Artiste trompettiste, chanteur et compositeur avisé, Yeremia Vindu appartient à une génération façonnée par les contrastes du Kivu. Entre la guerre incessante et l’école, l’église et la rue, les traditions et la mondialisation, le jazzman vient de lancer un nouveau projet. Pour lui, la musique est bien plus qu’un art, c’est aussi un refuge et un témoignage. Son nouvel album, KASUKU, en est la preuve vibrante.
Trois mots résument l’âme de ce projet : mémoire, vérité, transmission. KASUKU, qui signifie « perroquet » est la restitution de tout ce que l’artiste a entendu et vécu : les conseils paternels, les cris de la rue, les silences de la douleur, les contradictions de la foi, les rêves d’enfant et les discours politiques creux. « Ce titre n’était pas là au départ. Il s’est imposé à la fin, comme une évidence », confie Vindu.

Une nouvelle couleur musicale
Contrairement à ses précédents travaux où il cherchait à prouver sa technique et sa capacité à fusionner les styles, KASUKU marque une rupture. « J’ai arrêté de prouver. J’ai commencé à dire », explique-t-il. Jazz, rumba et rythmes traditionnels restent présents, mais au service du récit. La nouveauté réside dans une sobriété émotionnelle assumée : moins de démonstration, plus de respiration, une place accordée au silence et à l’imperfection.
L’album est né d’une accumulation de fatigues intérieures : projets ralentis, pressions financières, responsabilités familiales, questions spirituelles sans réponse. Mais aussi d’un moment lumineux : la naissance de sa fille. Dans son home studio installé dans sa chambre, Vindu a façonné ses morceaux entre solitude et inspiration enfantine. « Elle était toujours autour de moi, mais elle m’a inspiré énormément », raconte-t-il, évoquant notamment la chanson « Religion »

Moyo, le morceau le plus difficile
Parmi les 14 titres finalisés en 2025, Moyo reste le plus ardu. Il aborde la dépression et la fatigue morale, un sujet délicat dans une société où l’on attend des hommes qu’ils soient forts. Vindu a choisi de ne pas trop en dire, laissant à chacun la liberté d’interpréter selon son vécu.
Kasuku explore des thèmes profondément personnels et sociaux : l’identité, la foi sans hypocrisie, les contradictions de l’argent, la pression sociale, la jeunesse face aux réseaux, la transmission intergénérationnelle. Mais surtout, il interroge : comment rester humain dans un monde brutal ?

Un message de résistance douce
À l’issue de l’écoute, Vindu espère que l’auditeur retiendra une idée simple : « Le monde peut être dur, injuste, épuisant… mais rester une bonne personne est déjà une forme de victoire. »
Sur scène, l’artiste imagine une transposition sincère et spectaculaire. Chaque chanson sera un tableau, une expérience à la fois joyeuse et inconfortable. « Un concert où l’on écoute autant que l’on danse », promet-il. Plus qu’une performance, un moment de partage.
Amani Lugero
