Le 26 janvier dernier, Bargoss a dévoilé son nouvel EP tant attendu au grand public. « Mosaïque » ou les neuf titres censés refléter la pluralité de l’artiste au sommet de son univers, ressemblent davantage à un patchwork mal cousu qu’à une fresque cohérente. Journaliste accrédité lors de la session d’écoute du 25 janvier à Chiffe Hotel, le constat est sans appel : l’artiste n’a pas livré sa meilleure performance. Pire, il a semblé se perdre dans ses propres intentions.
Oboya : l’indifférence mise en musique
Premier morceau, Oboya. Bargoss y raconte une rupture, une fille qui s’en va, et un gars qui s’en fout. Le problème ? Cette indifférence se traduit aussi dans l’interprétation : pas de tension, pas de relief, juste une platitude sonore. Pendant que l’auditeur s’attend peut-être à une douleur sublimée, une rage contenue, mais on n’a eu qu’un récit plat, presque désinvolte.

Tombolilo : nostalgie en carton-pâte
Avec Tombolilo, Bargoss tente de convoquer les souvenirs des jeux d’enfants de Goma comme il l’a d’ailleurs expliqué lors de la session d’écoute. On ne va pas se mentir, l’idée est très intéressante, mais l’exécution est quasi bancale. Les sonorités afro, les combines des meilleurs beat makers de la région, les délices censées apporter chaleur et authenticité, tombent très vite dans un cliché.
Sans toi : la rumba qui s’effondre
Le morceau phare, « Sans toi » c’est une caricature : fade, sans âme, une rumba, dédicace à Patient Musaka, qui s’effondre sous son propre poids. Résultat : un naufrage. La rumba, genre noble et exigeant longtemps sublimée par des artistes congolais de renom demande une sincérité viscérale. Bargoss livre ici un produit fade, une rumba de fast-food. On en sort frustré, presque insulté par cette tentative ratée.

Les rares éclats peinent à rassurer
Ce qui choque, c’est la différence avec ses singles précédents. Bargoss avait su séduire avec des morceaux calibrés comme « Muvivu » (feat. Rayvanny), où l’énergie afrobeat était maîtrisée et portée par une production solide. « Mayi « ou « Komplike » montraient un artiste capable de livrer des sons efficaces, taillés pour les playlists. Ces singles, même sans profondeur extrême, avaient au moins le mérite d’être cohérents et accrocheurs. Pour ce nouvel EP, tout n’est pas à jeter.
« My G » et « Zo » sauvent l’honneur, avec une énergie plus maîtrisée et des refrains qui accrochent. « Ebeba » et « Vumbi » apportent quelques respirations, mais restent des esquisses. On sent que Bargoss a encore des éclairs de créativité, mais qu’ils sont noyés dans une mer de maladresses.

Une mosaïque fissurée
En somme, Bargoss voulait montrer qu’il pouvait passer du statut de faiseur de singles à celui d’artiste complet. Si Bargoss voulait sans doute montrer sa polyvalence, il s’est quand même éparpillé. L’EP oscille entre la confession bâclée, la nostalgie artificielle et la rumba ratée. « Mosaïque » révèle surtout ses limites actuelles. Ce n’est pas une fresque, mais un puzzle fissuré, où les pièces ne s’emboîtent pas. Là où ses singles promettaient un avenir brillant, cet EP laisse planer un doute : Bargoss est-il prêt à assumer une identité artistique forte, ou restera-t-il un caméléon musical qui se perd dans ses propres couleurs ?
Amani Lugero
