À Kinshasa, où les initiatives culturelles peinent souvent à survivre sans financements extérieurs, Ritha Mangindula incarne une nouvelle génération d’entrepreneurs déterminés à changer les règles du jeu.
Entrepreneure culturelle et project manager, elle obtient en 2025 son diplôme en management des entreprises culturelles à l’Institut National des Arts (INA). Mais bien avant cette reconnaissance académique, son engagement sur le terrain était déjà en marche.

Des débuts dans l’image à une vision plus large
C’est en 2015 qu’elle fait ses premiers pas dans l’entrepreneuriat avec Ritha Picture, une structure spécialisée dans la production photo et vidéo.
À cette époque, son activité est encore centrée sur la création de contenus visuels. Mais très vite, sa vision évolue. Elle ne veut plus seulement produire des images, elle veut structurer des projets culturels.
Cette ambition donnera naissance à NALINGALA Company, une entreprise orientée vers le management de projets, la formation professionnelle et la production d’événements culturels.

La stratégie de Ritha Mangindula est claire celle d’agir d’abord, structurer ensuite. Plutôt que de créer une entreprise vide, elle choisit de lancer des projets concrets sur le terrain. C’est ainsi qu’en 2018 voit le jour Elite Festival, un événement organisé en milieu scolaire et qui en est aujourd’hui à sa cinquième édition, impliquant plusieurs établissements de Kinshasa.
Au fil des années, elle multiplie les initiatives culturelles, consolidant progressivement son expérience et son réseau. Mais au-delà de la création artistique, c’est surtout sur le plan économique que Ritha Mangindula veut marquer une rupture.
Dans un secteur où de nombreux projets disparaissent dès que les financements extérieurs cessent, elle défend un modèle basé sur l’autonomie financière.
« Notre stratégie, c’est de multiplier les revenus propres, un autofinancement», explique-t-elle.
Son objectif est travailler sur des projets capables de survivre sans dépendre entièrement des bailleurs de fonds. Aujourd’hui, une partie importante de ses initiatives fonctionne déjà selon ce modèle, avec des revenus générés directement par le public et les activités.
À Kinshasa, le manque d’infrastructures adaptées et la fragilité du marché culturel compliquent la tâche.
Certains projets atteignent un niveau de réussite financière estimé entre 70 et 80 %, tandis que d’autres se soldent par des pertes ou des organisations particulièrement éprouvantes.
Mais pour Ritha Malindula, ces difficultés font partie du processus. Elles renforcent surtout une conviction ; le secteur culturel congolais doit évoluer vers des modèles plus durables.
À travers ses projets, elle ne cherche pas seulement à produire des événements. Elle veut inspirer une nouvelle manière de penser la culture en République démocratique du Congo.
Son éternel combat est de prouver qu’un projet culturel peut être à la fois créatif, structuré et économiquement viable. Dans une ville où les talents abondent, mais où les structures solides restent rares, Ritha Malindula s’inscrit comme l’une des voix qui pourraient redéfinir l’avenir de l’entrepreneuriat culturel.
Masand Mafuta
