« Maïshah », nouvelle web-série en préparation à Goma, dans l’Est de la République Démocratique du Congo, se présente bien plus qu’une simple fiction. Portant le nom de son héroïne, l’œuvre place au premier plan la lutte contre les violences sexuelles basées sur le genre et ambitionne de démontrer le potentiel du cinéma local, malgré des conditions de production souvent précaires.
Le titre de la série est le prénom de son personnage principal. Maïshah, une adolescente de 17 ans, vit un bouleversement total après une agression sexuelle. Ce traumatisme affecte durablement son corps, son esprit et sa perception du monde. Le choix de ce nom est porteur d’un symbolisme fort : d’origine swahilie, « Maïshah » signifie « la vie ». Il évoque ainsi à la fois l’existence de l’héroïne avant le drame, sa lutte pour survivre après celui-ci, et son combat pour continuer à vivre quand tout semble s’être arrêté. La série, structurée en trois saisons de dix épisodes chacune, fait de son parcours de résilience le moteur narratif principal.

Porté par la maison de production 13 DIRECTOR, le projet réunit une équipe de passionnés. Le scénario est signé Michel Marvel, qui endosse également un rôle à l’écran. La distribution comprend des acteurs comme Hyacinth Honney (dans le rôle-titre), Isaac Mastaki, Sebazungu Daniel, Rose Mihigo et Thomas Sadiki. Le casting a été constitué sur le critère de l’authenticité, mêlant des comédiens expérimentés et de nouveaux talents repérés en atelier.
Cependant, la genèse de « Maïshah » s’inscrit dans un contexte local aux ressources limitées. Michel Marvel, l’auteur, souligne les défis récurrents auxquels font face les créateurs de la région : « Le manque de financement, l’accès limité au matériel professionnel, et parfois même un manque de reconnaissance locale. Vous faites bien et au lieu d’être soutenu, vous êtes plutôt combattu pour ne pas avancer. » Il pointe également une difficulté majeure pour la viabilité du secteur : « Le public local n’achète pas, il ne consomme que gratuitement. Pourtant, il y a des artistes qui sont là et qui doivent vivre de leur œuvre ».

Malgré ces obstacles, l’équipe avance avec conviction. « Notre ville regorge de talents bruts », affirme Marvel. « La différence avec d’autres provinces ne se situe pas au niveau du potentiel humain, mais plutôt au niveau des moyens, des structures et de l’accompagnement. Si toutes les conditions étaient les mêmes partout, je suis convaincu que notre ville serait une référence nationale, voire régionale dans le domaine du cinéma ».
À travers le récit de Maïshah, les créateurs entendent délivrer un message clair de dénonciation des violences sexuelles et des anti-valeurs telles que le banditisme, le vol ou la consommation excessive de drogues et d’alcool. Mais au-delà du sujet traité, la série porte une autre ambition : affirmer la valeur de la production cinématographique congolaise.

« Notre histoire mérite d’être racontée par nous-mêmes. Notre cinéma a de la valeur », insiste l’équipe. Le projet se veut une preuve par l’exemple qu’« même avec peu de moyens, on peut créer quelque chose de fort quand on y met du cœur ».
La vision affichée est de « révolutionner l’industrie du cinéma congolais » et de démontrer qu’une série produite intégralement à Goma peut rayonner au-delà des frontières locales.
«Maïshah » se positionne ainsi à la croisée de l’engagement social et de la revendication culturelle. En donnant un visage et un nom, celui d’une vie à reconstruire, à un fléau sociétal, la série aspire à toucher les consciences. Dans le même temps, par sa seule existence, elle défie les contraintes économiques et structurelles, incarnant la persévérance d’une filière artistique déterminée à exister et à être vue.
Pour que l’industrie cinématographique gomatracienne poursuive son essor, il apparaît essentiel d’offrir un soutien et un accompagnement adaptés à ses artistes. Cet appui constitue un levier déterminant pour permettre à la création locale de rayonner pleinement, contribuant ainsi au prestige culturel de la ville au pied du Volcan Nyiragongo.
La série « Maïshah », en est une illustration prometteuse. À la fois divertissante et pédagogique, et dont ses premiers épisodes ont été mis en ligne récemment sur les principales plateformes de diffusion. Le reste de la saison sera publié progressivement dans les jours à venir.
Franklin MIGABO
