L’espace public sur l’avenue Niangara, dans la commune de Ngiri-Ngiri, s’est transformé, samedi 17 janvier 2026, en un théâtre d’expérimentation artistique. Sous la direction de l’artiste Chardy Masamuna, la compagnie Game Actor’s a organisé une masterclass dédiée à l’art de la marionnette en ombres chinoises. Cette initiative, délibérément installée en plein air, visait à décloisonner la pratique artistique et à la rendre accessible à tous, hors des murs institutionnels.
Cette action de médiation culturelle poursuivait un objectif central celui d’ initier un public diversifié aux principes, techniques et au langage visuel de la marionnette en ombres chinoises, tout en réaffirmant la rue comme un lieu légitime de création et de transmission.

Le choix du cadre extérieur n’est pas anodin. Il s’inscrit dans une volonté politique et sociale de rapprocher les arts vivants des populations, en supprimant les barrières physiques et symboliques.
« L’idée était de créer une rencontre directe, sans filtre, et de rendre l’art visible et accessible, même à ceux qui n’osent pas franchir les portes d’une salle », a expliqué Chardy Masamuna, initiateur et formateur du jour.
Il s’agissait de favoriser un moment collectif et spontané, transformant un lieu de passage en espace de partage et d’apprentissage.

Le déroulement de l’atelier a combiné théorie et pratique. Après une introduction historique, l’artiste Chardy Masamuna a démontré les techniques de base : manipulation des silhouettes, jeux de lumière et posture du corps. La phase participative a ensuite permis aux novices de s’essayer à la discipline.
Parmi les participants, Alvie Galo, artiste visuel connu sous le nom de Gal’art Solution, a trouvé dans cette pratique un écho à ses propres recherches.

« Mon travail s’intéresse à la mémoire, à l’identité et aux symboles. Cette masterclass m’a montré qu’avec peu de moyens, mais de la lumière, du corps et des gestes, on peut raconter une histoire forte. L’art des ombres, discret et symbolique, rejoint finalement l’art visuel dans son désir de transmettre un message et de toucher l’émotion », témoigne-t-il.
L’approche ouverte et gratuite a attiré un public mixte, allant des enfants aux adultes, suscitant curiosité et implication. Pour beaucoup, c’était une première découverte.

« Je ne savais pas qu’avec la lumière et l’obscurité on pouvait créer une image et raconter de belles histoires. C’est la première fois que je vois ce spectacle en plein air », partage Nani Dieu Merci, un participant visiblement émerveillé.
Cette simplicité apparente, capable de générer une forte poésie, a été un point marquant de l’événement.
« Ce qui m’a le plus plu, c’est la simplicité et la liberté de création. L’ambiance était ouverte, avec un vrai partage », confirme Alvie Galo.
Au-delà de la découverte de techniques, la masterclass a ouvert des réflexions sur le rôle social de l’art. Plusieurs participants y voient un outil puissant pour valoriser la culture et l’histoire.
« Mon souhait est que le gouvernement congolais puisse donner de l’impact à ce genre de spectacles. En ce qui concerne l’histoire de nos ancêtres, on peut la raconter de cette manière », exprime Nani Dieu Merci.
Un sentiment partagé par Alvie Galo, qui milite pour une plus grande reconnaissance des arts de la rue : « Mon souhait est que l’art de la rue soit reconnu, respecté et soutenu. Qu’il devienne un véritable outil de sensibilisation et d’expression pour la jeunesse. Il doit rester vivant, libre et proche du peuple, parce qu’il raconte la réalité de ceux qui vivent la ville au quotidien ».
L’initiative de la compagnie Game Actor’s démontre la pertinence de telles actions de médiation. L’impact est à la fois artistique, par la découverte d’une nouvelle forme d’expression ; sociale, en créant du lien à travers une expérience collective ; et culturelle, en contribuant à la démocratisation des arts vivants.
Cette masterclass a confirmé que l’art, lorsqu’il investit l’espace public avec une démarche inclusive, peut devenir un vecteur efficace d’éducation, de dialogue et de cohésion sociale.
Franklin MIGABO
