Le dimanche 22 mars, de 11h à 12h, à l’occasion du Salon du Livre Africain de Paris, une voix inattendue s’est invitée à la table de la conférence consacrée à La Gen Z africaine. Dans le cadre prestigieux de l’Hôtel de l’Industrie, au milieu d’auteurs émergents et confirmés, Niamba Malafi a pris place parmi les panelistes, non pas comme figure programmée de longue date, mais comme témoin nécessaire.
C’est à l’initiative de Erick Monjour que cette participation a vu le jour. Une convocation discrète, presque confidentielle, mais profondément signifiante : donner à entendre une parole née du terrain, de l’expérience, et non uniquement des cercles éditoriaux.
Face à lui, une génération d’auteurs qui redessine les contours de la littérature africaine contemporaine : Youssef Branh, Elie Ramanankavana et Carmen Fifané Toudonou. Ensemble, ils ont interrogé les imaginaires, les engagements et les esthétiques qui traversent la jeunesse africaine.
La conférence a mis en lumière une génération qui ne se contente plus de raconter le monde, mais qui cherche à le transformer. Une génération qui écrit depuis les fractures, les espoirs et les contradictions de sociétés en mutation.
Dans cet échange, la parole de Niamba Malafi s’est distinguée par sa densité vécue. Loin des discours théoriques, il a ramené la discussion à une réalité brute : celle de N’djili, de Kinshasa, de ses périphéries culturelles invisibilisées, et de l’urgence de décentraliser les espaces de création.
Mais c’est surtout en évoquant son passage par la prison de Makala que son intervention a marqué l’auditoire. Là où beaucoup parlent d’engagement comme d’un choix, il en a rappelé la dimension vitale.
Pour lui, créer n’est pas un luxe.
Transmettre n’est pas une posture.
Organiser n’est pas une stratégie de carrière. C’est une réponse.
Une réponse à la violence des silences imposés.
Une réponse aux corps surveillés, aux jeunesses criminalisées, aux récits empêchés.
Son œuvre, à la croisée du récit, de la poésie et de l’engagement civique, se construit précisément dans ces marges où la parole devient acte de survie.
Dans un moment particulièrement fort, il a repris une formule philosophique de ses aînés comme Jean Bofane, Blaise Ndala, Jupiter Bokonzi ou Lexxus Légal :
« Briser le silence, sans handicaper la phrase. »
Une manière de dire que l’urgence de parler ne doit pas détruire la beauté, ni la précision du langage. Que même dans l’urgence, la parole peut rester digne, construite, et porteuse.
Une présence qui redéfinit les contours du panel
La participation de Niamba Malafi à cette conférence n’était pas prévue. Et pourtant, elle a peut-être été l’une des plus nécessaires.
Elle rappelle que la littérature africaine contemporaine ne se joue pas uniquement dans les livres publiés, mais aussi dans les trajectoires, les engagements et les résistances silencieuses.
Dans les coulisses du Salon, une invitation a suffi pour faire surgir une vérité :
les voix les plus importantes ne sont pas toujours celles qu’on programme, mais celles qu’on ose écouter.
Crédit photo : @user_aicha8
La rédaction
