La journée internationale des langues maternelles, célébrée le 21 février de chaque année, n’est pas passée inaperçue à Kinshasa. La plateforme congolaise Wikilinguila a organisé une activité d’échanges, de réflexion et de partage autour de langues congolaises et du numérique, samedi 21 février 2026 à la Délégation Générale Wallonie-Bruxelles.
Cette activité d’envergure nationale s’est illustrée sur « Utiliser la technologie pour l’apprentissage multilingue : Défis et opportunités », une thématique pertinente qui a permis aux panelistes du jour d’apporter leur matière grise en termes de contributions pour la valorisation, la visibilité et la promotion de nos langues maternelles à l’ère du numérique, à travers WikiForMotherTongue établie pour la campagne internationale des contributions en langues maternelles, l’une des plateformes numériques de WIKIMEDIA FOUNDATION qui comprend également la vitrine virtuelle Wikipédia, où l’intelligence artificielle prend de plus en plus le devant de la scène.
Munkulu di Deni, encyclopédiste, fondateur et secrétaire perpétuel de l’Académie Kongolaise, s’est attelé sur la technologie qui, pour lui, ne peut accompagner l’homme mais ne remplace pas les réalités véritables que ce dernier vit dans la communauté
fait voir que la technologie est un outil novateur qui accompagne l’homme dans ses recherches. Par contre, elle ne remplace pas les réalités que ce dernier affronte dans la société. Il jette le pont entre l’intelligence humaine et artificielle pour une meilleure cohabitation.
« Apprendre plusieurs langues, ce n’est pas accumuler des outils, c’est multiplier la façon d’être humain. Et dans cette aventure, la technologie peut nous accompagner, mais elle ne remplacera pas la rencontre, la voix vivante, le regard partagé, la transmission incarnée. Que nous sachions donc avancer avec lucidité, en faisant dialoguer intelligence humaine et intelligence artificielle, non pas pour simplifier le monde, mais pour l’habiter plus pleinement, a-t-il indiqué.
Ikua’ofolo Longombele José, expert en langues maternelles et traducteur professionnel, montre noir sur blanc que la langue maternelle est une quête identitaire pour tout nationaliste. Bien que le numérique bat son plein, il laisse entendre que la fracture de ce dernier est une réalité dans le pays où son accès est quasi inexistant sur l’ensemble du pays. Ainsi, des campagnes numériques permettront à ce que toutes les souches de la population s’imprègnent de nouveaux outils, bien avant de passer à la numérisation de toutes les fragments de langues congolaises.
« La langue maternelle est plus qu’un objet de communication. Elle est le socle de notre identité, le véhicule de nos savoirs et de nos traditions. La révolution numérique a ouvert les horizons nouveaux pour l’éducation et le multilinguisme. Cependant, ces opportunités que nous avons montrées s’accompagnent des défis majeurs. Nous voulons parler de la fracture numérique qui reste une réalité. Tous n’ont pas accès aux outils technologiques. Nos langues étant très toniques, vous devez tenir compte de certains aspects, parce que l’on ne peut pas tout simplement dire que nous allons faire évoluer la langue et dans tenir compte de ces éléments-là (ndlr l’orthographe, tonalité, synthase et bien d’autres) », a-t-il affirmé.
Pour Charles Ntumba, un autre paneliste du jour, a étayé son intervention des enjeux numériques actuels afin de faire migrer nos langues locales, partant des données officielles dans les domaines de la vie politico-administrative, sociale, religieuse, éducative, culturelle et bien d’autres. Une avancée qui doit également prioriser la large visibilité de nos langues locales sur la voie électronique, pour tout genre de recherche.
« Nous suggérons que les connaissances sur un titre dépendent d’inspection, favoriser la lecture, encourager l’écriture, perfectionner les calculs, et préconiser l’intégration dans les activités d’éducation, de sciences, de religion. Des bases compétentes qui doivent nous aider à maîtriser l’outil informatique, d’informatiser nos matériels d’introduction, créer une bibliothèque numérique, numériser les livres, et disposer des données intégrant la lexique, la sémantique, la grammaire auxquelles sont rattachés les dictionnaires, sans oublier les valeurs de la littérature orale comme le conte, le proverbe, les énigmes, chansons, légendes et mythes », a-t-il expliqué.
