, lui, est en place. Reste à savoir comment le public répondra à cet appel à écouter, voir et ressentir la littérature autrement.
Franklin MIGABO
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