Les arts visuels Les arts visuels

Kinshasa contemporain : Les arts visuels

1ère partie


1. Etat des lieux

 Kinshasa est une ville de plus de sept millions d’habitants. Elle grouille d’artistes et d’artisans. Ceux-ci oeuvrent dans la quasi-totalité des disciplines du domaine de la création. Ces artistes sont issus de diverses institutions artistiques ou évoluent en dehors de celles-ci. La ville bénéficie de la présence de plusieurs institutions pédagogiques consacrées aux arts visuels, aux arts appliqués, aux arts scéniques, ainsi que littéraires. Il existe aussi des institutions culturelles créées à la faveur de la coopération entre la R.D Congo et certains pays étrangers, dont la France, la Belgique et les USA. Ces derniers essayent d’apporter leur contribution à l’épanouissement du secteur culturel ; contribution qui ne réussit malheureusement pas à combler l’immensité des besoins ressentis par les créateurs, les structures et promoteurs culturels locaux. A noter que l’investissement de l’État Congolais dans le domaine artistique est quasi invisible. Il y a actuellement dans la ville des ateliers et structures artistiques crées par quelques artistes émergents qui ont bénéficié de voyages et de formations à l’étranger. Nous avons observé que ces derniers cherchent – bien plus souvent par souci de positionnement dans la sphère culturelle , que portés par des sentiments désintéressés – à jouer le premier rôle dans la transmission des informations concernant l’art contemporain aux débutants ainsi qu’à des artistes déjà confirmés mais ne bénéficiant pas de la même exposition qu’eux. Pour ce faire, ils multiplient ateliers et résidences. Ces activités sont souvent organisées avec des moyens du bord, et leurs résultats sont très discutables. Il convient de noter également que les oeuvres créées par la plupart des artistes locaux, non informés au sujet de la dynamique de l’art contemporain international, accusent des carences au niveau de leur qualité plastique et sont parfois figées dans des normes aujourd’hui révolues. Elles ne correspondent par conséquent pas au niveau standard de l’«art contemporain international». La raison d’un tel état de fait est à chercher, pensons-nous, dans le manque d’actualisation des notions apprises à l’école par ces artistes, pour ceux qui sont issus des institutions de formation classiques, ou de manière plus générale, par manque de lieux de médiation, d’ateliers-échanges bien organisés et d’autres formes de rencontres.

Réduits à une politique de survie imposée par la situation du marché de l’art en R.D.C, ces créateurs sont contraints à brader leurs oeuvres, pour les plus chanceux, auprès de visiteurs en quêtes de souvenirs d’Afrique. Plusieurs raisons sont à la base de cette situation tant de fois décriée, au nombre desquelles nous citerons : le manque d’organisation efficiente des ressources humaines du secteur artistique (historiens d’art, critiques d’art, curateurs, collectionneurs, mécènes, journalistes culturels…), l’insuffisance des lieux consacrés à l’exposition et à la vente (salles d’expositions, musées,..) l’absence d’évènements culturels d’ampleur comme les foires et les biennales. A qui la faute ? Bien des pratiques et comportements ne cessent de mettre en exergue le manque criant d’un projet national cohérent en matière culturelle. Que pouvons-nous attendre des institutions sensées remédier à cette situation de vide qui dure depuis plusieurs années quand elles ne font qu’aggraver la béance de ce secteur ? Quand on sait combien l’incompétence et l’amateurisme fleurit dans ce domaine, il y a lieu d’être pessimiste. Dans cette vraie foire qui est tout sauf culturelle, ce sont les artistes qui trinquent. Laissés pour compte d’une politique à la petite semaine, ils se vident d’inspiration. Les moins tenaces désertent le domaine. Or, il est évident qu’au vu de l’importance de l’art pour exprimer le génie d’un peuple, sa créativité et ses profondes aspirations, une aide devrait être apportée en faveur de l’innovation. Il faudrait donc développer une politique d’encouragement et de soutien tant moral, matériel qu’intellectuel à la création. Nous le savons tous, c’est le seul moyen d’assurer l’excellence et l’ascension de nos artistes dans la sphère internationale.

2. Champ en friche :

Esquisses de batailles, juxtaposions discursive des espaces plastiques. Émergence d’une troisième génération.

