La RDC a porté haut ses couleurs à Nairobi lors du Africa Forward Fest, un rendez-vous culturel panafricain organisé à l’Alliance Française de Nairobi en prélude au Africa Forward Summit. L’événement s’est tenu du 7 au 9 mai 2026. Pendant quelques jours, la capitale kényane s’est transformée en un vaste carrefour d’histoires, de couleurs et de récits africains, où les pinceaux répondaient aux livres et où les fresques semblaient prolonger les récits portés par les auteurs du continent.
Cette présence congolaise a permis de tisser des liens avec le Prix de l’édition jeunesse africaine (PEJA), une initiative née pour renforcer la circulation des histoires africaines sur le continent et à l’international. Derrière cette ambition, plusieurs acteurs jouent un rôle déterminant, notamment Will Clurman, fondateur du prix et PDG de eKitabu. Convaincu du potentiel de la littérature jeunesse africaine francophone, il œuvre à bâtir des passerelles concrètes entre éditeurs, artistes et plateformes de diffusion, afin que les récits africains traversent les frontières comme des oiseaux migrateurs porteurs de mémoire et de futur.

L’engagement du PEJA dépasse d’ailleurs largement le simple cadre d’une récompense littéraire. Numérisation des ouvrages finalistes, traduction de certains titres, perspectives de distribution internationale, collaborations entre éditeurs africains : toute la démarche vise à tisser une véritable constellation panafricaine du livre et de l’illustration jeunesse, où chaque histoire devient une lampe allumée dans une autre partie du continent.
Dans cette architecture culturelle en pleine construction, Agnès Debiage joue un rôle clé. Présente dans l’accompagnement et le développement du prix, elle contribue à renforcer la visibilité des productions africaines francophones tout en facilitant les connexions entre créateurs, éditeurs et acteurs culturels du continent. Son implication donne au PEJA une dimension à la fois professionnelle, collaborative et durable, en transformant les rencontres artistiques en véritables chemins de circulation culturelle.

Dans le même élan, la fresque collective réalisée à Nairobi a été soutenue par la Fondation de l’Innovation pour la Démocratie, dirigée par Achille Mbembe.
Par ailleurs, les artistes congolais Plachiki Benali et Gloria Muluku, basés respectivement à Goma et à Kinshasa, ont pris part à ces rencontres aux côtés de leur confrère béninois Constantin Adadja, grâce au soutien à la mobilité de Ressources Éducatives.

Pour Plachiki Benali, cette expérience représentait une étape capitale de son parcours : « C’était la première fois que je faisais un voyage artistique. À mon âge, ce genre d’expérience n’arrive pas à tout le monde », confie-t-il.
L’artiste y a notamment présenté AMANIMonde, une œuvre portant un message universel de paix. À travers une composition où le noir et le blanc se répondent autour d’une main faisant le signe de paix, surplombée du continent africain, il rappelle que « l’Afrique est le berceau de l’humanité ». Des visages souriants gravitent autour de cette main comme des éclats d’espérance, rappelant que la paix demeure le premier langage capable de réunir les peuples.
Sa seconde fresque, DICTACHOIX, aborde quant à elle les rêves empêchés et les chemins imposés aux jeunes par les pressions sociales ou familiales.
Mais au-delà des œuvres, Nairobi aura surtout été un espace de dialogue humain et artistique. Gloria Muluku confirme cette dimension relationnelle, affirmant que cette expérience lui a surtout laissé la motivation, le partage et la richesse des rencontres. Il souligne que l’aventure lui a permis de renforcer sa pratique artistique tout en lui rappelant l’importance de la collaboration et de l’unité entre les artistes africains.
À travers cette participation congolaise, Nairobi aura démontré que les artistes africains ne se contentent plus de créer chacun dans leur coin. Ils construisent progressivement des réseaux, des collaborations et des espaces communs capables de faire circuler leurs histoires, leurs images et leurs visions du monde à l’échelle du continent et au-delà. Une manière de rappeler que l’Afrique culturelle avance aussi par les rencontres, les couleurs et les récits qu’elle ose offrir au monde.
Cœur Tam Tam KABUYAYA
