La République Démocratique du Congo (RDC) est minée par un conflit institutionnel latent. Loin des conflits armés médiatisés, une « guerre froide politico-administrative » oppose le pouvoir central aux 26 provinces, selon l’analyse du politologue Moïse Mpangani Munganga. Dans son ouvrage « La Guerre Froide Politico-Administrative entre le pouvoir central et les Provinces en RDC», il identifie cette tension comme une cause majeure du sous-développement chronique et de l’insécurité persistante.
Pour l’auteur, Kinshasa comme siège des institutions maintient les provinces dans un rôle d’exécutantes dépendantes, étouffant leur autonomie et créant un « vide de l’État » dans les territoires. Ce vide, selon lui, devient un terreau fertile pour les groupes armés et le désordre social. Des mécanismes précis alimenteraient cette dynamique : centralisation excessive, détournements de fonds, blocages budgétaires et négation des spécificités locales.

« L’avenir de la RDC ne peut pas reposer sur une unité imposée par la force. Le seul avenir possible est celui d’une unité fondée sur la justice distributive, la participation citoyenne et la reconnaissance des provinces comme entité décentralisée donc autonome », écrit Moïse Mpangani.
Cette confrontation, selon l’analyse, est structurelle et puise ses racines dans l’histoire de l’État congolais. Elle se manifeste verticalement, entre le centre dominateur et les provinces dépendantes, mais aussi horizontalement, par des rivalités interprovinciales exacerbées par une redistribution inéquitable des ressources.

« La paix en RDC ne viendra pas uniquement de la démobilisation des groupes armés. Elle viendra surtout de la réduction des frustrations qui alimentent la violence. Chaque fois qu’une province est privée de ses ressources, la méfiance grandit », avance le politologue.
Face à ce constat, l’ouvrage esquisse deux scénarios de refondation. Le premier est l’application stricte de la décentralisation prévue par la Constitution de 2006, restée largement théorique. Le second, plus radical, propose l’adoption d’un modèle fédéral pour concilier unité nationale et diversité régionale.
« Repenser la gouvernance provinciale, c’est sortir de la logique de dépendance et entrer dans une logique de partenariat équilibré. Sans ce changement profond, la guerre froide provinciale continuera de miner l’unité nationale », estime Moïse Mpangani.
L’auteur insiste sur le rôle crucial de la société civile dans cette transition. « La sortie de la guerre froide politico-administrative exige un réveil citoyen. Sans cette participation active, même les meilleures lois resteront lettre morte », écrit-il.
Moïse Mpangani Munganga, président de l’Association des Élites du Congo pour l’émergence sociale et initiateur du projet « Ecole citoyenne des Leaders de demain », il consacre son engagement intellectuel à la reconstruction morale, citoyenne et politique du continent africain et appuie son analyse sur une expérience de terrain au sein d’ONG et de l’administration provinciale. Son livre de 141 pages se veut une contribution aux débats récurrents sur la gouvernance et le partage des ressources en RDC, en pointant un frein institutionnel qu’il juge urgent de lever pour transformer le potentiel du pays en réalité.
« La Guerre Froide Politico-Administrative entre le pouvoir central et les Provinces en RDC » est disponible en librairie. L’analyse de Moïse Mpangani Munganga intervient dans un contexte de débats récurrents sur la gouvernance et la répartition des ressources en RDC.
Franklin MIGABO