Dans la deuxième moitié des années 1990, certains étudiants se révoltèrent contre la «léthargie» de leur institution de formation. Celle-ci était caractérisée par l’immobilisme résultant de l’imposition de normes académiques, du reste tournées vers le calque des ainés de l’Académie de Kinshasa communément appelés «maîtres ». Ces derniers sont des peintres et sculpteurs de la deuxième génération des plasticiens congolais. Cette ère secondaire de notre art national venait après la période des artistes pionniers que sont Lubaki, Djilatembo (qui s’affirmèrent dans les années 20 et 30), Mwenze Kibwanga, Pili-Pili, Bela, Mongita (dont l’apparition sur le marché de l’art se fit autour des années1950-1960), et bien d’autres. Lesdits «maîtres», gardiens de recettes académiques s’inspiraient de l’art du 19ème siècle européen. Un art récusé et déconstruit par l’Avant-garde au début du 20ème siècle (Picasso, Modigliani, Braque, Duchamp, etc.). Cette remise en question fut accélérée après la deuxième guerre mondiale et se poursuit aujourd’hui. De cette vague naquirent le Pop art, le Fluxus, la performance, le happening, la photographie et la vidéo artistiques, etc. Constituant ce qu’on appelle aujourd’hui : «l’art contemporain». L’art congolais pratiqué à l’Académie des Beaux-Arts de Kinshasa était étonnamment anachronique puisqu’il survenait après les révolutions plastiques plus haut évoquées. Contrairement à l’art contemporain, l’art en vigueur dans la principale école d’art au Congo-Kinshasa procédait d’un mélange entre l’art moderne européen principalement sa composante stylisée (Picasso, Modigliani, Brancusi, etc.) et l’art néoclassique pratiqué dans les académies en Occident au 19ème siècle qui mettait un point d’honneur sur le respect du naturalisme. Cet art congolais dit «moderne» était né dans une conjoncture philosophique induite par l’ «africanisme» des artistes comme Picasso et les études des ethnologues européens qui avaient une vision exotique du Continent noir. Plus tard, l’art congolais subit l’influence de la négritude senghorienne laquelle nourrira la philosophie du Recourt à l’Authenticité cher au président Mobutu. Les thèmes à l’honneur y furent : «mère et enfant », « le marché », « la femme qui tresse », « la famille », « la palabre », etc. Des reprises de ces thèmes garnissent les murs des espaces publics et les bureaux officiels.

A côté des «maîtres» de l’Académie des Beaux-arts de Kinshasa, fleurirent une pléthore d’artistes autodidactes, tels que Chéri Samba, aujourd’hui mondialement reconnu, et à sa suite la série des «Chéri» : Chéri Chérin, Chérin Benga ; les peintres Moke, Bodo, etc. Ceux-ci ont acquis le statut d’ «artistes populaires» grâce à la facilité de leur langage plastique immédiatement compréhensible par le public. Le style de l’Art populaire est celui de l’Art naïf, et mêle allégories sociales et satyre. Ses thèmes explorent allègrement les dysfonctionnements dans tous les secteurs de la vie du pays. Les artistes populaires ne travaillent sous aucune contrainte, ils expriment leur vision du monde, leurs fantasmes, en se défoulant sur leurs toiles qu’ils éclaboussent d’un humour qui est, par contre, tout sauf naïf… En 1996, des jeunes, Francis Mampuya, Eddy Masumbuku, Germain Kapend se réunirent pour créer un mouvement artistique appelé « Exhibition libre ». Ils seront rejoints quelques temps après par Jean Pie Katembwe, Maker Tshela, Kayamba, DaddyN ganga, Matuti et quelques autres. En 1997, ce mouvement sera baptisé «Librisme » et entraînera l’émulation dans la jeune création kinoise, entièrement dégagées des carcans et canons classiques que prônaient l’Académie des Beaux-Arts de Kinshasa. Francis Mampuya put obtenir une bourse à l’issue du concours «Art Missio » et s’envola pour Aachen (Allemagne) en 1997, ce qui lança sa carrière internationale, contrairement à ses collègues Eddy Masumbuku et Germain Kapend restés au pays et confrontés à la concurrence de la génération montante. Les libristes bénéficièrent de l’accompagnement avisé du critique d’art Badibanga ne Mwine, parrain des jeunes artistes et promoteur des remises en questions plastiques depuis son entrée dans l’arène artistique en 1972. Premier président de la section congolaise de l’AICA (Association Internationale des Critiques d’Arts) depuis ladite année, Badibanga n’eut de cesse de bouger l’immobilisme de l’establishment représenté par les «maîtres» qui professaient doctement des théories obsolètes. Les libristes et Badibanga travaillèrent sur le projet d’exposition «Émergence», (2001), un concept créé par ce critique d’art et divisé en épisodes par le Centre Culturel Français de Kinshasa dans le cadre d’une présentation en feuilleton de la première entrée-spectacle de Kinshasa dans le giron de l’art contemporain international. L’épisode 1 concerna Francis Mampuya, souvent regardé comme la mascotte de cette «contre-académie» dont Badibanga fut le mentor. Ensuite, suivirent, Eddy Massumbuku, Germain Kapend et Jean-Pie Katembwe.