A lui d’ajouter : « Nous suggérons aussi ma tradition des documents clés en langues vernaculaires avant de les rendre disponibles et accessibles en dur comme à l’électronique. Nous suggérons enfin l’élaboration d’un programme de plaidoyer auprès des décideurs traditionnels et leaders d’opinion afin qu’ils soient envers les contraintes soit d’infériorité soit de supériorité car toutes les cultures, autant que les langues se valent, il n’y a pas une langue qui soit supérieure à une autre ».
Nsua Ngwej’L Kabongo Mwene Utanda, fait une narration du feu et des ses vertus pour illustrer l’approche de la technologie dans nos us et coutumes. Il se montre assez poignant à ce que la technologie apporte dans la société actuelle avec des langues dominantes que les nôtres. La seule question reste « comment s’y prendre pour s’adapter ? ».
« Avec le feu, on peut brûler tout un village, on peut tout brûler. Pareil avec la technologie que nous avons aujourd’hui. Cette technologie à l’ère actuelle pourrait se présenter comme un autre type de domination, où en fait même les dominés se font du mal, trop de mal. Aller utiliser la technologie seulement dans des langues qui dominent déjà. Croire que sans tu vas sur internet, ce n’est pas une guerre culturelle, pas non plus une guerre linguistique. Croire qu’il faut aller dire des choses dans une autre langue. C’est simple, nous n’avons déjà qu’à publier les connaissances du monde, à publier nos nouvelles dans cette langue », a-t-il constaté.
Il a poursuivi avec consternation que « après d’une certaine manière, nous participons à créer un nouvel espace. Nous sommes dans un monde où à la maison, nous parlons des langues bien définies, des langues dans lesquelles nous rêvons, des langues qui nous construisent. Mais quand on part à l’école, il faut parler une autre langue, mais sans respecter la langue de la maison ».
Nixon Mukoko, Coordon de Wikilingula, a établi un tableau comparatif entre Wikipédia et l’intelligence artificielle. Pour lui, la plateforme Wikipédia sert de soubassement indispensable pour Chatgpt en termes des données recherchées à partir de prompts à la minute.
« Chatgpt utilise en grande partie les données qui proviennent de Wikipédia que, nous, humains, mettons sur wikipédia. Il s’agit du travail premièrement humain et puis l’IA réutilise les données. Et puisque Wikipédia est placée sur le domaine public et l’IA peut donc utiliser ses données sans consensus. Et pour que l’IA soit intéressante, il faudrait qu’il y ait curation sur Wikipédia, en tant que humains, nous faisons en sorte que les données de Wikipédia soient bien filtrées afin que l’IA puisse nous retourner des informations correctes », a-t-il évoqué dans son intervention.
Toujours dans son intervention, il a relevé les statistiques mondiales de WikiForMotherTongue où les langues locales congolaises (ndlr, Lingala, Tshiluba, Swahili et Kikongo) sont faibles en raison des chiffres faute de contributeurs actifs. Ainsi, il a interpellé les autorités compétentes du pays à jeter un regard à ce qui se fait dans Wikilingula, pour multiplier des formations sur toute l’étendue territoriale afin d’accroître le nombre des contributeurs.
« Nous avons célébré ce 21 février, la Journée internationale de la langue maternelle, promulguée par l’UNESCO. Les autorités et le système éducatif congolais doivent s’approprier ces initiatives, en organisant des colloques et des cadres de concertation pour réfléchir à la meilleure manière d’intégrer nos langues nationales dans l’enseignement et dans le numérique », a-t-il plaidé.
La plateforme Wikilinguila a organisé la même avec activité dans des villes différentes, Mbuji-Mayi, Goma, et Matadi. Les nouvelles dates sont les 28 février et 07 mars à la Délégation Générale Wallonie-Bruxelles pour des ateliers techniques et pédagogiques sur l’édition, en raison de la campagne internationale des langues maternelles « WikiForMotherTongue ».
Masand Mafuta
