La troisième édition du Festival International des Créateurs et Rencontres Artistiques (FICRA) a refermé ses portes le 28 février dernier au Centre Wallonie-Bruxelles de Kinshasa. Durant cinq jours, cet espace culturel a pulsé au son des arts de la scène, mêlant théâtre, danse et slam, dans un bouillonnement créatif qui a tenu toutes ses promesses.
Le rideau est tombé sur une édition qui restera dans les mémoires. Chaque journée du festival proposait trois spectacles, alternant deux pièces de théâtre et une performance de danse, sans oublier les prestations de slam. La cérémonie de clôture s’est achevée en musique, couronnant cinq jours d’intenses échanges culturels entre artistes Congolais et Belges.
Au-delà des représentations, le public a pu participer à la restitution des ateliers de jeu d’acteur animés par des artistes belges, tandis que des activités pédagogiques étaient spécialement destinées aux élèves. Les organisateurs ont également profité de l’occasion pour annoncer des projections prometteuses pour l’année 2027, dessinant déjà les contours des prochaines éditions.
Un concours scolaire qui révèle les talents de demain
Temps fort de cette édition, le concours « FICRA KELASI » a mis en compétition neuf établissements scolaires de Kinshasa pendant trois jours. « Nous avons programmé trois écoles par jour et avons décerné des prix aux gagnants dans différentes catégories : meilleur spectacle de théâtre, meilleur comédien, meilleure comédienne, meilleur danseur, meilleure danseuse, prix spécial du jury et révélation de l’édition », a détaillé Sonville Monkwe, Directeur du Festival.
Le palmarès de cette compétition interscolaire a consacré l’école Kobota Elengi, qui a raflé trois récompenses majeures : le prix du meilleur spectacle de théâtre, ainsi que les prix de la meilleure interprétation masculine et féminine. L’école Petit Prince a quant à elle remporté le prix du meilleur spectacle de danse, tandis que le Petit Collège Léopold Sédar Senghor a reçu le prix spécial du jury. « C’était merveilleux, les enfants étaient formidables, c’était l’effervescence totale », s’est réjoui le Directeur du festival.
Les ateliers de jeu d’acteur, animés par un auteur, metteur en scène et comédien belge venu spécialement pour le festival, ont marqué les esprits par leur approche pédagogique innovante. Le choix s’est porté sur un texte antique, Antigone, écrit initialement en Grèce il y a deux mille ans et réadapté des dizaines de fois à travers le monde.
« Nous sommes venus ici pour rencontrer des jeunes artistes congolais, découvrir leurs pratiques du jeu d’acteur et partager les nôtres », a expliqué l’animateur des ateliers. « Nous avons choisi ce texte parce qu’il permet de s’adapter à tous les contextes et à toutes les époques, et qu’il parle à tout le monde. Nous avons travaillé autour de la question de la révolte et de la remise en cause du pouvoir ».
Pour Melissa, jeune participante aux ateliers, cette expérience a été particulièrement enrichissante : « Nous avons beaucoup appris. Ce qui m’a le plus plu, c’est de travailler sur une pièce classique. Dans beaucoup d’ateliers ici, c’est rare. Chaque fois que je me trouve dans un atelier avec ce genre de pièce, je me sens plus à l’aise ».
Elle souligne également la difficulté et la richesse de cet apprentissage : « C’est difficile pour nous, Congolais, de travailler sur ces textes. Cela me demande beaucoup de travail et de répétitions pour apprendre à bien dire une phrase, ce qui me donne encore plus envie de travailler dur ».
La participante a conclu avec émotion sur l’impact personnel de cette expérience : « Une pièce comme Antigone, avec ses histoires merveilleuses, m’a touchée et m’a aidée à me questionner sur ce que je peux faire de mon art et sur ma vie d’artiste ».
Une rencontre réussie entre artistes Belges et Congolais
L’objectif principal des ateliers était avant tout de créer un véritable échange entre les intervenants belges et les participants congolais. « Nous voulions réussir à créer un groupe, à faire en sorte que tous ces artistes, venus d’horizons culturels différents à Kinshasa, se rencontrent. Constituer une petite troupe éphémère sur une semaine, c’est vraiment réussi. Nous avons créé une belle ambiance, cela se voyait même sur scène », s’est félicité l’animateur Belge.
Les exercices proposés visaient à développer la solidarité et la justesse au sein du groupe. Interrogé sur son ressenti concernant Kinshasa, l’artiste belge a résumé son expérience en une phrase : « Kinshasa la belle, qui ne dort jamais, avec sa folie du matin au soir ».
Un bilan positif malgré des défis financiers
Sonville Monkwe Mayela, conteur, comédien, dramaturge et directeur artistique de la structure Yamba Création, organisatrice du festival, dresse un bilan très positif de cette édition : « Nous avons réalisé tout ce qui était prévu. Tous les spectacles programmés ont été présentés, c’est déjà une grande satisfaction. Le concours interscolaire que nous avons clôturé aujourd’hui a également rencontré un franc succès ».
Créée en 2022, Yamba Création est née d’un constat : « Il y avait une sécheresse sur le plan artistique, plus de spectacles, plus de festivals, plus de soirées culturelles. L’idée était de créer des spectacles et, après un an ou deux, de lancer un festival pour booster les jeunes artistes et encourager les créations ». Si l’objectif n’est pas encore totalement atteint, le chemin parcouru est encourageant : « Nous sommes sur la bonne voie. Des spectacles se créent spécifiquement pour participer au FICRA, nous progressons bien ».
Pour la quatrième édition, l’ambition est claire : « Nous voulons produire des créations, accompagner des structures, jeunes ou anciennes, et leur proposer des textes à monter. L’idée est de stimuler la création et d’accompagner les jeunes artistes dans leur processus créatif. Les spectacles que nous soutiendrons seront programmés au FICRA 4 ».
Sonville Monkwe n’a pas manqué de souligner les défis persistants, principalement financiers : « Les soutiens sont présents mais insuffisants ». Malgré ces difficultés, il rappelle que les éditions précédentes ont été des réussites, confirmant la résilience et le dynamisme de la scène culturelle kinoise.
Cette édition a été rendu possible avec le soutien de l’Union Européenne, à travers Pôle Eunic. Culture Congo a été également en danse comme partenaire médiatique du festival.
Franklin MIGABO
