Abeti Masikini Artistes, Musiciens profane

Abeti MasikiniAbeti Masikini, de son vrai nom Élisabeth Finant, naît le 9 novembre 1954 de Jean-Pierre Finant et de Marie Masikini, au sein d’une famille aisée de huit enfants. Son père, un métis belgo-congolais, l’initia très tôt au piano. Elle chanta également comme choriste dans l’église catholique très jeune. Durant son carrière, elle avait eu comme surnom : Betty Finant,  La Tigresse aux griffes d’or, Tantine.

En 1961, son père, membre du parti lumumbiste, fut assassiné à Bakwanga. Les Finant s’exilèrent à Kinshasa, la capitale du pays. Là, Abeti intégra le lycée Sacré-Cœur, actuel lycée Bosangani. Elle travailla comme secrétaire au cabinet du Ministre de la Culture Pierre Mushete, après ses études secondaires.

C’est à cette période que la jeune « Betty », son surnom, va laisser libre court à sa passion pour la musique, à la grande surprise de sa famille. Elle participe en 1971 à un concours de la chanson organisé par l’artiste Gérard Madiata, où elle se classe troisième. Elle monte avec l’aide de quelques proches un groupe dont le guitariste est son jeune frère Jean Abumba. Elle se fait appeler Betty Finant et se produit dans de petits clubs.

Abeti a vécu avec son compagnon et manager, Gérard Akueson de 1972 à 1994. Ils officialisèrent leur union à Paris en 1989. Elle était la mère de quatre enfants, trois filles et un garçon : Yolande Masikini, Gérard Badé Akueson, Germaine Masikini (fille adoptive) et Harmony Akueson.

Carrière

Les débuts

Vers la fin de l’année 1971,  la carrière d’Abeti commence lorsqu’elle rencontre le togolais  Gérard Akueson, alors manager et producteur de la chanteuse Bella Bellow de passage à Kinshasa. Elle demandera à faire partie du spectacle, mais vu le programme, cela ne pourra se réaliser. Toutefois, le producteur lui promettra de revenir plus tard au Congo uniquement pour la produire, chose qui sera faite quelques mois après.

La jeune congolaise, devenue Abeti Masikini suite à la politique du recours à l’authenticité initiée par Mobutu, se retrouvera sur scène en Afrique de l’ouest devant des milliers de spectateurs qui tout de suite vont l’adopter. Elle se produira au Bénin, en Côte d’Ivoire, au Burkina Faso, au Togo, au Niger, en Guinée, au Ghana et au Nigeria.

À son retour au pays, l’accueil ne sera pas identique. Elle était une parfaite inconnue, d’autant plus qu’elle n’avait pas d’albums sur le marché. Elle effectuera sa sortie officielle au ciné Palladuim devant 12 personnes. Mais elle ne baissera pas les bras et s’acharnera à travailler sa voix. Elle sort ses premiers disques en 1973. Il s’agit des titres comme Mutoto Wangu, Bibile, Aziza, Miwela, Safari et Papy Yaka. Mais, ces chansons aux mélodies blues, soul et folk n’attirent pas l’attention du grand public kinois. Elle est d’office cataloguée comme une chanteuse étrangère, surtout à cause de son fort accent swahili, de sa voix si particulière et de sa musique aux influences métissées. Cependant, grâce à un travail hargneux et à de nombreux passages à la télévision avec son groupe fraichement créé « Les Redoutables », ainsi que ses danseuses « Les Tigresses », elle attire l’attention des critiques par l’originalité de ses spectacles. Son manager Akueson lui décrochera un contrat à l’Olympia de Paris au courant de l’année 1973, avant même la sortie de son premier 33 tours. En route vers la célèbre salle parisienne, elle proposera le spectacle intitulé Soleil à Dakar au Sénégal, devant le président Léopold Sédar Senghor. Les recettes de ce concert seront reversées à la caisse d’aide aux populations victimes de la sécheresse. Le même spectacle sera présenté le 19 février 1973 à l’Olympia devant un public majoritairement blanc et rencontrera un succès.

Le 19 juin 1974, Abeti se produit au Carnegie Hall de New York aux États-Unis et séduit les spectateurs. Sa carrière est en pleine ascension. En octobre 1974, elle partage la scène avec James Brown,Myriam Makeba, Tabu Ley et Franco au spectacle d’ouverture du fameux combat Mohamed Ali et George Foreman à Kinshasa.

