Après plusieurs mois de recherche, de création, de formation et de rencontres avec les publics, le projet « Résidences croisées – Laboratoires improbables » vient de s’achever avec succès. Porté conjointement par la Compagnie La Seringu’arts de Lubumbashi et Likit’Arts Kongo de Kinshasa, et soutenu par Africalia et Enabel dans le cadre du programme Jeunesse Créative, ce projet a démontré que la rencontre entre disciplines artistiques, territoires et imaginaires peut devenir un puissant moteur d’innovation culturelle en République démocratique du Congo.
Pensé comme un espace de recherche et d’expérimentation, le programme avait pour ambition de rapprocher les scènes artistiques de Kinshasa et de Lubumbashi en favorisant les résidences croisées entre artistes de différentes disciplines. Pendant plusieurs mois, six binômes ont partagé leurs pratiques, confronté leurs visions du monde et développé des créations originales qui interrogent les réalités sociales, les mémoires, les identités et les aspirations de la jeunesse congolaise.
Le premier laboratoire, « MARASME », de Lukwesa Mechack et Michael Akitowa, a marqué les esprits par une proposition immersive mêlant sculpture, matière et création sonore. À travers cette œuvre, les artistes donnent à voir les tensions, les fragilités mais aussi les espoirs d’une jeunesse confrontée aux incertitudes de son époque. Plus qu’une restitution, « MARASME » s’est imposé comme une véritable expérience sensorielle où le son, le corps et la matière dialoguent dans un même espace.
Avec « Corps en Mémoire », Adriel Bwami et Josué Mawanika ont exploré la relation intime entre le corps, la mémoire et la sculpture. En faisant dialoguer le mouvement et la matière, ils proposent une réflexion sensible sur ce que les corps portent, transmettent et révèlent au fil du temps.
Dans « LESSIKA », Jovitha Songwa et Dina Ekanga ont réuni lecture-spectacle, poésie et arts visuels dans une création où les mots deviennent images et où les images prolongent la parole. Cette rencontre entre littérature et création plastique offre au public une expérience immersive autour de la mémoire, de la transmission et de l’imaginaire.
Le laboratoire « MAHUNGU », porté par El-Roméo Kapepa et Olivier Chiteya, associe slam-poésie et arts visuels autour de la figure mythique de Mahungu, être primordial symbole de la dualité entre le masculin et le féminin, l’esprit et la matière, la parole et l’image. Une création qui célèbre le dialogue entre disciplines tout en puisant dans les imaginaires africains pour interroger notre époque.
Avec « TRAVERSÉE », Nancy Mwiluka et Joël Ilunga explorent les passages, les déplacements et les transformations qui façonnent les individus et les sociétés. Cette création rappelle que chaque rencontre constitue une traversée – physique, artistique ou humaine – capable de transformer les regards et de créer de nouveaux liens entre les territoires.
Enfin, « Article 15 : Con-science », imaginé par Joël Mesa et Maître Djuna, réunit sculpture et rap dans une performance immersive profondément ancrée dans les réalités urbaines de Kinshasa et de Lubumbashi. À travers les parcours de deux jeunes artistes portant le prénom de Kito, l’un devenu rappeur et l’autre sculpteur, cette création adresse un message fort d’espoir à la jeunesse souvent marginalisée. L’œuvre montre que la créativité peut devenir un véritable levier de résilience, d’émancipation et de transformation sociale.
Au-delà des créations, le projet a fait de la transmission un axe majeur de son action. À Kinshasa, deux médiations culturelles ont permis au public de découvrir les processus de création : « Corps en Mémoire » le 22 juin au Centre culturel Vik, et « LESSIKA » le 27 juin au Centre culturel M’Eko. Ces rencontres ont favorisé un dialogue direct entre les artistes et les publics, offrant un regard privilégié sur les étapes de recherche, les questionnements et les choix esthétiques qui nourrissent chaque laboratoire.
Les résidents ont également bénéficié d’un accompagnement professionnel destiné à renforcer la structuration de leurs projets. À Kinshasa, Jean Kamba a accompagné le développement de « Corps en Mémoire », Ngombo Way Way celui de « LESSIKA », tandis que Dikisongele a assuré le mentorat du laboratoire « Article 15 : Con-science ». À Lubumbashi, une expertise externe a contribué à consolider les démarches artistiques des différents binômes et à renforcer leurs capacités professionnelles.
Toutes les résidences, restitutions publiques, médiations culturelles et accompagnements artistiques ont été réalisés conformément aux objectifs fixés. Les retombées sont déjà visibles à travers les nouvelles collaborations nées entre artistes, le renforcement de leurs compétences et l’intérêt suscité auprès des publics des deux villes. Cette première édition ouvre la voie à de nouvelles collaborations et confirme que l’art demeure un formidable espace de dialogue, d’innovation et de transformation sociale en RDC.
Masand Mafuta
