À l’occasion du 6 avril, journée désormais reconnue en République démocratique du Congo, cette tribune s’inscrit dans une réflexion à la fois historique, politique et universelle autour de l’héritage de Simon Kimbangu. Longtemps perçue comme une célébration propre aux fidèles kimbanguistes, cette date tend aujourd’hui à dépasser les frontières communautaires pour s’imposer comme un symbole de liberté, de dignité humaine et de résistance face à l’injustice. Dans un contexte national et international marqué par des crises multiformes, cette analyse invite à revisiter la portée de son combat, afin d’en faire un levier de transformation des mentalités, de gouvernance et de diplomatie au service de la paix et du vivre-ensemble.
Précision : Cet extrait est tiré de l’interview réalisée avec le Dr Lohanga Konga Jospin, ambassadeur itinérant

Sur le plan panafricain, il est de coutume que la journée du 6 avril soit célébrée par les fidèles kimbanguistes en tant que communauté, car elle s’identifie directement au combat mené par Simon Kimbangu. Cependant, au-delà de cette dimension identitaire, il apparaît nécessaire de dépasser toute forme de « ghettoïsation » de sa mission. En effet, Simon Kimbangu est une figure multidimensionnelle dont l’action s’adresse à toute l’humanité, au-delà des appartenances communautaires, raciales ou géographiques. Ainsi, le 6 avril, reconnu comme journée chômée et payée sur toute l’étendue du territoire national, doit être perçu comme une journée commémorative nationale pour la République démocratique du Congo, africaine par essence, et universelle par sa portée en faveur de la paix.
Sur le plan politique, le 6 avril symbolise la liberté des peuples. À travers un message volontairement déformé par le système colonial, Simon Kimbangu a payé un lourd tribut pour avoir proclamé que l’homme n’est pas né pour être esclave, mais pour vivre libre. Son emprisonnement, qui fit de lui l’un des plus anciens prisonniers politiques du continent africain avec trente années de détention, illustre la profondeur de son engagement. Il importe donc que toute personne éprise de justice mesure la portée de cette journée dans la lutte contre les injustices à travers le monde.

Sur le plan du pouvoir national, la date du 6 avril doit constituer un levier de transformation des mentalités dans l’exercice du pouvoir en République démocratique du Congo, notamment sous le mandat du Président Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo. L’œuvre de Simon Kimbangu demeure une source d’inspiration majeure pour la gouvernance. Aucun acteur politique, de 1960 à ce jour, ne peut véritablement s’inscrire dans la construction nationale sans s’imprégner de cet héritage. À la Table ronde de 1960, certaines figures historiques, dont Patrice Lumumba, ont bénéficié de cette influence, directe ou indirecte, contribuant à la marche vers l’indépendance du 30 juin 1960.
Sur le plan diplomatique, Simon Kimbangu a démontré que la résolution des conflits ne passe pas par la violence, mais par la paix, le pardon et le vivre-ensemble. Malgré les persécutions, il a su incarner une diplomatie de l’amour et de la résilience. Aujourd’hui, cette vision reste d’une actualité saisissante. Le plaidoyer du Dr Lohanga Konga Jospin, mené auprès de plusieurs instances internationales, notamment en Afrique, au Moyen-Orient, en Occident et en Asie, met en lumière les limites des approches violentes et l’urgence de s’inspirer des enseignements kimbanguistes dans la gestion des crises mondiales.

Sur le plan de la défense et de la sécurité, face à l’armée coloniale structurée, Simon Kimbangu a opposé une résistance non armée, fondée sur la force spirituelle, morale et symbolique. Ce combat a profondément marqué les consciences africaines, comme en témoignent les milliers de martyrs et les nombreuses familles déportées ayant contribué à l’éveil des peuples à leur dignité et à leur liberté.
Enfin, sur le plan spirituel, réduire Simon Kimbangu à un simple prophète reviendrait à minimiser la portée de sa mission. Au-delà du religieux, il incarne une dimension universelle, celle d’un esprit vivant porteur d’une vision de paix, de dignité humaine et de coexistence harmonieuse entre les peuples. Son héritage continue d’inspirer une dynamique mondiale orientée vers l’unité, la justice et le vivre-ensemble.
Tribune de Cédric Abazi (Expert en communication)