En 1975, Abeti sort son second album intitulé La voix du Zaïre, L’idole de l’Afrique avec des titres tels que: Likayabo, Yamba Yamba, Kiliki Bamba, Naliku Penda, Ngoyaye Bella Bellow, etc. Sa popularité surtout en Afrique de l’ouest ne sera plus à démontrer et sa prestation marquante à l’Olympia en 73 lui vaudra une seconde invitation de Bruno Coquatrix pour deux soirées en avril 1975. Elle est surnommée la tigresse aux griffes d’or en allusion aux nombreuses bagues qu’elle porte sur ses doigts. Un troisième album « Abeti à Paris » sortira l’année suivante avec inclus à l’intérieur la célèbre chanson Mwana Muke Wa Miss. Son style musical, très éclectique, est teinté de diverses tendances : rumba congolaise, blues, soul, folk, soukouss…

Abeti Massikini faisait une musique jugeait très différente de celle du Congo authentique, ainsi le grand public congolais en général, et kinois en particulier ne s’intéressait vraiment pas à son style de musique. Toute fois, elle avait un parcours remarquable sur la scène internationale.

L’an 1976, elle rencontrera une « rivale » de taille du nom de M’Pongo Love (1956- 1990) cette épreuve sera dure car c’était pour la première fois depuis le début de sa carrière. Cette dernière domine d’ailleurs le hit-parade kinois ainsi que les ondes de la radio nationale avec son titre Pas Possible Maty. En avril 1977, alors que la carrière d’Abeti bat de l’aile, son manager la pousse à accepter un concert en compagnie de M’Pongo Love au ciné Palladium. Les deux artistes, chacune dans son style, porterons très haut le flambeau de la musique féminine congolaise et paverons le sentier pour les futures chanteuses.

Toutefois, Abeti devra remettre sa carrière en question. Le style plus blues-folk africain qu’elle faisait jusque là ne plaisait pas à certains de ses compatriotes. Elle se battra désormais pour plaire à ce public. D’aucuns la critiquèrent en disant que son répertoire plus destiné, aux swahiliphones, ne touchait pas l’ensemble des congolais qui apprécient plus les chansons populaires chantées en lingala, l’une des quatre langues nationales du pays

Par contre, ce même répertoire lui avait ouvert les portes du succès hors du pays. Pour ce faire, elle lancera son quatrième album qui comprendra des chansons arrangées dans un style différent, comme Bilanda-Landa, Kizungu-Zungu, Inquiétude, Banana, etc. Malheureusement, la mayonnaise ne prendra pas bien que le single Kizungu-Zungu réussira à entrer dans le top 10 kinois. Le seul public fidèle à Abeti sont les enfants, qui viendront nombreux à ses matinées organisées au Palladium. C’est à cette période que ces jeunes fans la surnommeront affectueusement « tantine ». Néanmoins, les adultes amateurs des rythmes alternatifs encourageront la jeune artiste et c’est ainsi que naquit, deux années plus tard, le fan-club « Les Amis d’Abeti », dirigé par Antho Alves.

En septembre 1977, Abeti s’envole pour Paris enregistrer un nouveau disque produit par Slim Pezin, arrangeur et producteur très connu dans le monde musical français. Avec son manager, qui se charge aussi de la direction artistique de l’album intitulé Visages, Abeti se lance dans la nouvelle tendance qu’est le disco. Elle ne perd pas pourtant son originalité, car les chansons sont en swahili, en lingala mais aussi en français. Elle hésite malgré les critiques sévères dont elle est victime de faire une musique totalement congolaise.

La même année, elle s’embarque avec son groupe pour une grande tournée en Afrique de l’ouest, où le public l’apprécie. Elle attire d’ailleurs l’attention de Radio Netherlands, pour laquelle elle tournera aux Pays-Bas un film musical autour des chansons de son dernier album. À son retour à Kinshasa, début 1978, une vaste campagne publicitaire est lancée pour annoncer son retour et la sortie de son cinquième opus Visages. Ce dernier comprendra des titres tels que Assa Mubire, Motema pasi, Bisuivra-Suivra, Musampa, Unipé, Mateso Ya Dunia, etc. Un grand changement s’opère aussi dans ses spectacles qui deviennent plus glamour et plus moderne. La chorégraphe-chanteuse franco-sénégalaise Manow Balé vient à sa rescousse pour former les Tigresses. Le disque est un succès non seulement à Kinshasa, mais aussi dans tous les hits afro-caribéens de l’époque durant des mois. Ses spectacles également affichent complet tant en soirée qu’en matinée. Abeti n’est plus seulement la « tantine » des enfants, mais celle de tout le monde.

