Né le 28 mai 2001 sur l’île d’Idjwi au Sud Kivu, Germain Mukubito Chiza est dramaturge, metteur en scène, comédien et régisseur lumière. Il appartient à cette génération d’artistes kivutiens qui font du théâtre un espace de conscience et de transformation, capable de transformer le silence en langage et les réalités sociales en matière dramatique.
Son parcours commence dans une famille où les traditions idolâtres se mêlent à une éducation catholique. Ce double héritage lui a donné très tôt le goût du symbolisme et une sensibilité particulière au silence. « Le silence représente la connexion spirituelle », explique-t-il. C’est dans ce silence qu’il a ressenti le besoin de comprendre et de raconter ce qui se vit autour de lui. Le théâtre s’est imposé comme un langage capable de porter ces voix muettes, et l’écriture comme une nécessité : transformer la concentration en matière artistique.

La rue comme scène originelle
Grandir dans une région marquée par des contrastes violents entre fragilité et résilience a nourri son imaginaire. Les visages croisés, les conversations de rue, les gestes de solidarité ou les tensions sociales sont devenus des images persistantes qui habitent ses créations. Pour lui, une pièce naît souvent d’une image obsédante, d’une situation humaine forte ou d’une phrase qui résonne longtemps. À partir de là, les personnages émergent, dialoguent, et la dramaturgie se construit presque d’elle-même.
L’intuition comme moteur de la mémoire
Si Germain revendique la nécessité d’une structure dans la création, il insiste sur le rôle primordial de l’intuition. « La création commence toujours par une écoute intérieure », dit-il. L’écriture, souvent solitaire, se nourrit ensuite de la respiration collective des comédiens. Le théâtre, profondément collectif, trouve son souffle dans les échanges et les improvisations de l’équipe de création.

Ses pièces explorent des thèmes récurrents : la mémoire, la dignité humaine et la responsabilité collective. Il s’intéresse aux tensions invisibles qui traversent nos sociétés et aux histoires humaines qui en émergent. Sa nouvelle création, « Dernière Goutte », s’inscrit dans cette démarche : interroger les dilemmes sociaux et humains, provoquer une émotion mais surtout une réflexion. « Le théâtre devient intéressant lorsque le spectateur continue d’y penser après la représentation », souligne-t-il, refusant l’idée d’un divertissement superficiel.
Un art enraciné et universel
Pour Germain, l’écriture est toujours située dans un contexte. Ses textes s’inspirent des réalités sociales et culturelles de son époque, mais cherchent à poser des questions universelles sur l’humain. « Personne n’est étranger dans mon travail », affirme-t-il. Un public local reconnaît les réalités évoquées, tandis qu’un public international y perçoit des interrogations universelles. Cette diversité de regards enrichit la portée de son message.

Au-delà de ses créations, Germain s’engage dans le développement de la scène culturelle des Grands Lacs. Il travaille à la mise en place d’un festival de théâtre destiné à renforcer les échanges artistiques dans la région. Pour lui, l’artiste est à la fois témoin et éclaireur : il observe, questionne et propose d’autres façons de regarder le monde.
Héritage en devenir
À seulement 24 ans, Germain Mukubito Chiza rêve que ses œuvres contribuent à faire naître des vocations. « Si elles peuvent encourager d’autres artistes à prendre la parole et à raconter leurs réalités, alors ce sera déjà un héritage », confie-t-il. Dans ses mots, le théâtre n’est pas seulement une scène : c’est une mémoire vivante, une conscience partagée, une goutte de lumière dans le tumulte du monde.
Amani Lugero
