Dans une région du Nord-Kivu ravagée par l’insécurité et dominée musicalement par les rythmes afrobeat et amapiano, un jeune artiste trace un sillon singulier. Isdor zarf, 25 ans, fait le pari audacieux d’imposer un rap francophone teinté de lingala, entre trap et drill, avec l’ambition de hisser la culture de sa ville sur la scène internationale. Un parcours de résilience et de conviction.
Goma, ici, le volcan Nyiragongo veille sur une cité bouillonnante, marquée par les conflits mais aussi par une ébullition culturelle en quête de reconnaissance. C’est dans ce décor contrasté qu’émerge Isdor zarf. De son vrai nom Shabuli Hamuli Isdor, né le 5 septembre 2000 à Goma, ce rappeur, compositeur et producteur a fait le choix de l’authenticité et de la rupture.

Son entrée dans l’univers musical est discrète, presque anodine. Fin 2018, il pose un premier couplet, suivi d’un morceau complet en 2019. À ce moment-là, la musique n’est pour lui qu’un passe-temps. Le déclic survient en 2021, lorsqu’il décide d’en faire un projet professionnel avec une vision claire : « changer les codes ».
Un style en décalage avec les tendances locales
Le constat est sans appel pour le jeune artiste. La scène musicale locale, qu’il observe avec lucidité, est saturée par les sonorités afrobeat et amapiano, majoritairement chantées en swahili. Un univers dans lequel ni lui ni son entourage ne se reconnaissent. « Ce qui marchait autour de moi ne me ressemblait pas », confie-t-il. Face à ce vide identitaire, Isdor zarf prend une décision radicale : créer sa propre voie.

Son style est un alliage unique. Il puise dans les codes percutants de la trap et de la drill pour porter un flow tranchant, en français et en lingala. Ses textes, sans concession, sont le reflet de son vécu et des réalités de son quartier. « C’est ma manière de raconter ce que beaucoup vivent sans pouvoir le dire » explique-t-il. Le rap devient ainsi son arme, son moyen d’expression le plus puissant.
C’est début 2023 qu’Isdor zarf pose un premier jalon majeur avec le titre « Robinet ». Accompagné d’un clip diffusé déjà sur YouTube, ce morceau agit comme une déclaration d’intention. Il y revendique la place du rap congolais dans une région où ce style est souvent mal perçu. Malgré l’absence de structures médiatiques et les défis sécuritaires, l’artiste enchaîne les projets, notamment une session freestyle de quatre titres mise en ligne sur les plateformes de streaming, constituant son premier projet d’envergure.

Après une année 2024 plus discrète en termes de sorties, l’artiste franchit une nouvelle étape en signant un contrat avec le label Basneka Empire – Basneka Music. Sous cette nouvelle égide, trois singles ont déjà été enregistrés et rendus publics : « H4 », « Appétit 2 », et « Gringo », disponibles sur les plateformes de téléchargement.
Un bâtisseur plus qu’un roi
Loin des querelles de couronnes, Isdor zarf se définit comme un « leader ». « Je ne cherche pas à être roi, je veux ouvrir la voie », affirme-t-il. Son ambition dépasse sa propre carrière. Il aspire à créer un mouvement, à fédérer et à soutenir d’autres artistes de Goma. Son objectif est clair, celui de faire émerger une industrie musicale structurée dans sa ville et donner au rap de sa région une envergure internationale.

Son parcours, jalonné d’obstacles liés au contexte local, est celui d’un résilient. « Peu importe les galères ou le contexte, rien ne doit empêcher d’avancer. Même à Goma, on peut rêver, créer et réussir », martèle-t-il. Calme dans la vie, mais percutant au micro, Isdor zarf incarne cette nouvelle génération d’artistes congolais, audacieux et connectés au monde, bien décidés à faire briller leur culture au-delà des frontières, portés par la foi et la volonté d’aller jusqu’au bout.
Crédit Photos : Management Isdor zarf
Franklin MIGABO