Après sa production à Londres dans la salle Royal Albert Hall en 1979, Abeti rentra à Kinshasa et chercha à élargir son public et s’associe pour la première fois à une grande formation musicale de la place, le Tout Puissant OK Jazz de Franco Luambo Makiadi, pour l’enregistrement de deux singles. Il s’agit de Na Pesi Yo Mboté et Bifamuri, deux chansons avec des arrangements musicaux purement congolais. Ainsi fait, un succès populaire sur les deux rives s’établit et permit à la chanteuse d’asseoir définitivement sa popularité en RDC, à l’époque Zaïre.

Cette tentative réussie annoncera les couleurs des années à venir car elle se lancera dans la rumba congolaise. Toutefois, l’album Mokomboso, sorti en 1980, sera dans le style de ses deux disques passés, c’est-à-dire, un mélange éclectique : disco, pop et rythmes afro. En mars 1980, lors d’une visite officielle du président Joseph Désiré Mobutu en République populaire de Chine, la chanteuse Chu Mi Yun de la troupe du théâtre national chinois imite Abeti en interprétant deux de ses succès : Bisuivra-Suivra et Motema Pasi.

Elle célébra ses 10 ans de carrière en 1981, ainsi elle sortait Dixième anniversaire, un album arrangé par Sammy Massamba avec des titres aux sonorités proche de la rumba congolaise : Baruwa Kwa Mupenzi, Chéri Badé, Père Bouché, etc. Chéri Badé sera un succès au sein de la communauté congolaise. Pour une fois, Abeti fera l’unanimité sur le plan local.

En 1982, I love You (Mwasi Ya Bolingo) sera un autre succès. Ce titre permettra à l’album, contenant aussi la chanson Jalousie et une reprise de Na pesi Yo Mboté, d’être son premier disque d’or avec plus de 300 000 exemplaires vendus en Afrique. La suite ne sera pas aussi créative que les années précédentes. En 1984, la tantine des congolais s’installera à Lomé au Togo avec son groupe jusqu’en janvier 1986.

Au printemps 1986, elle s’installe à Paris et sort l’album Je Suis Fâché dont le titre phare est écrit, arrangé et produit par l’artiste camerounais Georges Seba. C’est un carton, à une période où le groupe antillais Kassav « colonise » pratiquement la scène musicale afro-caribéenne. L’album est un disque d’or certifié et une nouvelle génération du public découvre la star congolaise.

En 1988, elle, avec l’appui de son fan club international dirigé par Berthrand Nguyen Matoko, se produit le 24 septembre au Zénith, la grande salle de spectacle parisienne devant 5 000 personnes. Le concert auquel prennent part plusieurs artistes invités, notamment Bernard Lavilliers, Manu Dibango, Georges Seba, Pépé Kallé et François Lougah, est diffusé en direct sur Radio France internationale (RFI). Le succès que rencontre ce spectacle lui vaut un contrat avec la firme de disque multinationale Polygram. En 1989, elle réalise enfin son rêve en allant en Chine se produire pour 17 galas avec l’Abeti chinoise dans les grandes villes du pays devant des milliers de spectateurs. Cette même année, elle chante aussi dans la mythique salle Appolo Theater à Harlem dans la ville de New York aux États-Unis.

Les dernières années d’Abeti sont moins laborieuses. Elle sort un dernier album en 1990 intitulé La Reine du soukous comprenant, entre autres, les chansons suivantes : Bebe Matoko, Mupenzi, Malu et une reprise de Mwana Muke Wa Miss. Elle se produit par ci et par là notamment à Kinshasa au Palais du Peuple en décembre 1990. Elle livre son dernier spectacle dans la salle LSC à La Plaine Saint-Denis la nuit du réveillon 1993.

La maladie l’éloigne de son public les mois suivants, et elle décède le 28 septembre 1994 à Villejuif, dans la banlieue parisienne, des suites d’un cancer de l’utérus. Son corps est rapatrié à Kinshasa le 9 octobre de la même année. Elle est décorée à titre posthume d’une médaille de l’Ordre national du Léopard et elle est enterrée le 10 octobre au cimetière de la Gombe en présence de plusieurs personnalités, des membres de sa famille et de nombreux fans.

