Le rappeur congolais Zozo Machine ouvre un nouveau chapitre de sa carrière. L’ex-membre du groupe MPR vient de dévoiler son premier clip en solo, “Kolo Coop”, expression lingala signifiant “propriétaire”. Une déclaration d’intention sans détour : Zozo se proclame patron de la musique urbaine congolaise, “Mukolo Coop”.
Mais au-delà des punchlines et des piques adressées à ses contemporains, le clip frappe surtout par sa densité symbolique. Masques, tissus congolais, effigies, références aux figures ancestrales, t-shirts ornés d’icônes culturelles : l’esthétique de “Kolo Cop” dépasse la simple démonstration de force. Elle s’inscrit dans une généalogie visuelle et politique qui rappelle le travail du plasticien feu Roger Botembe.
Zozo a aussi osé placer le masque entre tradition et affirmation de pouvoir.
Chez Roger Botembe, le masque n’est jamais un simple objet décoratif. Il est mémoire active, outil de transmission et instrument critique. Il relie l’invisible au présent, la tradition à la modernité.
Dans “Kolo Coop”, Zozo Machine reprend ce vocabulaire symbolique. Le masque devient une armure visuelle. Il convoque l’autorité ancestrale pour légitimer une domination contemporaine : celle du rappeur sur la scène urbaine.
Là où Botembe utilisait le masque pour questionner l’identité et dénoncer l’aliénation culturelle, Zozo l’utilise pour affirmer une souveraineté artistique. L’un interroge, l’autre proclame. Mais les deux parlent de pouvoir.
Roger Botembe a toujours défendu un art africain contemporain affranchi du regard occidental, capable de puiser dans ses racines sans se folkloriser. Son approche consistait à réactiver les symboles traditionnels pour produire un discours critique et autonome.
Zozo Machine opère un geste similaire, mais dans le champ du rap. En intégrant des codes visuels traditionnels dans une esthétique urbaine, il affirme que la modernité congolaise ne se construit pas en rupture avec l’héritage, mais en continuité avec lui. Son clip a utilisé l’ancestralité comme stratégie moderne.
Le clip devient ainsi un espace de réconciliation :
tradition africaine + culture hip-hop = souveraineté esthétique.
De la contestation à la domination
Le contraste est intéressant.
Botembe : une posture pédagogique et critique, visant l’émancipation collective.
Zozo : une posture combative, compétitive, propre au rap, affirmant une hiérarchie.
Les punchlines de “Kolo Coop” laissent entendre des piques à l’endroit des artistes de sa génération. La revendication d’être “Mukolo Coop” dépasse la simple provocation : elle installe un rapport de domination assumé.
Là encore, le masque prend sens.
Il ne cache pas : il autorise.
Il donne à Zozo une légitimité mythique, presque totémique.
En arborant des effigies sur ses t-shirts, Zozo semble aussi saluer les pionniers du mouvement urbain congolais. Ce geste rappelle la logique de filiation chère à Botembe : reconnaître les ancêtres pour mieux avancer.
Mais là où le plasticien travaillait dans l’atelier et la transmission, le rappeur travaille dans l’arène médiatique. L’atelier devient studio. La performance plastique devient clip.
“Kolo Coop” n’est pas seulement un premier clip solo. C’est un manifeste visuel.
Zozo Machine affirme une chose claire : le pouvoir artistique ne se quémande pas, il se prend.
En convoquant les symboles traditionnels chers à Roger Botembe, il ne rend pas simplement hommage à une démarche plastique ; il s’approprie un langage ancestral pour l’inscrire dans la bataille contemporaine du rap congolais.
Reste à voir si cette proclamation de “patron” survivra à l’épreuve du temps.
Mais une chose est sûre : le clip marque un tournant, où l’urbain et l’ancestral cessent de s’opposer pour devenir une seule et même scène.
Regardez le clip à travers ce lien : https://youtu.be/TOreXRxAyyY?si=HaVy_asMcoyWpZbo
Niamba Malafi
Auteur et observateur des dynamiques culturelles en Afrique centrale et dans la diaspora africaine, artiste pluridisciplinaire, entrepreneur culturel et initiateur du Salon des Bruits des Villes Africaines
