Le week-end s’est ouvert sur une note d’une grande intensité culturelle dans la capitale congolaise. Ce vendredi 30 mai, la Bibliothèque Wallonie-Bruxelles de Kinshasa a prêté ses murs au baptême et au vernissage d’un premier ouvrage poignant : « Ma mère devait mourir », de l’écrivaine Charlotte Aline Ntumba.
Ce rendez-vous, qui a rassemblé un parterre d’écrivains, d’acteurs du monde du livre, de passionnés de belles-lettres et de proches, s’est rapidement transformé en un moment de partage suspendu, où la littérature est devenue le miroir de la résilience humaine. Dans une atmosphère empreinte de chaleur et d’émotion, l’assistance a découvert une œuvre autobiographique bouleversante. C’est l’histoire d’une reconstruction : celle d’une jeune femme qui a su puiser dans le vide de l’absence pour façonner une force de vie et de création.

Le regard de la préfacière : un livre de guérison
Nadège Bope, Préfète de l’Institut National des Arts du Spectacle « INAS », a eu le privilège de guider les premiers pas de ce livre en signant la préface. Invitée à prendre la parole, elle n’a pas caché son admiration pour la maturité intellectuelle et le courage de la jeune autrice :
« J’ai découvert en elle une âme bien née, une personne intelligente et surtout une excellente femme de pensée. Elle m’a fait l’honneur de préfacer ce livre qui est son premier. C’est pour moi une grande joie d’accompagner une jeune femme qui a eu l’audace d’écrire, l’audace de coucher ses émotions, ses sentiments et ses pensées sur une feuille. »
Pour Nadège Bope, « Ma mère devait mourir » dépasse le simple récit cathartique. C’est un guide universel pour quiconque cherche à réparer ses morceaux brisés. Elle a ainsi exhorté le public à s’approprier l’ouvrage :
« C’est un livre percutant, un livre poignant, mais qui à la fin soigne les blessures, guérit les douleurs et relève. C’est un livre de résilience, un livre d’espoir et de transformation. »
De Kalemie à l’édition : la genèse d’une vocation
Au cœur de cette soirée, Charlotte Aline Ntumba s’est livrée avec une sincérité désarmante. Native de Kalemie, sa relation avec les mots ne date pas d’hier ; elle s’est forgée dans l’intimité de l’enfance avant de se structurer au fil d’un parcours professionnel rigoureux.
«J’écris depuis que je suis petite. Plus tard, j’ai travaillé dans une maison d’édition où j’étais rédactrice et correctrice. C’est là que j’ai pu aiguiser davantage ce talent que je continue d’exploiter aujourd’hui »
Ce bagage technique lui a permis de livrer un texte au style narratif fluide, accessible et dépouillé d’artifices, pour laisser parler le cœur. Avec pudeur, elle est revenue sur le traumatisme fondateur de sa vie :
«Il s’agissait aujourd’hui du vernissage du livre Ma mère devait mourir, donc je suis autrice. C’est un livre autobiographique où je parle de la manière dont j’ai été affectée par la mort de ma mère. Petite que j’étais, je ne pouvais pas digérer que ma mère soit partie très tôt, à l’âge de huit ans»
L’enfance de Charlotte a été jalonnée par les zones d’ombre de ce deuil précoce : l’absence quotidienne, les ruptures affectives et les questions restées sans réponse. Pourtant, le temps et l’écriture ont opéré une métamorphose. Ce qui était une injustice est devenu le ciment de son identité :
«J’ai conclu que ma mère devait mourir parce que cette mort m’a aidée à devenir the femme forte et résiliente que je suis devenue aujourd’hui»
Une portée sociale et un message à la jeunesse
Loin de se refermer sur son histoire personnelle, l’autrice a profité de cette tribune pour lancer un appel vibrant à la jeunesse congolaise, l’invitant à ne pas sombrer face aux difficultés socio-économiques :
«La vie n’est pas toujours facile, la conjoncture n’est pas favorable, mais j’appelle les jeunes à transformer leurs blessures, leurs cicatrices et leurs défis en opportunités afin de devenir meilleurs et de travailler sur eux-mêmes »
Cette dimension sociale et engagée a fortement résonné chez Chantal Faïda, écrivaine et cofondatrice de l’association Uwema ASBL. En procédant au baptême solennel du livre, elle a souligné l’impact que ce récit pourrait avoir sur les structures familiales et la défense des plus vulnérables :
«Que ce livre puisse traverser les générations, transformer nos cœurs, promouvoir le respect des droits humains ainsi que ceux de la femme et de l’enfant. Je m’engage à honorer les mères adolescentes qui traversent des situations très douloureuses. Ce livre est là pour encourager, soutenir et promouvoir la résilience. Charlotte devait écrire ce livre »
Avec « Ma mère devait mourir », Charlotte Aline Ntumba fait une entrée remarquable et remarquée dans le cercle des lettres congolaises. Alliant le témoignage intime à une portée philosophique universelle, son œuvre s’impose comme une boussole lumineuse, rappelant à chacun que les tragédies de l’existence peuvent, par la force des mots, devenir le point de départ d’une éclatante renaissance.
Masand Mafuta