Francis Mampuya est le premier artiste à être fortement et viscéralement influencé par l’artiste américain Jean Michel Basquiat,-avec des formes négligemment exécutées, quelque peu abstraites et trahissant une certaine crise interne par des couleurs chaudes, accompagnées d’ écrits biffés, de silhouettes et de maisons épurées, de couronnes, ainsi que de signes ou symboles ; il y ajoutait aussi du collage…Une tendance picturale qu’ont de même calquée et continuent jusqu’alors d’être la trame des travaux de plusieurs artistes kinois dont Dolet Malalu, Saroine Mitheo, Aicha Muteba, Appolinaire Wantina, Dossu, Bouvy Enkobo, etc. La question est de savoir si une quelconque sincérité et spontanéité s’y trouvent ? Ils la développent dans un sens ou d’un autre, mais sans apport considérable, juste des artifices, et tournures visant à imprimer des écarts entre les images photographiées depuis leurs recherches de voies à suivre, et se sont malheureusement emprisonnés dans ce qu’on peut qualifier de creuset. Pathy Tshindele, Kura Shomali, Apollinaire Wantina, Freddy Mutombo, sont aussi à citer sur cette liste. Vitshois Mwilambwe et quelques uns comme Tshindele, ont depuis sevré, sûrement, après leurs multiples déplacements hors du pays.

Mampuya, soulignons-le, avait présenté comme clou de l’exposition durant Emergence épisode I, à part des tableaux, une installation artistique constituée d’objets de récupération. Il se targue aujourd’hui d’être le premier à présenter officiellement une installation artistique sur la scène de l’art congolais contemporain. Et la pratique de la performance artistique contemporaine à Kinshasa est sans doute l’oeuvre d’Eddy Masumbuku qui durant son exposition de l’Emergence épisode III, se présenta en costume de chef coutumier avec une lampe à pétrole à la main devant une bière dans laquelle se trouvait un dictionnaire. La performance en question était intitulée « La mort de la connaissance », qui par la suite était achevée par le jet de quelques participants, d’un coup d’oeil à l’intérieur du cercueil devant eux. Une forme de happening dont l’artiste ignorait même l’existence sous d’autres cieux, et même la dénomination.

Ce mouvement des Libristes n’a pas fait long feu et se disloqua- après qu’il a fait entendre ses échos jusqu’au delà des frontières de Kinshasa, -avec le retrait de Francis Mampuya vers 2002-2003, qui par la suite, fut approché et soutenu

par Jean –Michel Champaul , le Directeur du Centre Culturel français d’alors. Il y bénéficiera des ateliers résidents, au détriment et au grand dame de ces anciens complices libristes Eddy Masumbuku et Kapend ainsi que d’autres qui jusqu’à présent patinent et battent de l’aile. Signalons qu’Eddy Masumbuku et Francis Mampuya se disputent jusqu’alors la paternité du mouvement, avec le premier qui dit être l’initiateur de l’idée de la création de ce groupe, et le deuxième, neserait que le baptiseur du nom « Librisme », initialement « Exhibition Libre ». Avec les deux frères Vitshois Mwilambwe et Alain Mwilambwe, Amidou Elebe, Appolinaire Wantina, Steve Bandoma, Doudou Nganga, Patrick Tankama,…créeront, en complicité avec Francis Mampuya, le « Librisme Synergique ». Cela peu de temps après la dislocation du Librisme originel, toujours dans la même logique, mais ce cercle de même ne fera pas long feu. Une structure organisée, plus structurée que la précédente.

C’était une synergie de forces et d’artistes qui à présent se débrouillent pas mal sur la scène artistique tant nationale qu’internationale, comme Vitshois et Bandoma qui, du groupe, méritent d’être cités comme aujourd’hui « Emergents congolais». Vitshois Mwilambwe, autant que son condisciple Steve Bandoma, sont dans un surréalisme exécuté avec du collage, surtout des magasines, pour donner en connivence avec de la peinture, des sujets et des formes monstrueuses fortement collatérales avec la dextérité créative de Wangeshi Mutu. Apparemment, ils n’ont pas encore tué l’odeur de leur mère ! Et tous les deux se livrent à une guerre sans merci, à la conquête d’on ne sait quoi. Et se regardent actuellement en chiens de faïence, vivant et travaillant tous deux à Kinshasa qui s’apparente à un ring pour eux. Notons aussi que vers l’année 2001, les artistes comme-, Hassan Tshamala, Leon Nguanguata, Pie Roger Bosekota, Liverpool, Jean pie Katembwe, Désiré Kayamba, Claire Malungu, Yav,- ont crée le groupe « Les agités » qui n’ont joué que le rôle de figurants, et rien d’intéressant.
Alors que les libristes oeuvraient sur la scène artistique kinoise ou congolaise, à coté l’atelier initié par le peintre Roger Botembe sous le nom des « Ateliers Botembe » fonctionnait déjà bien avant eux, donc quelques mois. La philosophie dite « Trans-symbolisme », développée par un travail revisitant l’art Nègre par le biais de ses sculptures faisait l’objet du fil conducteur de ces ateliers.

