La grande salle de Full Gospel, dans la ville volcanique de Goma, a accueilli ce dimanche 10 mai 2026, un vernissage singulier. Celui de “Réécrire l’avenir”, un essai-plaidoyer signé par la jeune auteure congolaise Harmonie Mauwa Kabuzi, qui place les enfants de la rue au cœur d’une réflexion collective. Devant un public passionné et attentif, l’événement a mêlé slam, humour, panel et dédicaces, dans une atmosphère de partage et de convivialité.
Publié par Ukweli Éditions, maison chrétienne basée à Goma dirigée par Laetitia Tembeya, l’ouvrage de 193 pages propose bien plus qu’un constat. À travers des récits poignants d’enfants dont les rêves se brisent face aux réalités de la rue, Harmonie Mauwa Kabuzi expose les causes profondes de cette détresse : rejet familial, fausses accusations de sorcellerie, pauvreté, oisiveté forcée, et interroge la responsabilité collective de la société. « La rue n’a pas été faite pour recevoir ces enfants, car elle détruit au lieu de construire », a-t-elle expliqué en marge de la présentation.

Pour l’auteure, née le 10 décembre 2000, l’engagement humanitaire n’est pas une posture mais un fil conducteur. Dirigeante de Kabuzi Agro industrie, créatrice du groupe “Motivé par l’Essentiel” et coordinatrice du programme High School Leadership Development au sein de Cornestone Development Africa, elle est aussi la fondatrice du mouvement international “Zéro Maibobo”, né avec des enfants de la rue. Depuis 2018, elle œuvre bénévolement dans le programme “Enfant bien aimé” de Heal Africa et au ministère de l’enfant de l’aumônerie universitaire de l’ULPGL/Goma.
« Réécrire l’avenir ne se limite pas à relater des faits, a souligné Vanessa Kilanji, préfacière du livre. C’est un ouvrage qui conscientise la communauté autour de ce phénomène. Nous voyons ces enfants et nous pensons que ce n’est peut-être pas notre combat, mais cela nous concerne tous. Avec ce livre, nous comprenons que de petites actions quotidiennes peuvent amorcer un changement » . Elle appelle également à une vigilance accrue dans les familles et les quartiers, afin d’éviter que des enfants accusés à tort ne finissent par fuir vers la rue.

Le panel a permis d’approfondir des thèmes comme l’amour du prochain. L’un des intervenants, Roméo, a déclaré : « En voyant ces enfants, je vois des ministres, des grands enseignants, des poètes, des évangélistes, et non des gamins qui mendient. J’y vois tout un avenir, de futurs pères et mères de famille ».
Guillaume Bukasa, représentant des écrivains du Nord-Kivu, a invité le public et les auteurs à lire et produire davantage d’ouvrages en langues maternelles, afin de toucher ceux que le français n’atteint pas et de renforcer la culture de la lecture.
L’auteure a plaidé pour la réinsertion des enfants dans des structures d’accueil adaptées. « Réinsérer ces enfants dans des structures idéales serait le moyen le plus sûr de leur permettre d’atteindre leurs rêves. J’appelle ceux qui reçoivent des financements pour eux à les destiner à bon escient, car ce sont des vies que l’on sauve ». Elle précise que tous les enfants de la rue ne sont pas orphelins : certains sont poussés par leurs familles à mendier, d’autres fuient des foyers minés par la pauvreté ou l’abandon.
Disponible localement et bientôt en ligne sur Amazon, “Réécrire l’avenir” ambitionne de toucher un large public. « C’est un livre qui me permet d’atteindre des personnes que je ne pourrais pas toucher autrement et de leur passer le message », a conclu Harmonie Mauwa Kabuzi.
La cérémonie s’est achevée autour d’un verre, d’une photo de famille et d’un réseautage, dans l’espoir que la littérature, cette fois, contribue à réécrire des destins.
Franklin MIGABO