Plusieurs années après sa disparition, Abeti reste l’une des figures marquantes de la musique africaine contemporaine. Elle est considérée comme l’une des grandes écoles musicales, car bon nombres d’artistes talentueux sont passés par son groupe « Les Redoutables », comme Mbilia Bel (choriste de 1976 à 1981), Lokua Kanza (guitariste, 1980-81),Abby Surya (danseuse, 1984-1986), Malage De Lugendo (choriste-chanteur), Tshala Muana (danseuse durant trois mois entre 1978-79, ancienne de M’Pongo Love), Yondo Sister (danseuse 1986, ancienne de Tabu Ley), Lambio Lambio (danseur), Komba Bellow (percussionniste), Richard Shomari (choriste), Joëlle Esso (danseuse), etc.

Abeti est aussi l’une des artistes africaines à avoir révolutionné la musique sur le continent en fusionnant différents rythmes du monde au folklore du terroir. Elle figure également parmi les rares chanteuses d’Afrique à avoir eu une carrière internationale.

Abeti a également influencé plusieurs femmes africaines par son style de maquillage, ses coiffures à la mode et son habillement. En Afrique de l’Ouest, la jupe droite à fente porte le nom de « jupe Abeti » et un tissu wax a été nommé d’après le tube Scandale De Jalousie.

Abeti représente aussi l’émancipation de la femme congolaise et africaine dans l’univers de la chanson. Elle a été la première femme de son pays à s’imposer professionnellement dans le monde musical congolais dominé exclusivement par des hommes. Lorsqu’ Abeti a débuté sa carrière, la seule chanteuse à avoir connu le succès localement fut Lucie Eyenga (1934-1987).

En 2014 sortira un documentaire retraçant la vie d’Abeti et son parcours artistique. Intitulé Abeti Masikini, Le Combat d’une Femme, ce film est réalisé par Laura Kutila et Ne Kunda Nlaba.

Sans oublier les « Abeti-Show » du Ciné Palladium à Kinshasa, qui ont fait la renommée d’Abeti Masikini, des Redoutables et des Tigresses durant la décennie 1970.

Albums d’Abeti Massikini

·         1973 : Pierre Cardin présente Abeti (Les Disques Pierre Cardin/ Sonafric) Ref: SAF 93501

·         1975 : La voix du Zaire, l’idole de l’Afrique (Pathé Marconi/EMI) Ref: 2C O64 15741

·         1976 : Abeti à Paris (Pathé Marconi/EMI) Ref: 2C06215.772

·         1977 : Abeti (Capriccio) Ref: 37014

·         1977 : Visages (BBZ productions/RCA) Ref: BZL 7014

·         1978 : Abeti: Kupepe Suka (BBZ productions/RCA) Ref: BZL 7019, RCA – BZL 7019

·         1979 : Na Pesi Yo Mboté (45 tours)

·         1979 : Bifamuri (45 tours)

·         1979 : Mbanda Na Ngai (45 tours)

·         1980 : Mokomboso (Eddy’son/ Disques Sonics)) Ref: 79398 / 79398

·         1981 : Dixième anniversaire (Dragon Phénix) Ref: DPX 829

·         1982 : Abeti (Iris production) Ref: IRS 001

·         1983 : Abeti: Naleli (Zika Production)

·         1984 : Amour Ya Sens Unique (IAD/ Industrie Africaine du Disque) Ref:IAD/S 0015

·         1984 : Abeti & Eyenga Moseka : Le Duo Du Siècle (IAD/ Industrie Africaine du Disque) Ref: IAD/S 0016

·         1985 : Ba Mauvais Copiste (Win Records/Africa New Sound/Tabansi) Ref: WNL 403, ANS 8402

·         1985 : Samoura (Bade Stars Music) Ref: AM 030

·         1986 : Je Suis Fâché (Bade Stars Music) Ref: AM 033

·         1987 : En colère (Bade Stars Music) Ref: AM 035

·         1988 : Scandale De Jalousie (maxi 45 tours) (Polygram/ LAB) Ref: LAB 101

·         1990 : La Reine du soukous (AMG/Polygram)

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