Devant un public attentif et captif, la jeunesse de la ville volcanique a transformé l’espace culturel de l’ex-Alliance française en un forum vivant de dialogue, de paix et d’engagement climatique. Organisé par l’organisation Youth Ambassadors for Climate Justice (YACJ) et d’autres structures partenaires, un spectacle artistique de deux heures a réuni citoyens, artistes et acteurs engagés autour du thème : « La femme au cœur de la promotion de la paix et de la protection de l’environnement ».
Danse, slam, théâtre, musique et humour ont tour à tour porté des messages forts, mêlant émotions et réflexion. L’objectif : créer un espace de rencontre et de réseautage où les jeunes, les femmes et les communautés locales imaginent ensemble un avenir pacifique et durable pour l’Est de la République Démocratique du Congo.

Selon Lisa Bindu, coordinatrice nationale de YACJ, ce choix artistique est délibéré. « Dans le monde humanitaire, on organise souvent des formations et des ateliers. Aujourd’hui, nous avons voulu une activité différente parce que l’art a un impact. Quand un artiste parle, la population capte plus facilement le message ». Elle souligne par ailleurs l’indissociabilité de ces deux thématiques : « La RDC est un scandale écologique. Nous abritons des espèces uniques au monde, mais l’intensification des conflits empêche leur protection. Promouvoir une cohabitation pacifique en amont, c’est protéger notre biodiversité en aval ».
Les artistes invités : comédiens, dessinateurs, mannequins, humoristes et danseurs ont ainsi joué un rôle de vecteurs de sensibilisation. Le poète Guillaume Bukasa, représentant des écrivains du Nord-Kivu, a insisté sur la force éducative de la littérature : « Elle permet à l’enfant encore sur le banc de l’école de comprendre que le tribalisme est mauvais, que le discours de haine est mauvais. Par leur art, les artistes peuvent chasser l’imbécillité qui nous enferme et nous empêche d’avancer ». Et d’ajouter, en guise d’invitation à la réflexion : « Pour moi, je ne vois pas où le soleil se lève, mais plutôt où il se couche ».

L’urgence climatique et les conflits armés ont été au cœur des échanges. Lisa Bindu a rappelé que les rebelles se cachent dans les forêts et les parcs nationaux, transformant ces sanctuaires écologiques en zones de front : « Des engins sont jetés là-bas, détruisant notre environnement qui nous fournit oxygène et régulation des saisons. » Pour elle, l’alliance entre paix et écologie est vitale : « Si nous conjuguons nos efforts, nous aurons un impact favorable. L’environnement est notre maison commune ».
Dans la même dynamique, Madame Nathalie Kingi a alerté sur l’usage des réseaux sociaux par la jeunesse, souvent source de discorde, de haine et de désinformation. « Avec leur essor, le monde devient petit. Cela facilite les échanges pour les commerçants, la culture, l’humanitaire, mais nous devons les utiliser à bon escient pour construire, et non détruire, notre société ».

L’événement, présenté comme une phase pilote par YACJ, a connu une forte affluence. « Nous essayions, et au vu de ce qui s’est passé aujourd’hui, c’est une réussite », s’est réjouie Lisa Bindu. Avant d’annoncer la suite : « Nous organiserons une session de formation pour que les artistes maîtrisent mieux ces thématiques, puis nous préparerons la deuxième édition du spectacle ».
En marge de l’événement, Chrispin Gatani a également lancé un appel de soutien à une délégation de jeunes Gomatraciens sélectionnés dans le cadre d’un concours de l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF). Ces jeunes représentent la RDC au Congo-Brazzaville pour un hackathon sur un projet d’agro-boucle visant à produire des biofertilisants dans une logique d’économie circulaire. « Donnons-leur des voix pour qu’ils puissent remporter ce concours », a-t-il plaidé.
À l’Est de la RDC, en proie aux turbulences et aux guerres, la jeunesse refuse pourtant de désespérer. Par l’art, elle martèle un message simple : une paix durable est encore possible, et la protection de l’environnement en est le chemin.
Franklin MIGABO
