Derrière le nom de scène Accent Grave se cache Aggée Ndeke, un humoriste dont l’inspiration puise directement dans le quotidien des Congolais. Ses idées, confie-t-il, naissent dans la rue, dans les taxis, à la maison, et parfois même au cœur des disputes familiales. « Chez nous, la réalité est déjà drôle. Moi, je ne fais que traduire », explique-t-il, résumant ainsi une démarche artistique profondément ancrée dans le vécu populaire.
À travers son humour, Accent Grave ne cherche pas uniquement le rire facile. Il revendique une parole porteuse de sens, un humour qui interpelle et éveille les consciences. Pour lui, faire rire est aussi une manière de transmettre un message d’espoir et de prise de conscience, en racontant des vérités parfois dures, mais rendues supportables par le rire.
Son sacre pour la deuxième fois aux Kisangani Awards, dans la catégorie meilleur humoriste, a une saveur particulière. La première distinction avait été une surprise, presque irréelle. La seconde, dit-il, est une confirmation. « C’est la preuve que le travail continue, un encouragement à ne pas relâcher les efforts et à viser plus haut », confie l’artiste, visiblement conscient des responsabilités que ce prix implique.
Cette nouvelle reconnaissance agit comme un moteur supplémentaire. Elle le pousse à travailler davantage, à renouveler son inspiration et surtout à respecter un public qu’il considère comme le véritable juge de son parcours. Pour Accent Grave, chaque prestation est un contrat moral avec ceux qui viennent l’écouter et rire avec lui.
La différence marquante cette année, selon lui, réside dans une plus grande maturité artistique. Il a detravaillé la structure de ses textes, la maîtrise de la scène et la connexion avec le public. « Je ne voulais pas seulement faire rire, mais raconter la vérité avec humour », souligne-t-il, affirmant ainsi une évolution vers un humour plus conscient et plus construit.
Le chemin n’a pourtant pas été facile. Le manque de moyens et la reconnaissance tardive figurent parmi les épreuves les plus douloureuses. « Ça fait mal quand tu fais rire le public, mais que le porte-monnaie ne rit pas », lâche-t-il avec lucidité. S’il a tenu, c’est grâce à la passion, à la foi et au soutien de ceux qui ont cru en lui dès le début.
À ceux qui doutent ou qui peinent à avancer, Accent Grave adresse un message simple mais fort : ne pas se décourager, travailler avec patience et rester fidèle à soi-même. Il se dit également optimiste quant à l’évolution de l’humour à Kisangani et en RDC, une scène qu’il juge de plus en plus audacieuse, talentueuse et créative.
Pour l’humoriste, les Kisangani Awards jouent un rôle essentiel dans cet écosystème artistique. Ils mettent en lumière les talents locaux, offrent visibilité et crédibilité, et redonnent espoir aux artistes. Une plateforme qui, selon lui, replace Kisangani sur la carte culturelle nationale. Quant à la suite, elle s’annonce prometteuse : des collaborations en gestation et un spectacle en duo prévu le 14 février à l’Alliance française de Kisangani, signe que l’Accent Grave n’a pas fini de résonner.
Justice M. Kangamina
