Un nouveau centre culturel pluridisciplinaire a officiellement ouvert ses portes samedi 6 décembre 2025, quartier Ngomba Kikusa, dans la commune de Ngaliema. Nommé LOSA Maison des Arts, ce lieu ambitieux se présente bien plus qu’un simple espace d’exposition : il se veut une « main qui soigne », un carrefour vivant où la création artistique devient un vecteur de guérison, de transmission et de transformation sociale.
Fondé par l’artiste visuelle et opératrice culturelle Géraldine TOBE, le centre incarne une conviction profonde, résumée dans le sens de son acronyme en lingala : Loboko ya Sansa. » J’ai fondé LOSA avec une conviction profonde : l’art peut guérir, rassembler et transformer » déclare-t-elle. Né d’une initiative personnelle en 2020, le projet a mûri pour devenir, cinq ans plus tard, un espace physique dédié à la mémoire, à la transmission et à l’avenir de l’art congolais.

Conçu comme un « tiers-lieu » culturel, LOSA vise à décentraliser l’offre artistique, habituellement concentrée dans le centre-ville de la Gombe. Cette philosophie a trouvé un écho favorable auprès de partenaires comme l’Institut Français de Kinshasa. Sa directrice salue d’ailleurs l’initiative : » C’est un espace créé spécifiquement pour que dans les quartiers, il y ait aussi des activités artistiques et culturelles. Nous avons décidé d’essayer de créer des espaces dans les quartiers pour prolonger ce travail artistique auprès de ceux qui ont envie de partager l’art et la culture « .
La Maison des Arts dispose ainsi de plusieurs espaces dédiés, financés notamment grâce au soutien de l’Ambassade de France et de l’Institut Français : une salle d’exposition, des ateliers, un espace d’art-thérapie, un studio audiovisuel, une bibliothèque, un jardin et un bistrot culturel. Cette infrastructure complète a pour objectif de faire dialoguer l’héritage culturel africain avec les innovations contemporaines, créant un pont « entre les mémoires invisibilisées et les futures narrations ».

La vocation de LOSA est résolument sociale. Le centre se présente comme une maison « où l’on crée, où l’on se soigne, où l’on transmet, où l’on se reconnecte à son histoire et à sa dignité ». Il offre aux artistes un lieu pour créer librement et expérimenter. Parallèlement, il s’adresse aux communautés locales avec un art accessible qui parle de leur histoire. Des programmes d’accompagnement spécifiques sont prévus pour les publics fragilisés : jeunes, femmes ou personnes vivant avec un handicap.
La genèse du projet puise ses racines dans le parcours personnel de sa fondatrice. Géraldine TOBE évoque les difficultés initiales à faire comprendre la valeur de la création artistique dans son entourage, notamment familial.
» Ma famille, notamment ma mère, elle ne voulait pas que je fasse de l’art… « , confie-t-elle. Cette expérience l’a conduite à une prise de conscience : » Si la population ne sait pas venir vers la culture, vers des artistes, c’est aux artistes de venir vers la population « . Elle initie alors des projets dans des écoles primaires, avant de concevoir l’idée d’un cadre permanent, un « carrefour » réunissant population, artistes et historiens.
Artiste visuelle de renommée internationale, reconnue pour son travail autour de la mémoire et du feu, Géraldine TOBE incarne ce lien entre excellence artistique et engagement communautaire. Avec LOSA, elle ambitionne de faire du centre une référence panafricaine de la création artistique et du soin par l’art d’ici 2030.
« Rez Design » constitue la première exposition présentée au sein de LOSA – Maison des Arts. Elle a rassemblé les œuvres de quatre designer congolaises dont les démarches explorent la force créatrice du geste féminin, un geste capable de soigner la matière et de réinventer les formes du quotidien. Leur travail se situe à la confluence du souvenir et de l’avenir, mêlant l’intime au politique, et puise aussi bien dans les traditions que dans les luttes et les aspirations de la société.
Ces artistes ont insufflé une nouvelle vie à des matériaux de récupération, transformés par le recyclage, révélant ainsi à travers l’objet une forme de résilience matérielle et symbolique. L’exposition portait un message central : « La matière parle. Les femmes la réveillent. Et leurs gestes deviennent mémoire. » Elle se présente ainsi comme un espace de visibilisation des histoires, des silences et des renaissances portées par les créatrices contemporaines.
Les artistes participantes étaient : Fifi Kikangala ( Designer textile et créatrice d’objets, son travail s’inspire des gestes et des symboles propres aux femmes du Congo, naviguant entre le quotidien et l’ancestralité ) , Evodie Tshibola ( Sa démarche interroge le corps féminin, ses fragilités comme sa puissance, établissant un dialogue entre fonctionnalité et poésie ) , Doxa Mulunda ( Approche minimaliste et engagée, elle magnifie les matériaux locaux et défend un design épuré, contemporain et responsable ) , et Pierrette Mpunga ( Elle revisite la mémoire domestique africaine en métamorphosant les objets utilitaires en pièces porteuses de récits et d’émancipation ).
Présentée comme le socle fondateur de l’ouverture de LOSA, cette exposition a été placée sous le commissariat de Cédric Nzolo, designer et scénographe.
L’ouverture de LOSA, Maison des Arts, marque ainsi une étape essentielle dans le paysage culturel kinois. Plus qu’une institution, c’est un foyer où s’invente, dans un même élan, une culture africaine plus inclusive, consciente et unie, portée par la conviction que l’art peut véritablement soigner les blessures individuelles et collectives.
Franklin MIGABO
