C’est un événement très attendu par le milieu culturel kinois. Après de longues années d’absence, l’artiste multidisciplinaire Toto Kisaku renoue avec le public de Kinshasa ce vendredi 3 juillet au chapiteau du Pullman Hôtel. Lors d’une conférence de presse tenue cette semaine à l’Académie des Beaux-Arts, l’homme de théâtre a dévoilé les contours de son nouveau spectacle, « Rencontre au pluriel », une œuvre qui se veut bien plus qu’une simple représentation : un miroir tendu à la société congolaise.
Une démarche née d’une expérience internationale
Pour Toto Kisaku, ce retour n’est pas le fruit du hasard, mais l’aboutissement d’un parcours riche. Formé à l’Institut National des Arts (INA) de Kinshasa, l’artiste a puisé dans ce bagage de plus de 15 années pour construire sa carrière aux États-Unis. « Je ne pouvais pas tout gâcher », confie-t-il, expliquant avoir choisi de se concentrer sur l’apprentissage de la communication en anglais, ce qui lui a permis, deux ans plus tard, de monter des pièces exigeantes comme Requiem for an Electric Chair.
Le théâtre comme miroir de la société
Fort de son expérience américaine, où il a privilégié un public académique et universitaire pour ses thématiques de justice sociale, Toto Kisaku revient à Kinshasa avec une ambition claire : utiliser l’art comme un outil de transformation. Lors des échanges à l’Académie des Beaux-Arts, il a insisté sur le rôle du théâtre pour interpeller les consciences, citant en exemple des scènes quotidiennes, comme le manque d’hygiène de certains vendeurs de rue, qui révèlent une déconnexion avec l’environnement immédiat.
« Les arts, en général, sont notre miroir. C’est pour nous montrer dans quel environnement nous sommes pour que nous puissions changer », explique l’artiste, soulignant que le théâtre est indispensable pour le dialogue avec soi-même, avec l’autre et avec notre environnement.
Une invitation à la mobilisation culturelle
« Rencontre au pluriel » ne se limite pas à la scène du Pullman. Pour l’artiste, il s’agit d’une invitation lancée à ses compatriotes et aux autorités pour qu’ils s’approprient la culture. Il déplore que des salles restent vides alors que Kinshasa compte 15 millions d’habitants en demande d’art.
Son objectif avec ce spectacle est de créer un cadre de dialogue et d’expression, tout en encourageant les jeunes générations d’artistes à mieux structurer leur travail pour toucher leur public. « Kinshasa, c’est le Kinshasa d’hier, d’aujourd’hui et de demain. Si nous n’arrivons pas à encadrer le théâtre et les artistes, personne ne se retournera », conclut-il.
Rendez-vous est donc pris ce vendredi 3 juillet au chapiteau du Pullman Hôtel pour découvrir cette œuvre qui promet de questionner, de rassembler et, surtout, de faire dialoguer le Congo avec lui-même.
Masand Mafuta
