Une conférence sur le thème » Authenticité, repère d’excellence » a rassemblé les élèves de l’Institut Bobokoli, le 8 janvier dernier. Durant près de deux heures, trois experts ont décortiqué cette notion sous les angles socio-culturel, économique et numérique, plaçant la jeunesse au cœur d’une nécessaire reconquête identitaire.
L’intervention de Bayuwa Di-Mvuezolo Nkua Tulendo a marqué l’assistance par sa force et sa clarté. D’entrée de jeu, le conférencier a posé un diagnostic sans concession sur la société africaine. « L’homme africain est malade, gravement malade, et le drame le plus inquiétant réside dans son inconscience de cet état, au point de croire vivre une normalité qui n’en est pas une », a-t-il déclaré.

Il a centré son analyse sur les signes de cette aliénation, évoquant en premier lieu « la question du nom, reine de l’identification ». Pour lui, la persistance massive de prénoms occidentaux, hérités de la colonisation ou d’une forme d’aliénation culturelle, contraste avec le respect que d’autres sociétés, asiatiques notamment, accordent à leurs propres marqueurs identitaires.
Le système éducatif a également été mis en cause, qualifié d’extraverti et tourné vers l’Occident au détriment des réalités locales. Une métaphore a particulièrement frappé les esprits : « Nous sommes comme des sardines dont le corps est en Afrique et la tête en Occident », a-t-il illustré, soulignant le décalage pathogène entre le vécu et les références.

Pourtant, Bayuwa Di-Mvuezolo Nkua Tulendo a rappelé que les savoirs anciens du continent, qu’il s’agisse de techniques architecturales de régulation thermique ou de sciences aujourd’hui méconnues, témoignent d’une ingéniosité longtemps ignorée. Il a conclu par un appel à la jeunesse, affirmant qu’« aucun peuple ne peut se développer durablement en s’adossant à une culture qui n’est pas la sienne ». L’authenticité, a-t-il insisté, n’est pas un repli mais « un repère d’excellence », une boussole indispensable à tout progrès authentique.
Dans le prolongement de cette réflexion, Luzoladio Kayombo a abordé l’impact du monde numérique sur les identités. Il a rappelé que la mondialisation des échanges précède Internet, mais que les technologies actuelles accélèrent et transforment en profondeur les apprentissages et les constructions identitaires.

Face à l’exposition massive à des modèles culturels étrangers via les réseaux sociaux, il a mis en garde contre une consommation passive, susceptible de déstabiliser les repères locaux. S’appuyant sur l’exemple de l’os d’Ishango, l’un des plus anciens outils de calcul connu, découvert en Afrique centrale, il a rappelé la participation ancienne du continent à l’aventure scientifique.
S’adressant directement aux élèves, il les a exhortés à une appropriation active et critique des outils : « Si vous ne vous intéressez pas à la technologie, d’autres l’utiliseront à votre place, parfois contre vous. » Reprenant la formule de Cheikh Anta Diop, il les a invités à s’armer de science tout en demeurant fermement enracinés.
La dimension économique de l’authenticité a été développée par Kasendue Kiungu. Il a démontré comment l’économie mondiale valorise et commercialise les cultures des peuples qui savent en faire des produits exportables, citant l’exemple du film Black Panther ou de produits devenus universels comme la pizza ou le chawarma.
Il a ensuite pointé les opportunités concrètes et inexploitées offertes par la culture congolaise, notamment dans le secteur agroalimentaire. Des produits comme les liqueurs traditionnelles, le vin de palme, le vin d’ananas ou des plats locaux présentent, selon lui, un potentiel d’industrialisation et de création de valeur considérable.
Son intervention s’est conclue sur des illustrations de modèles économiques viables, établissant la culture comme l’un des chemins les plus accessibles et rapides pour entreprendre de manière durable et distinctive.
Cette conférence aura ainsi offert aux élèves de l’Institut Bobokoli une feuille de route exigeante : puiser dans l’authenticité culturelle non pas un patrimoine culturel immatériel, mais le socle d’une excellence intellectuelle, technologique et économique à construire.
Masand Mafuta
