Dans la salle du théâtre qui accueille les Trophées de livres hebdo, un nom vient d’être prononcé. « Mlimani ». Un instant suspendu. Puis les applaudissements. Et, avec eux, une émotion qui dépasse largement les murs parisiens, jusqu’aux rives du lac Kivu.
Ce lundi 30 mars 2026 marque un tournant pour mlimani editions . La maison d’édition de Goma vient de recevoir le Trophée de l’engagement littéraire, dans une édition placée sous le thème des « Histoires de création ». Une distinction qui récompense bien plus qu’un catalogue : un combat quotidien pour faire exister le livre là où tout peut sembler fragile.
Une soirée, mais surtout un symbole
La cérémonie avait commencé plus tôt dans la soirée, avec un accueil dès 18h, avant une entrée en salle à 19h et un début officiel à 19h30. Une organisation bien rodée, mais derrière le protocole, une réalité plus forte : celle d’un monde du livre en train d’évoluer.
En distinguant Mlimani, livres hebdo envoie un message clair : l’édition ne se pense plus uniquement depuis les grandes capitales. Elle se construit aussi ailleurs, au Sud, là où émergent de nouvelles voix.
« Chaque sacrifice valait la peine »
Quelques instants avant la remise du prix ,Micheline Mwendike , membre fondatrice, nous confiait : « Ce prix, c’est une accolade collective. On se regarde, on ne dit rien, mais on sait que chaque sacrifice valait la peine. »
Chez Mlimani, il n’y a pas un livre plus important qu’un autre. Chaque publication est portée comme une nécessité. L’idée n’est pas de remplir les rayons, mais de donner une place à des voix qui, souvent, n’en avaient pas.
Et surtout, de rester accessible. Ici, le prix du livre n’est pas un détail : c’est une manière de rester fidèle à une promesse celle de faire de la littérature un bien commun, et non un privilège.
Pourquoi ce prix aujourd’hui
Sur scène, c’est l’autrice française Isabelle Collombat qui reçoit le trophée au nom de la maison. Son discours est simple, direct, sans détour.
Elle rappelle ce qui fonde l’engagement de Mlimani : aller vers les lecteurs, partout où ils sont. Dans les écoles, les universités, les centres culturels. Avec une conviction qui revient comme un fil conducteur :Lire n’est pas un luxe, mais une nécessité.Lire pour comprendre. Lire pour se construire. Lire pour penser l’avenir.
Elle évoque aussi le contexte dans lequel travaille la maison : Goma, à l’est de la République démocratique du Congo, une région marquée par des tensions persistantes. Et malgré cela, le choix de continuer. Ne pas s’arrêter. Ne pas se taire.
Continuer à faire circuler les idées
C’est dans cette logique qu’est née, en février 2025, la plateforme Décryptage. Un espace en ligne pour faire dialoguer auteurs et lecteurs, pour analyser, discuter, maintenir vivante la pensée. Une manière, aussi, de répondre à l’instabilité par quelque chose de durable : les idées.
Une victoire collective
Ce prix, personne ne le revendique seul. Il appartient à une équipe, mais aussi à un pays, à une ville. Dans les derniers mots du discours ,Isabelle Collombat dédie le trophée à toute la République démocratique du Congo, et particulièrement à Goma. Parce que, malgré tout, la culture y tient debout.
Ce soir, à Paris, Goma n’est pas seulement évoquée pour ses difficultés. Elle est reconnue pour ce qu’elle produit, pour ce qu’elle porte, pour ce qu’elle imagine.
Et dans la salle, une phrase reste en suspension, presque comme une évidence : Que vive la littérature.
Nuru Kakore
