Ampire Joven’s, auteur-compositeur-interprète congolais basé à Kinshasa, a dévoilé le 22 février 2026 son nouvel EP, « Urizi ». Loin des sentiers battus de la rumba dominante, l’artiste propose une immersion dans l’héritage culturel du peuple Bashi, affirmant une identité musicale à la fois authentique et résolument moderne.
Ce projet de huit titres marque une étape décisive dans la carrière de l’artiste, né sous le nom d’Ampire Babone Ovain. « Urizi », un terme qui évoque l’héritage et la transmission, est présenté comme une expatriation sonore vers les hauts plateaux du Sud-Kivu. L’artiste y délaisse les codes de la capitale pour puiser dans le terreau fertile des traditions folkloriques de ses ancêtres, construisant un pont musical entre le royaume ancestral du Bushi et la diaspora congolaise contemporaine.

L’EP explore les thèmes de la résilience, de l’identité et de l’unité. Dans « Koleza », hymne fédérateur, il appelle les peuples Bashi, Rega et Havu à la danse commune sur des motifs de tambours traditionnels. « Bichii’igwere » utilise un proverbe Mashi pour livrer une réflexion philosophique sur la sagesse que seule l’expérience apporte, le tout porté par un groove Afro-pop.
Le projet alterne ainsi entre des titres festifs et des moments de recueillement, comme sur « Oimange », une ballade acoustique intime évoquant le besoin de soutien dans l’épreuve. L’ensemble, écrit principalement en Mashi, intègre également le Swahili, le Lingala et l’Anglais, pour un résultat que l’artiste compare à un pondu à la viande, une musique enracinée, nourrissante et dense.

Cette quête d’authenticité n’est pas le fruit du hasard. Elle est l’aboutissement d’un parcours initié en 2008 sous le mentorat de son grand-père, qui lui a transmis les premières notes de guitare. Si Ampire Joven’s s’est fait connaître du grand public en 2022 en décrochant la deuxième place au prestigieux concours Vodacom Best of the Best, il s’est également produit sur diverses scènes locales.
Lors d’événements virtuels, avoir reçu le prix de la meilleure composition au niveau provincial pour la chanson dédiée à Monseigneur Christophe Muzihirwa, interprétée par Daniella Kalumuna et en assurant la première partie du concert de Fally Ipupa au Stade des Martyrs, « Urizi » marque un recentrage sur l’essentiel. Son univers, qu’il décrit comme un mélange d’afro-pop, de soul et de folk teinté de rumba, se nourrit autant de Bob Marley, Tracy Chapman ou Ben Harper, que des légendes comme Franco Luambo et Papa Wemba.

Avec « Urizi », Ampire Joven’s ne se contente pas de sortir un projet musical ; il pose un acte de préservation culturelle. En modernisant les sonorités folkloriques des Bashi sans les vider de leur substance spirituelle, il s’inscrit dans une démarche patrimoniale.
Son objectif est clair, celui d’inscrire la langue Mashi dans la conversation musicale mondiale de l’afro-soul. L’esthétique visuelle qui accompagne le projet, mêlant la mode contemporaine de Kinshasa aux éléments vestimentaires traditionnels, renforce cette dualité entre modernité et héritage.

Des producteurs tels que Carlos Masini, Big small, Simba Beatz et Franck Mastola l’ont accompagné dans cette aventure sonore qui affirme un peu plus la singularité d’un artiste devenu, au fil des notes, le gardien d’une mémoire.
Franklin MIGABO
