Accueil 1 CHRONIQUE LITTERAIRE : Confidences du chauffeur du Ministre :« Pasteurs, serviteurs du dieu Chic- Choc- Chèque »

CHRONIQUE LITTERAIRE : Confidences du chauffeur du Ministre :« Pasteurs, serviteurs du dieu Chic- Choc- Chèque »

par Danny
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CHRONIQUE LITTERAIRE : Confidences du chauffeur du Ministre :« Pasteurs, serviteurs du dieu Chic- Choc- Chèque »

Notre patron, le ministre d’Etat est dans tous ses états : les images et les propos qui défilent dans les réseaux sociaux au sujet des soi-disant « ministres de Dieu » sont, dit-il, « à la limite de l’ignominie ». J’ai cru comprendre que le mot « ignominie » est la mixture nauséabonde des scandales de fric, de sexe et d’exhibitionnisme.

«  Non seulement, fulmine le ministre au cours d’une réunion de cabinet, ces pasteurs paganisés insultent la morale républicaine, mais ils persistent dans la turpitude concupiscente » J’ai cru comprendre que le mot « paganisé » faisait allusion aux différents sortilèges sordides pour appâter les adeptes crédules. J’ai cru comprendre par « turpitude concupiscente » que le ministre dénonçait le double jeu des pasteurs, en dessous de leur soutane « recto-verso » : tantôt « serviteur de Dieu », et tantôt suppôt du diable. C’est l’exemple de cette bigote recrutée au nord du pays, et qui a appris à Kinshasa, dans le « labo » macabre du pasteur, des cours de mise en scène attrape-nigaud et criminelle : déguisée en effet en folle, et de temps en temps nue et vagabondant autour du «Temple », elle servait d’appât aux fidèles, quitte pour le pasteur de s’en servir comme cobaye des miracles de guérison.

Autre exemple, celui des scènes de résurrections montées de toutes pièces à la morgue d’un dispensaire sous tutelle du pasteur : les « morts » sortaient des cercueils, comme des fantômes ou des zombis, obéissant ainsi aux injonctions exorcisantes savamment orchestrées.

Notre ministre a fini par nous signaler ces pornographies presqu’à ciel ouvert, devant témoins, pendant lesquelles le pasteur traque « dans leurs derniers retranchements » le diable et ses malédictions. J’ai cru comprendre que les termes «  derniers retranchements » renvoyaient aux intimités féminines contaminées par le péché…… Ce jour-là, après le boulot et le fameux conseil de cabinet, je suis rentré au quartier complètement bouleversé par tant d’excès impunis. J’ai ainsi décidé, en complicité avec le gérant de notre nganda –bar ( lequel était voisin « côte-à-côte » et « fare-à-fare » avec le « Temple des Miracles ») , d’affronter le « serviteur de Dieu ». Habituellement le nganda-bar et le « Temple » se livraient une concurrence sans merci à coups de décibels et de « mbwakela-flèches » particulièrement acidulées.

Aujourd’hui nous avons juré que ce sera l’escalade. D’ailleurs à peine avais-je franchi le seuil du nganda-bar que le DJ du « Temple » a balancé à haute et intelligible voix de mégaphone un chant d’adoration aux paroles sans équivoque contre nous les cuiteurs : « La crainte de l’Eternel, disait le chant, est le commencement de la sagesse ; les imbéciles méprisent la sagesse ». Ce à quoi, notre DJ de notre nganda-bar a rétorqué par ces paroles de la Rumba : « Lokuta emati na ascenseur, kasi Vérité emati na escalier. Vérité ekoma liboso na likolo » (« Le Mensogne est monté par l’ascenseur et la Vérité par l’escalier. La Vérité est arrivée première là-haut »). Réaction du « Temple » avec le proverbe biblique suivant : « Jusqu’à quand, stupides, aimerez-vous la stupidité ? Jusqu’à quand les moqueurs de plairont-ils dans la moquerie ? Et les insensés haïront-ils la sagesse divine ? ». Du tac-au-tac de la part de notre DJ : « Nzela ya paradiso molayi : epayi nzube pe lokuta, epayi bisengo, ba cuites na Vérité. Biso toponi epayi ya bisengo na cuites » (« Le chemin qui mène au Paradis est harassant et long : d’un côté le trottoir des embûches et du Mensonge ; d’un autre côté le trottoir des plaisirs, des cuites et de la Vérité.

Nous, on a choisi le trottoir des cuites et de la Vérité »…De guerre lasse, drapeau blanc hissé en l’air, le pasteur a franchi le seuil du bar jusqu’alors tabou pour lui, pour demander la paix. Bon prince, le gérant a proposé un verre de cuite « ngwasuma » «  au « serviteur de Dieu ». Beau joueur, le pasteur a ingurgité coup sur coup cinq verres de bière. A nom de la paix. Amen…

(YOKA Lye)20-03-2022

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