Le Théâtre National Congolais a présenté, vendredi 7 mars dernier au Musée National de la RDC, sa nouvelle création intitulée « Erreur ». Une plongée poignante dans le quotidien précaire des agents de l’État, tiraillés entre devoir familial et fins de mois impossibles.
Soixante-dix minutes durant, le public a retenu son souffle. Portée par les comédiens de la troupe nationale, la pièce « Erreur » explore une réalité sociale aussi universelle que douloureuse en République démocratique du Congo : celle du fonctionnaire dont le salaire ne suffit pas à nourrir sa famille et joindre les deux bouts du mois.
Derrière ce spectacle, on retrouve Maguy Kalomba, comédienne et metteuse en scène, également enseignante à l’Institut National des Arts (INA) et metteuse en scène au Théâtre National Congolais. Pour elle, monter ce spectacle n’est pas un simple exercice artistique. C’est un acte de sensibilisation, presque un cri d’alerte.

« L’idée, c’est de dénoncer ce qui se passe autour de la paie des fonctionnaires », explique-t-elle.
Le point de départ de cette aventure scénique remonte à plusieurs années. Maguy Kalomba avait découvert le texte, signé Merdi Mukore, lors d’un atelier de lecture organisé dans le cadre du festival « Ça se passe à Kin ». Séduite par la plume de l’auteur, c’est surtout le sujet qui a retenu son attention.
« À l’époque, je n’étais pas encore fonctionnaire. Mais je me suis mise à la place de ces gens qui bossent du premier au trente et qui, pourtant, sont incapables de subvenir aux besoins des leurs », confie-t-elle.

L’histoire met en scène un père de famille, pilier de son foyer, poussé dans ses retranchements par des conditions économiques impitoyables. Face à l’insuffisance criante de sa rémunération, il commet l’irréparable : un vol, une « magouille » pour essayer de joindre les deux bouts du mois. Une tentative désespérée qui tourne court.
« C’est cet aspect-là qui m’a touchée : ce papa qui se bat, qui est amené à faire n’importe quoi pour sauver sa famille, mais qui finit par chuter parce que c’était du vol », précise-t-elle.

Au-delà du drame individuel, « Erreur » dresse un portrait saisissant de la société congolaise. La pièce met en lumière le rôle crucial des femmes, véritables piliers de l’équilibre familial.
« On voit sa femme, ces femmes battantes qui, malgré les conditions de vie difficiles, soutiennent leur mari et exercent des activités connexes pour maintenir la famille à flot », souligne la metteuse en scène.
Le spectacle n’épargne pas non plus d’autres travers du système, comme le mépris institutionnel. Une scène dépeint ainsi l’accueil souvent humiliant réservé aux fonctionnaires dans les banques, ajoutant une couche supplémentaire à leur sentiment d’être mal traités.
En choisissant ce texte, Maguy Kalomba entend lancer un appel aux autorités. « L’idée, c’est aussi d’interpeller ceux qui nous gouvernent sur la manière dont ils traitent leurs administrés », conclut-elle.
Maguy Kalomba signe sa belle entrée au Théâtre National Congolais
Son incroyable prestation fait d’elle la première metteuse en scène du Théâtre National Congolais depuis sa création en 1969. Pour sceller son entrée triomphale aux affaires, elle a gagné les âmes du public avec « Erreur », sa première mise en scène au Théâtre National Congolais.
Dès son arrivée, rappelle-t-on, elle a commencé par assumer la tâche de direction d’acteurs de la pièce « Une saison au Congo » d’Aimé Césaire qui a été présentée lors de la cérémonie solennelle marquant la présence de Félix Tshisekedi comme Président de l’Union Africaine au Palais du Peuple.
Avec « Erreur », le Théâtre National Congolais prouve une fois de plus que la scène peut être un espace de dialogue puissant, où les problèmes de la cité trouvent un écho sensible et universel. La pièce, d’une durée d’une heure vingt, a été jouée pour la première, marquant le début, espèrent ses artisans, d’une longue vie sur les planches.
Franklin MIGABO
