Présenté en mai dernier dans la section Un Certain Regard à Cannes, “Congo Boy” du réalisateur Rafiki Fariala sortira en salles en France le 25 novembre. Ce premier long-métrage de fiction centrafricain depuis plus de vingt ans puise son intrigue dans le parcours personnel du cinéaste, enfant réfugié devenu l’un des porte-voix d’une jeune génération qui réinvente le cinéma en République centrafricaine.
Son distributeur international prévoit également une exploitation sur l’ensemble du continent africain. L’œuvre a été dévoilée pour la première fois le 15 mai dernier, dans la salle Debussy, à l’occasion du Festival de Cannes, dans le cadre de la sélection officielle – section Un Certain Regard.

Il s’agit du premier long-métrage de fiction centrafricain depuis Le Silence de la forêt, présenté à la Quinzaine des réalisateurs en 2003. Congo Boy est également la première incursion du réalisateur dans la fiction, après le succès de son documentaire “Nous”, “Étudiants !”, sélectionné à la Berlinale en 2022.
L’intrigue de “Congo Boy” s’inspire directement de l’histoire de Rafiki Fariala. Né le 17 novembre 1997 à Uvira, dans l’Est de la République démocratique du Congo, le cinéaste a fui son pays en bas âge avec ses parents, contraints de se réfugier en République centrafricaine en raison de la guerre. Quinze ans plus tard, alors que le conflit embrase à nouveau leur pays d’accueil, la prise de pouvoir de la coalition rebelle Séléka à Bangui, suivie par la résistance des milices Antibalaka, les parents tentent de quitter le territoire avec de faux papiers. Arrêtés et emprisonnés, ils laissent leur fils aîné, alors adolescent, seul responsable de ses quatre frères et sœurs.

Le film raconte cette période, que le réalisateur décrit comme « l’année où la musique a été sa force ». Dans Congo Boy, ces événements sont incarnés par Bradley Fiomona, qui joue le rôle de Robert, alter ego fictionnel du cinéaste.
Avant de se tourner vers le cinéma, Rafiki Fariala s’est d’abord fait connaître sous le nom d’artiste Rafiki – RH2O. En 2013, son premier morceau, « Je Suis Élève », rencontre un large succès. La découverte du documentaire a lieu en 2017, lors d’une formation des Ateliers Varan à Bangui, dirigée par le réalisateur Boris Lojkine. Cette révélation l’amène à poursuivre parallèlement sa licence puis un master 2 en management des ressources humaines à l’Université de Bangui, tout en réalisant son premier long-métrage documentaire, “Nous”, “Étudiants !”.

En 2019, il s’associe à d’anciens formateurs et au réalisateur Elvis Sabin Ngaïbino pour fonder Makongo Films. L’école de cinéma éphémère CinéBangui, créée entre 2020 et 2022, forme une vingtaine de jeunes Centrafricains aux métiers techniques du cinéma, dont beaucoup figurent aujourd’hui au générique de Congo Boy.
Pour les parents de Rafiki Fariala, l’issue de l’emprisonnement s’est dessinée à partir de 2016, avec l’élection d’un nouveau président et la normalisation progressive de la situation sécuritaire. Le réalisateur, lui, porte désormais les espoirs d’une jeune génération qui reconstruit, film après film, une industrie et une salle de cinéma là où il n’y avait plus rien.

“Congo Boy” résonne ainsi comme un acte de résilience intime et collective. Il fait référence aux deux conflits que le réalisateur a traversés : la guerre de l’Est de la RDC, que ses parents ont fuie en 1997, puis la guerre centrafricaine de 2013-2014. Aujourd’hui, la cicatrice d’une balle de kalachnikov reçue à l’adolescence, alors qu’il échappait de justesse à des miliciens, lui rappelle chaque déflagration que « l’histoire des réfugiés n’est jamais tout à fait derrière ».
Franklin MIGABO