Des tableaux avec l’omniprésence ou la prédominance des masques « Pende », peints en décomposition et quelque peu rendus abstraits, conjugués avec des couleurs chaudes pour exprimer son africanité mêlée de modernité à travers ce symbolisme. Hormis le peintre Dikisongele Zatuma qui aussi les utilisait et le fait jusqu’à présent avec du collage des morceaux de nattes et de magazines, les autres membres de l’atelier pratiquaient une peinture moderne, moins innovante avec des tableaux qui ne proposent rien de spécial, si ce n’est que décorer, par leurs oeuvres quasi-impressionnistes, les murs des banques de la place, avec des scènes de marchés et pousseurs de charrettes allongés dessus ou dedans. Des artistes tels que Pappy Malambu, Doudou Mbemba, Scolastique Tshapota, etc. Ajoutons le peintre Bafululu, qui peut aussi être tiré de ce lot par ses créations conceptualisées par un maniérisme sur des sujets en majorité touchant à la vie enfantine qui, visiblement, sont des adultes. Sans doute, un concept accompagné avec une sorte de verbalisation via des écrits et des calculs, puis des dessins de maisons, le tout en connivence avec une palette bien étudiée, et parfois, des signes ou symboles esthétisants. Ferdinand Kambere, qui aujourd’hui est mort, présentait lui aussi quelques séquelles- bien que quelque peu lié avec des symboles creux, sur ses toiles mi abstraits- d’une émancipation d’un art embrigadé dans des normes aujourd’hui béotiens. Francis Mampuya, Jean Pie Katembwe, Teddy Lusansu, Bafululu, Mukandila, étaient partie prenante de ces ateliers mais en étaient pas membres effectifs. Aussi, disons qu’à un certain moment, le Sculpteur Freddy Tsimba avait fait partie de ces ateliers en tant que sympathisant.À présent il travaille sur des douilles de balles, des manchettes… ; une expression sculpturale forte qui lui permit de décrocher divers prix ailleurs et de connaitre une ascension remarquable.

francisMampuya et jean Kamba

francisMampuya et jean Kamba durant les festivités de 70 ans de l’Academie des beaux-arts de Kinshasa

aicha muteba et Dolet malula

Aicha Muteba et Dolet Malalu , en exhibition, lors des 70 ans de l’Académie des Beaux-arts de Kinshasa en 2013

Teddy Lusansu

Teddy Lusansu, en exhibition lors des festivités de 70 ans de l’Académie des beaux-arts de Kinshasa

Eclosions Vient ensuite,- vers La fin de l’année 2003 une révolte des étudiants de l’ABA de Kinshasa, qui bruleront, casseront et détruiront en signe de protestation contre l’administration de leur institution académique, particulièrement, le véhicule de leur Directeur Général au nom de Shongo, l’idée de rassembler toutes ces carcasses et de les organiser ensemble afin de créer une chose avec.

Pathy Tshindele se dit être l’initiateur de l’idée et en parlera aux autres tels que : Meg aMingiedi, Vitshois Mwilambwe, Eddy Ekete, Labemba Labos, Kura Shomali, Kiki Zamunda, Olivier Tolobo, Drion Mons, Gere Nkondo,Iviar ,Kennedy Dinanga, puis créèrent une grande installation artistique sur le terrain en parallèle du bâtiment administratif de l’ABA ; avec Francis Mampuya, comme artiste invité parmi eux.

Notons que de passage à Kinshasa, le scénographe Jean- Christophe Laquetin, entra en contact avec eux, et organisa avec eux une scénographie qui contribuera énormément à la réalisation de cette oeuvre gigantesque et combien innovatrice, surtout avant-gardiste sur la scène artistique kinoise et congolaise. Cette installation était appelée « Kinshasa wenzewenze » ; donc, « Kinshasa foutoire ». Parrainés par ce dernier, hormis Vitshois Mwilambwe, Francis Mampuya et les autres; Mega Mingiedi, Pathy Tshindele, Eddy Ekete, Kura Shomali, Kennedy Dinanga, ainsi que d’autres adhérents comme Freddy Mutombo, créeront le mouvement artistique « Eza possible» qui veut dire « C’est possible ».

