L’artiste comédien et musicien Shukurani nzanzu Mangese, révélé au grand public par sa victoire au Goma Challenge Musica en 2022, a été assassiné dans la nuit du samedi 30 au dimanche 31 mai 2026 lors d’une incursion attribuée aux rebelles ADF à Ngadi, dans la ville de Beni, au Nord-Kivu. Plusieurs membres de sa famille, dont ses parents, ont également péri dans cette attaque. La disparition de ce jeune talent, qui avait choisi de retourner vivre auprès des siens après la notoriété, plonge le milieu culturel et la communauté autochtone dans le deuil.
Selon des sources locales, les assaillants ont pénétré dans le camp de pygmées de Ngadi en pleine nuit, tuant au moins six civils par balles et armes blanches. Parmi les dépouilles identifiées figure celle de Nzanzu Mangese, exécuté aux côtés de son père biologique, de sa mère et de plusieurs proches. La méthode employée, caractéristique des violences des ADF dans la région, témoigne de la persistance de l’insécurité à Beni, malgré les opérations militaires conjointes des FARDC et de l’UPDF.
Champion de la grande compétition musicale Goma Challenge Musica en 2022, Nzanzu Mangese avait connu une brève notoriété après une tournée dans l’Est de la République démocratique du Congo et à Kinshasa. Alors que la reconnaissance lui ouvrait les portes des villes et des maisons huppées, l’humoriste fit le choix singulier de revenir s’installer dans le camp de Ngadi, préférant la simplicité de ses origines pygmées aux privilèges de la vie urbaine. Ce retour, quelques mois seulement après ses succès, illustrait son attachement profond à sa communauté.
À travers ses vidéos virales, ses sketchs et sa musique, Nzanzu Mangese s’était imposé comme une voix singulière de la culture pygmée du Nord-Kivu. Loin des stéréotypes réducteurs, il transformait en art le quotidien de ceux que l’on ignore souvent. Son humour, puisé dans la réalité la plus dure, n’était jamais une fuite, mais une affirmation : celle de la dignité d’un peuple trop souvent rendu invisible. Sur scène comme dans ses œuvres, il rappelait que chaque existence mérite d’être vue, entendue et respectée.
La ville de Beni est aujourd’hui endeuillée. Au-delà du choc sécuritaire, c’est la mémoire d’un artiste complet : humoriste, comédien, musicien, que la population salue. Sa mort brutale prive la scène culturelle de l’Est de la RDC d’un de ses plus brillants ambassadeurs, et la communauté pygmée d’une figure de fierté.
Sincères condoléances sont adressées à sa famille, à ses proches, et à tous ceux qui appréciaient son talent. Que son histoire rappelle que les peuples autochtones ne sont pas invisibles : ils ont des voix, des talents et des rêves. Nzanzu Mangese repose désormais en paix, laissant derrière lui l’héritage d’un homme qui, par le rire et la musique, aura su résister, créer et exister pleinement.
Franklin MIGABO
