La mégapole ville de Kinshasa a été, samedi 21 février, le théâtre de la diversité linguistique et culturelle du continent. À l’occasion de la Journée internationale des langues maternelles, la délégation générale Wallonie-Bruxelles a accueilli la soirée de Gala Monoko, un événement visant à promouvoir les langues africaines à travers la création contemporaine. Porté par une cinquantaine d’artistes, ce spectacle a offert une immersion aussi sobre que puissante dans un patrimoine immatériel en quête de reconnaissance.
C’est devant un public attentif que se sont succédé slameurs, conteurs, musiciens, danseurs et comédiens. Conçue comme un mini-gala à taille humaine, la soirée a proposé un parcours artistique mêlant performances multilingues et prises de parole autour des enjeux de transmission linguistique et de dialogue intergénérationnel.
Pour l’artiste Shekina Biselela, cette première participation à l’événement relevait d’une démarche intime et personnelle. « C’était une prestation expérimentale car c’est une scène que j’ai écrite moi-même, à la mémoire de mon grand-père décédé en 2021. C’était pour moi une façon de lui rendre hommage de cette façon-là », a-t-elle confié, saluant une première édition réussie.
Même satisfaction du côté de Joël Uwezo, comédien et artiste prestataire, qui a mêlé théâtre, slam et musique pour représenter la sphère swahiliphone. « Ma part dans Monoko, c’était du théâtral mélangé avec le slam et le conte. J’ai fait un théâtre couplé mêlant slam, musique et conte », explique-t-il. Pour lui, la soirée fut très magnifique, même si quelques ajustements restent à envisager. Il a tenu à féliciter « les organisateurs de l’événement et l’équipe artistique qui a tenu à fond afin que le spectacle voie le jour ».
Derrière ce projet, une vision et une méthode. Jared Modua, initiateur de Monoko, en détaille le processus : « Monoko, en soi, est comme le résultat d’un projet. C’est comme le début d’une histoire que nous avons suivie pendant une année. Nous lançons un appel aux artistes qui véhiculent les langues africaines. S’ils répondent, un jury est mis en place pour traiter les dossiers. Une vingtaine d’artistes sont choisis selon la thématique de chaque année, et nous les accompagnons pendant un an. Le 21 février, qui cadre avec la Journée mondiale des langues maternelles, est l’occasion d’une soirée de représentation où ces artistes présentent leurs créations au grand public ».
Quant à la signification du nom Monoko, il l’exprime avec poésie : « Monoko renvoie à la langue ainsi qu’à la culture en soi. Monoko englobe à la fois la culture et tout ce qui t’appartient ».
Cette édition a rassemblé 54 artistes, sélectionnés pour leur diversité. « Nous avons réuni et choisi toute une culture d’art pour créer une harmonie », précise Jared Modua.
Sur le plan artistique, la direction a été confiée à Obed Bossa. Selon lui, la force de l’événement repose sur un principe simple mais fondamental : « Le meilleur moyen de pérenniser une langue est de la montrer en action. Ce n’est pas de proclamer qu’il faut la pratiquer, mais de la montrer notamment par différentes formes artistiques pour différentes situations de la vie. Nous avons écrit sur le deuil, la fête, le mariage, l’amour, la tristesse, la guerre, etc ».
Il a insisté également sur la dimension corporelle de l’expression : « Les paroles prennent corps aussi. En Afrique, on ne s’exprime pas que par la parole, nous sommes aussi très gestuels. Nous voulions représenter différents styles de danse pour accompagner, pas pour prendre la place de la parole. La danse fait partie vraiment de notre culture, c’est aussi un langage ».
Cette soirée de gala marquait également la clôture de la troisième édition du Salon des Littératures en Langues Congolaises. Le tshiluba était à l’honneur cette année, mais toutes les sonorités du continent ont résonné le temps d’une soirée, portées par une cinquantaine d’artistes, symboles d’une cinquantaine de pays africains.
Porté par les éditions Mabiki, engagées depuis plus de 20 ans dans la promotion des langues africaines, et réalisé en collaboration avec des partenaires culturels comme la bibliothèque du Centre Wallonie-Bruxelles de Kinshasa, Monoko s’inscrit dans une démarche durable de soutien aux artistes créant en langues africaines. Une manière de prouver que la diversité linguistique, loin d’être un héritage figé, est une source vive de création et d’avenir.
Franklin MIGABO
