La deuxième édition de la Table de Yaya s’est tenue ce mercredi 29 juillet à l’immeuble Matrix, sur le boulevard du 30 Juin à Kinshasa. L’événement a réuni femmes aînées, mères, jeunes filles, familles et acteurs de la société civile autour d’un thème sensible : la responsabilité précoce des filles aînées dans la culture congolaise et son impact sur leur santé mentale.
« Là où je veux mettre l’accent, c’est sur la manière dont cette responsabilité est accompagnée. Quel stress impose-t-on à la santé mentale des filles aînées lorsqu’on leur confie trop tôt des charges familiales sans soutien ? Je ne viens pas dire que nous ne sommes pas responsables, mais qu’il faut aider notre culture à dépasser cette injustice, tout en conscientisant la fille aînée », a expliqué Bitshiluxe, présentatrice du projet.
Née à Kinshasa, professeure et actrice socio-culturelle, Bitshiluxe a conçu la Table de Yaya après sept années d’études en France. Son objectif est de mettre en lumière le rôle souvent discret mais essentiel des filles aînées, créer un espace de dialogue et permettre aux femmes de partager leurs expériences pour construire une mémoire collective féminine.
La Table de Yaya se veut un lieu de parole, de transmission et de réconciliation. Elle libère les récits, honore les parcours et transforme des vécus individuels en une mémoire collective faite de force, de résilience et d’héritage.
Les filles aînées congolaises sont souvent surchargées de responsabilités dès l’enfance, parfois sans accompagnement familial. Bitshiluxe, elle-même fille aînée, témoigne :
« En tant que fille aînée, j’ai aujourd’hui la force de partager mon histoire pour mettre en lumière ces responsabilités familiales, sociales et culturelles, souvent invisibles, qui façonnent nos parcours. Ce rôle, profondément ancré dans nos vies, porte une charge émotionnelle et symbolique dont on parle encore trop peu. À travers la Table de Yaya, je souhaite créer un espace de rencontre. »
Elle souligne que la culture congolaise tend à placer la fille aînée dans une posture de “deuxième maman”, ce qui peut voler du temps précieux à l’enfance. Comparant son expérience entre la RDC et la Belgique, elle ajoute :
« Je me suis souvent interrogée sur mon éducation et sur les concessions que j’ai reçues. En portant plusieurs cultures, j’ai constaté que les dynamiques familiales diffèrent énormément. Chez ma mère, j’avais beaucoup plus de responsabilités à la maison. »
La Table de Yaya ne s’adresse pas uniquement aux filles aînées, mais à toutes celles et ceux qui souhaitent comprendre et valoriser leur place dans la famille et la société. Cette deuxième édition a brisé le silence autour de réalités souvent invisibles : la charge mentale, les responsabilités précoces et le rôle de “mère invisible” endossé par certaines dès l’enfance.
Après une première édition organisée en mai 2026 à Anvers, en Belgique, la Table de Yaya poursuit son rayonnement en s’installant à Kinshasa, berceau culturel du projet et lieu central de son identité.
Milca Nlandu
