Kinshasa est, du 3 au 9 juin 2026, l’épicentre d’un bouillonnement artistique sans précédent. Avec le coup d’envoi de la 12e édition du festival international de théâtre « Ça se passe à Kin », le Tarmac des Auteurs et l’espace Chez les Oblats, dans la commune de Kintambo, deviennent le théâtre d’une programmation audacieuse où la relève congolaise croise les écritures du monde. À travers une conférence de presse marquée par la passion, le directeur artistique Israël Tshipamba a tracé les contours d’une édition placée sous le signe de l’exigence professionnelle et du dialogue culturel.
Le coup d’envoi sera donné dès ce mercredi 3 juin à 20h, avec la pièce percutante « 20 novembre » de Lars Noren, mise en scène par Chouchou Yoka et portée par l’acteur Lourd Mbombolo. Pour le directeur artistique, ce festival est avant tout une affirmation de la vitalité kinoise. Interrogé sur la philosophie de l’événement, Israël Tshipamba précise :
« Pourquoi « Ça se passe à Kin » ? Parce que nous voulons affirmer que Kinshasa est un laboratoire permanent de création. C’est ici, dans le bouillonnement de notre quotidien, que les histoires naissent, se transforment et deviennent universelles. Le festival est là pour montrer que le théâtre n’est pas une pratique déconnectée, mais le reflet même de ce qui se joue dans nos rues, dans nos familles, dans nos consciences. Nous voulons ancrer le spectacle vivant dans la réalité kinoise pour mieux l’exporter au monde. »

Cette 12e édition mise sur un équilibre audacieux entre le génie local et une ouverture internationale marquée par un brassage culturel unique. En mettant à l’honneur « La force de chez nous » à travers les créations exclusives du programme Émergence Théâtrale nées dans la ferveur de la capitale, le festival propose également de vibrer au rythme de spectacles intenses venus de France, du Burundi, de Guyane et du Congo-Brazzaville. Au total, ce sont dix spectacles de théâtre, dont cinq créations issues de la scène émergente, qui seront présentés au public, accompagnés par sept concerts dans la rue Boma pour faire vibrer le quartier ainsi qu’une série de lectures, de rencontres professionnelles et d’ateliers de formation.
Au cœur de cette manifestation, le projet « Émergences théâtrales » demeure la pierre angulaire du festival, offrant un cadre professionnel exigeant aux jeunes talents. Israël Tshipamba souligne l’importance de cet accompagnement :
« Nous accompagnons des jeunes qui veulent réaliser leur premier, deuxième, troisième spectacle dans un cadre professionnel et professionnalisant. Nous accompagnons tout le processus de création, nous mettons à la disposition des jeunes, nous mettons à leur disposition des dramaturges, des metteurs en scène qui jouent le rôle des regards extérieurs. C’est le rôle qu’a joué Madame Beaumier, c’est le rôle qu’a joué Ajan, c’est le rôle qu’a joué Laetitia Jeannone qui n’est pas là. Et les bénéficiaires de ce programme là, c’est Tatiana, c’est Castro, c’est Chouchou, il y en a d’autres qui ne sont pas là. »

Ce travail de fond, parfois difficile, est essentiel à la pérennité du secteur théâtral. Le directeur artistique insiste sur la rigueur et la remise en question nécessaires à la création :
« Depuis le début de l’année, depuis même l’année passée j’ai envie de dire, on a fait un atelier sur la dramaturgie et on s’est rendu compte que les choix portés par les metteurs en scène n’étaient pas toujours bons. On a recommencé, on a fait les choix d’autres matériaux, c’est vraiment un processus de création, on se remet en cause, on se rend compte que ça ce n’est pas bon, il faut aller par là. C’est tout ce travail là, ça mobilise beaucoup de moyens. Il y a des projets qui n’arrivent pas à terme parce que c’est compliqué, c’est difficile. Peut-être parce que les porteurs de projets ne sont pas prêts et on change, ça bouge, ça se construit. Et à partir de demain, vous aurez le plaisir, j’ai dit le plaisir, j’assume le mot. »

Jusqu’au 9 juin, le festival « Ça se passe à Kin » s’impose plus que jamais comme un rendez-vous incontournable pour les amoureux des arts vivants venus découvrir les fruits de ce long travail artistique. «Quittez le virtuel, venez vivre le spectacle vivant. On vous attend au Tarmac ! », tel est l’appel solennel lancé par les organisateurs au public kinois.