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Préparatifs de l’installation Kinshasa « Wenzewenze ». « Photo droits tiers »

Eza possible vécut et s’effrita peu à peu, malgré ses réalisations qui n’ont pas manqué de fuser ses échos telles que la « Scénographie urbaine » organisée en 2006 toujours avec le soutien de Jean-Christophe Laquetin, un rendez-vous qui a mixé plusieurs disciplines artistiques ponctué par la présence de l’artiste Béninois Dominique Zikpé et d’autres en provenance de Lubumbashi. Actuellement ce mouvement n’est que l’ombre de lui-même, et ne sait plus réclamer sa place sur la scène artistique congolaise avec chacun de ses anciens constituant, en cavale et en perte de vitesse, et en mal de positionnement. D’autres à la recherche du pain quotidien dans des projets certes artistiques mais tramés par un souci mercantiliste et peu innovateur. Disons qu’ils évoluent actuellement chacun en solo tels que Pathy Tshindele, Kura Shomali et Mega Mingiedi, qui vivent à Kinshasa et tentent quand même de redorer le blason individuellement par un travail certes bien conçu mais totalement extraverti, et vendu tel une marchandise aux marchands d’oeuvres sans contribuer à l’environnement immédiat de l’artiste, en termes de messages émis ou de l’ achèvement de sa mission qui est, premièrement, celle d’être une des courroies de transmission de valeurs tant concrètes qu’abstraites de la société. Là est un autre problème à traiter pour la quasi-totalité d’artistes congolais qui ne créent que par un souci primaire qui est pécuniaire, d’où l’expression « Sumbidikuanga », « Gagne pain » en français ! Actuellement devant nous, il y a un Pathy Tshindele qui, après avoir bénéficié d’un séjour de plus au moins deux ans à Rijskcademie de la Hollande, développe un travail conceptuel qui a de la jugeote, Mais peine à pivoter ses deux pieds sur terre, ressemblant à un étranger sur sa propre terre natale. Mega Mingiedi, autant que Pathy, conçoit et fait, tant bien que mal, un travail appréciable. Eddy Ekete, Freddy Mutombo, Kennedy Dinanga et les autres, sont actuellement en Europe et ne semblent pas manifester ou réfléchir, comment donner de leur dans cette atmosphère kinoise assoiffée de nouveaux souffles et réalisations artistiques…

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La scénographie de l’installation « Photo droits tiers »

Emulations La place est désormais laissée aux collectifs tels que Solidarité des Artistes pour le Développement Intégrale(SADI) crée entre 2005 et 2006, regroupant de jeunes issus de l’ABA de Kinshasa dont Yves Sambu, Francix Tenda, Alain Polo, Trésor Mukonkole, qui seront rejoints par la suite par Didier Besongo, Deo Kihalu, Stanis Mbwanga, et Bienvenu Mupata. Ce collectif fut crée après une performance-installation réalisée par ces artistes, initialement au nombre de cinq, qui iront dans un quartier reculé de la ville de Kinshasa, à Kindele, pour peindre, photographier les murs et dégâts causés par les érosions et glissements de terrains, emportant bien meubles et immeubles de cette contrée reculée de la ville. Ces actions portaient dans l’ensemble, le titre en lingala : « Tozokendewapi ? », « où allons-nous ? », « où irons-nous ? », en français.
Sadi, avec son siège, est actuellement parmi les grands lieux de rendez-vous artistiques à Kinshasa. Ayant élargi ses horizons, le groupe plane sur la musique, les arts visuels et le commissariat d’expositions. Parmi les initiateurs cités ci-hauts aux nombre de cinq, deux sont actuellement restés à Kinshasa.

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« Kinshasa wenzewenze » « Photo droits tiers »

Yves Sambu et Francix Tenda, l’un oeuvrant dans la photographie et le curatorial ou le commissariat d’expositions, et l’autre dans la peinture- sur des boites de conserve cabossées, dégageant des expressions faciales, indices des malaises sociétales dans de grandes villes ; une manière de faire qui ne lui est pas forcement propre- et la vidéo artistique. Tenda est actuellement très proche et de plein pied dans des projets de Kin Art Studio, structure montée par l’artiste Vitshois Mwilambwedepuis 2010 ; et énormément bénéficie des voyages et relations. Mais le collectif continue à persister malgré les hauts et les bas causés par la léthargie croissante et grandissante dont il fait montre, avec la quasi transformation de cette boite en centre culturel axé vers les arts de la scène, et la présence inopportune de certains parmi eux qui semblent ne dégager aucune énergie artistique créatrice. Le cas de Deo Kihalu. Ce qui ne semble pas arranger certains d’entre eux comme Francix Tenda, prônant l’esprit initial du collectif SADI dans les réalisations des arts visuels bandantes. Soulignons que Yves Sambuest l’un des rares artistes congolais travaillant dans la photographie avec un concept intéressant. Son travail a comme leitmotiv, « la vanité apparente » avec des scènes de sapeurs kinois, ce qui est certainement fait par beaucoup, mais, lui la photographie dans des cimetières. Il défend l’idée selon laquelle SADI, est un lieu qui peut être pris pour un carrefour d’idées innovatrices prônant l’art contemporain, cela dans le cadre de l’atelier « Carrefour ».

