À l’occasion de la commémoration de la décennie de la disparition du « Roi de la Rumba » mort en pleine scène le 24 avril 2026 en Côte d’Ivoire, A’Salfo, commissaire général du FEMUA, est revenu avec une émotion vive sur les circonstances exactes du décès de Papa Wemba.
Un récit minute par minute, de la scène d’Anoumabo jusqu’au dernier souffle à l’Hôtel-Dieu, selon une interview accordée à nos confrères du média ivoirien AffairageCi.
Le silence brutal de 5h20
Tout commence dans la moiteur de l’aube, ce 24 avril 2016. Papa Wemba, légende de la musique africaine, est le dernier artiste à monter sur la scène d’Anoumabo. Pour A’Salfo, c’est le moment de souffler et de dresser un premier bilan devant la presse. « Il était exactement 5h00 quand il est monté. En tant que commissaire général, je regarde toujours ma montre », se souvient-il.
Vingt minutes plus tard, la musique s’arrête brusquement. « À 5h20, je n’ai pas compris. Au même moment, mon directeur de communication, Guy Michel Able, entre sous la tente et me dit : « Le boss, on a un problème sur le podium… Papa Wemba ne se sent pas bien. » » Sur le coup, le leader de Magic System ne cède pas à la panique, habitué aux fatigues passagères des artistes. Mais en montant sur scène, il découvre un homme dont l’état dépasse l’épuisement.
La course contre la montre
L’urgence est immédiate. Le choix de l’hôpital devient un enjeu crucial. Alors qu’A’Salfo suggère la PISAM, le corps médical l’en dissuade : sans le troisième pont (inauguré seulement huit mois plus tard), le trajet serait trop long. Direction l’Hôtel-Dieu.
« On arrive à l’hôpital, tout le staff de Papa Wemba avait suivi l’ambulance. Les premiers massages cardiaques ont commencé devant moi », raconte A’Salfo. L’angoisse s’installe devant l’établissement où les musiciens, en larmes, pressentent déjà le pire. Pourtant, le commissaire général s’accroche à l’espoir : « Je me disais que tout pouvait arriver sauf le décès. C’est la dernière chose à laquelle il fallait penser. »
« Il a décidé de partir dans tes mains »
Vers 6 heures du matin, le médecin utilise un subterfuge pour isoler A’Salfo de la foule, prétextant un besoin urgent de matériel technique. Une fois à l’écart, le verdict tombe, brutal et irréversible.
« Il a mis sa main dans sa blouse, il a enlevé la montre de Papa Wemba et il m’a dit : « Papa Wemba a décidé de partir dans tes mains. » »
Dix ans après, le récit de ces instants reste une plaie ouverte pour la culture africaine, pour le FEMUA et surtout pour le peuple congolais, qui aura vu l’une de ses plus grandes étoiles s’éteindre sous les projecteurs, fidèle à son art jusqu’au bout.
Masand Mafuta