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Une des réalisations du collectif SADI à Kindele Photo Yves Sambu

A coté de Sadi des artistes comme Mafuta Erick, Kasonga Bafule Elie, Musombua Lutombo Patrick, Babanzanga Mbadu Gloire, BafibaMayala Benoit, Zuanzi Itunime Anthony, se constituèrent eux aussi en groupe, depuis 2007 pour créer le collectif ou l’ « Atelier loboko » , « la Main » en français ; proposant un travail dans l’ensemble moins innovant et enchainé aux pieds par ce que leurs yeux ont déjà vus produire leurs ainés, malgré des tentatives d’évasions. Ce n’était qu’un coup d’essais car la plupart d’entre eux ne se font plus voir ; d’autres sous d’autres cieux comme Patrick Musombwa et quelques-uns toujours à Kinshasa, comme Babanzanga et Kasonga Bafule Elie qui semblent essoufflés, ne sachant par quelle voie se diriger pour s’offrir une identité artistique personnelle et parlante. En 2010 naquit le collectif « Bokutani » réunissant des jeunes et très jeunes artistes alors élèves de l’Institut des beaux-arts de Kinshasa, avec comme chef de fil Isaac Sahani. Initialement, Association de Jeunes Artistes de la Nouvelle Génération(AJANG), organisation étouffée dans l’oeuf quelque temps après, par manque de maturité. En 2011, l’artiste précité, alors membre du Collectif des Arts Bantou, crée son propre atelier avec comme nom : Atelier Bokutani artistes réunis, et expose ses oeuvres dans la kermesse humanitaire de la paix, « où vas-tu SIDA? » à Kinsuka. Comme l’indique son nom, Bokutani connaitra l’adhésion de l’artiste Luyeye Vie, et les deux artistes feront désormais chemin ensemble, car après avoir découvert le mouvement des libristes, autant que d’autres artistes contemporains étrangers, ces deux jeunes gens se sont mis à la recherche d’un art sincère, puisé du tréfonds de soi et matérialisé par la manipulation de toutes sortes de matériaux, associés à la peinture traditionnellement utilisée, pour s’exprimer par rapport aux réalités actuelles.

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Trésor Malaya en performance, au collectif SADI. Photo Yves Sambu

L’année 2012 est celle où le groupe connaîtra l’adhésion de Joyce Nath Tshamala et Geraldine Tobe ainsi qu’une douzaine d’artistes, qui malheureusement ne font plus partie du collectif à cause du concept « Art contemporain ». Concept qui ne cesse d’entretenir de confusions, dans le chef de beaucoup d’entre les artistes congolais, car mal compris et explicité. Que dire, alors qu’il y a absence de vrais débats autour de l’art à faire actuellement ? Ces jeunes artistes jusqu’alors se recherchent en touchant partout, toujours à la recherche d’une identité artistique personnelle. Aussi oeuvrent, dans la sphère artistique kinoise, des collectifs comme le « Neongongisme » de l’artiste John Bongenia, Bega, Ditunga, Aristote, Ebengani, Masela, et Mago, artistes engagés dans une folie manquant un sens d’organisation, ne sachant où ils se dirigent. Ajoutons le collectif « Vie totale »(VITO) de Hilaire Balu, Sarah Ndele, Cedrick Sungo, Alexandre Kyungu, Masky KusaKusa, Deo Kandu, qui, ne sont que dans un carcan, vaguant dans le modernisme et une contemporanéité crue et ne sont pas encore émancipés, ne sachant pas encore comment procéder. Seul Hilaire Balu, membre de ce groupe qui se débrouille en créant des oeuvres dignes à s’y attarder. On a aussi le regroupement des artistes sous le nom de « Polyvart », le collectif « Kisalu Kiambote » fondé par Dolet Malalu, Julie Djikey, qui travaillaient ensemble avec le défunt critique d’art Pania Bulabula, etc. D’autres évoluent en solo, comme « l’Atelier Lumineux » de l’artiste Aicha Muteba, – témoin oculaire et fort longtemps au près du libriste Francis Mapuya du reste son mentor dans l’art ;« L’Atelier Mulinga » de Teddy Lusansu, Bienvenu Nanga, Kitoko Mbete avec son atelier « Forme et fond », Henry Kalama avec « Kalama les ateliers réunis » où l’on retrouve Ange Swana, Budiongo, Benj Kinenga, etc. Les artistes féminines avec deux pieds plongés dans l’art contemporain, ne manquent pas au rendez-vous, malgré leur nombre insignifiant ; nous avons, Julie Djikey qui est plus dans des performances et dans la photographie ; Willi’s Kezi dans un art épuré et allégorique typiquement inspiré des illustrations qu’exécutent des enfants kinois au sol et traite des sujets purement tirés de comportements de kinois. Elle est actuellement quelque peu influencée par Dolet Malalu par des thématiques touchant à la sape.

Il ya aussi une peintre, Ange swana autant que la précédente ; GeraldineTobe du collectif Bokutani, une artiste qui développe un travail expérimental basé sur l’utilisation de la fumée noire sur des toiles, alliée à du polystyrène mélangé avec de l’essence, puis y résulte des tableaux composés de ses sensibilités moulées dans une logique cathartique. Cette artiste a encore un discours balbutiant. Gosette Lubondo,la photographe, nouvellement lancée sur la scène de l’art par KAS Project au prèsde Ange Swana et Willi’s Kezi, durant l’exposition « Lady by Lady » en Avril dernier, curatée par l’artiste visuel Vitshois Mwilambwe, est à la recherche d’une identité artistique, photographique assise, propre à elle, car elle est encore dans ses débuts de carrière ; et son travail démontrait la forte influence de Samy Baloji. La même observation concerne aussi, Géraldine Tobe et les deux autres qui, bien que déjà dans la bonne voie, ont encore un grand chemin à parcourir pour la quête identitaire artistique bien propre à elles.

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Lors de la troisième édition de l’atelier « Lumineux » de Aicha Muteba en 2013 .Photo droits tiers

Art et business Il est actuellement à Kinshasa des structures artistiques se constituant sous une autre forme que de collectifs précités. Des structures s’apparentant aux agences d’événementiels, prétendant oeuvrer dans la logique de la promotion de la nouvelle génération des artistes qui présentent un travail contemporain. Autant que des centres d’art ponctués par des aspects et bases affairistes, avec des mentors qui les inities couvrant méticuleusement les non-dits qui ne sont autres que la recherche du positionnement sous le projecteur de la scène, entant que « grands prêtres », avec derrière soi, moult de suivistes et « Djeleoiste », jeunes talents, rendus, bouffons du roi .Pauvres jeunes à la recherche de l’eldorado tant miroité. Gare à ces artistes initiateurs de ces structures qui, peu à peu, perdent leur chemin en empruntant celui de pur business, alors qu’ils ont encore un grand chemin à parcourir, tant dans leurs créations et leurs parcours entant que demiurges. Sont-ils déjà essoufflés ?

Vitshois Mwilambwe avec sa structure dénommée « Kin Art Studio Project », créée depuis l’année 2010, initie sous le concept « Master Art », des ateliers de rencontres entre artistes nationaux et internationaux, sanctionnés par une restitution des travaux réalisés durant tout le processus d’échanges entre expérimentés (artistes, critiques d’art, etc.), et novices. Cette année à connu la deuxième édition de ce Master Art.

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Durant l’exposition « Pas’sage » du collectif « Bokutani » en Novembre 2013. Photo Isaac SAHANI

KAS Project regorge en son sein plusieurs artistes de divers horizons et collectifs, avec Francix Tenda qui est un membre fondateur du collectif SADI, Lady Ntumi Landu dit Jagouar, qui n’est qu’artiste indépendant d’un quelconque collectif avec un travail et un souci artistique grandeur nature. Il a un souci démesuré de réaliser des oeuvres d’art au-delà de ce qui est communément fait. Toujours à la recherche d’une création, capable d’impacter et provoquer de l’étonnement, jusqu’à des visées mégalomaniaques. Il y a aussi les artistes comme: Eddy Kamuanga, Ange Swana, Diakota Diams ,Asia Nyembo, Kembo, Gosette Lubondo , ainsi que Patrick Tambwe un chroniqueur culturel de la place, et le journaliste critique d’art Patrick Nzazi ; qui , signalons-le, a été invité dans le cadre de la onzième biennale de Dakar.Fransix Tenda, Eddy Kamuanga, et Ange Swana y ont aussi rehaussé de leur présence au « off » de cette biennale, par le biais du stand de l’atelier « SAHM » de l’artiste Bill Kwelany du Congo Brazzaville. Kas Project a une équipe qui oeuvre et bénéficie des ateliers résidants et rendez-vous artistiques au pays et ailleurs, par l’entremise des relations de cette structure et de son créateur Vitshois Mwilambwe.
Malheureusement, quelques uns des ces artistes, ne s’empêchent pas d’être influencés par les travaux des autres, et en reproduisent même par inadvertance, le cas de Ange Swana devant les travaux de Victor Sheleg, Rahmani Zakaria, Eddy Kamuanga et de Bienvenu Mupata, ainsi que de Vitshois Mwilambwe.

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Vitshois Mwilambwe lors de l’exposition-restitution du Master art 2

Le photographe Kiripi Katembo a lui aussi initié un projet du genre, avec comme structure au nom de « Mutotu », et pense organiser pour une première fois, une biennale à Kinshasa au mois d’Octobre sous le thème : « Avancer ».
Biennale de Kinshasa avec comme dénomination : « Yango », autant que le thème de sa précédente exposition au Centre Culturel français de Kinshasa. Il travaille avec les artistes Mega Mingiedi, et cedric Nzolo pour la mise en place de cette biennale. Ce qui inspire un peu la crainte, est le fait que cette biennale ne soit pas bien préparée comme il se doit, avec une manière de faire très opaque, alors que ces genres d’initiatives méritent d’être orchestrées avec toute subtilité et non entant qu’un simple club d’amis. Kinshasa certes, une grande ville, s’il faut y organiser un tel rendez-vous, il faudrait vraiment y mettre du sien pour être à sa hauteur. Nous espérons que ça ira, ainsi attendrons encore la biennale de Kinshasa de 2016 et ainsi de suite. Néanmoins nous les encourageons !

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Atelier « A Carré » dans le cadre des préparatifs de la biennale de Kinshasa. « Photo droits tiers »

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Atelier « A Carré » dans le cadre des préparatifs de la biennale de Kinshasa. « Photo droits tiers »

Les initiatives citées ci-haut ne sont que des conséquences du vide laissé par le manque criant dénoncé au début de cette communication.Ce sont néanmoins des malnécessaire qui, tant soit peu, mettent un peu de grains du sel sur la langue.
De son coté, Steve Bandoma a conçu le projet « Koid 9 ?» après un long séjour de six ans, en République Sud Africaine et revient à Kinshasa en 2012 pour exposer ses travaux au Centre Wallonie Bruxelles de Kinshasa, puis en 2013 au Centre Culturel Français. Toujours dans la même logique que les deux précédents, il initie et pense développer des projets du genre, expositions et autres pratiques de l’art contemporain, de grande envergure, non expérimentées jusqu’alors à Kinshasa. Une initiative louable mais qui jusqu’alors n’a pas encore démontré sur terrain, le « Neuf », dont il est ici question. Juste des workshops, qui ne sont du reste pas de neuf ; l’exemple des ateliers organisés au mois de Février dernier, sous le thème : « trois jours d’ateliers sur la multi médiation dans l’art contemporain », avec comme intervenants : Jean Kamba, Pathy Tshindele, Yves Sambu et Steve Bandoma au Centre Culturel Français de Kinshasa …wait and see !

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Steve Bandoma, durant l’atelier « Kinshasa sur la multi médiation dans l’art contemporain » à l’Institut Français de Kinshasa.

Un autre point à épingler est celui qui concerne l’adversité cachée et visible qui caractérise ces jeunes artistes émergents et entrepreneurs : Kiripi, Vitshois, Bandoma, Tshindele, Kura Shomali, Yves Sambu, Franci Tenda et autres, qui semblent s’entendre en apparence, mais au fond, remplis de rancoeur, de dédain , desoupçon , et d’hypocrisie, les uns envers les autres, des croc-en-jambe ; en pensant que « chez l’autre, c’est l’enfer , le paradis est chez moi ». Tout cela au grand dame des jeunes, à la recherche de modèles, qui pourtant voient et écoutent toutes leurs chamailleries. Ecoeurant pour ces pauvres débutants, pourtant à la recherche des repères ! …D’autres sont dans des guerres inutiles, causées par la recherche d’un leadership et n’hésitent pas à hisser, à tout bout de champ, les voyages effectués, et rencontres, ainsi que résidences, à l’étranger ; comme font les musiciens congolais polémistes! Ce dans le but de dire comme on le dit dans le jargon kinois « naza danzé, yotsé ! » ; donc, « je suis phénoménal, pas toi ! » On est tenté de croire qu’ils refont la même chose que leurs ainés de la génération avant Librisme ; pourtant c’est cette même génération, des libristes, qui se disait libérateur de l’art congolais emprisonné dans des pratiques archaïques, tant conceptuellement que pratiquement. Des comportements égoïstes et egocentriques teintés dejalousie. Bref, un vrai combat de cage !!!…

Jean Kamba

Poète et critique d’art

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Les arts visuels
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