Le président du Conseil Supérieur de l’Audiovisuel et de la Communication (CSAC), Christian Bosembe, a brandi la menace d’une suspension de TikTok en République Démocratique du Congo. En cause : l’utilisation jugée massive de la plateforme par des groupes armés et des personnalités recherchées pour diffuser leur propagande et tenter de recruter de nouveaux partisans.
Cette déclaration, ferme et sans équivoque, intervient alors que les tensions sécuritaires restent vives dans l’est du pays. Christian Bosembe s’est dit particulièrement indigné par ce qu’il perçoit comme une impunité numérique accordée à des figures telles que Corneille Nangaa ou aux mouvements rebelles comme l’AFC-M23, qui disposent de comptes actifs sur le réseau social aux côtés de millions d’utilisateurs congolais.
Dans une prise de position marquée, le patron du régulateur des médias a fixé sa ligne de conduite : « À un moment donné, l’État congolais doit se respecter ». Il a affirmé avoir déjà interpellé les responsables de TikTok sur cette problématique, tout en rappelant l’autorité de son institution en la matière. « Le régulateur, c’est moi », a-t-il martelé, laissant entendre que les discussions avec la filiale californienne n’avaient pas encore produit les résultats escomptés.
Selon Christian Bosembe, les signalements effectués par ses services restent insuffisamment pris en compte, la modération de la plateforme étant encore, d’après lui, à un stade de développement peu adapté aux réalités congolaises. Face à cette inertie, la menace d’une fermeture pure et simple se précise.
Pour étayer sa position, le président du CSAC a eu recours à une analogie percutante : « Est-ce qu’on imagine un compte du Hezbollah en France ou d’Al-Qaïda aux États-Unis ? Pourquoi l’accepte-t-on au Congo ? » Cette question rhétorique vise à souligner ce qu’il considère comme une rupture d’égalité de traitement et une faille sécuritaire majeure.
Il a également évoqué le précédent gabonais, où les autorités avaient procédé à une suspension temporaire du réseau social pour adapter la législation nationale. « Si cela ne change pas, nous serons obligés de fermer la plateforme. Le Gabon l’a fait le temps d’adopter sa législation. Pourquoi ne le ferions-nous pas ? », s’est-il interrogé.
Si l’option d’une interdiction totale est clairement sur la table, elle soulève néanmoins des questions complexes. L’efficacité d’une telle mesure est en effet sujette à caution. Corneille Nangaa et les groupes armés sont également présents sur d’autres réseaux sociaux comme X (ex-Twitter), Facebook ou Instagram. La fermeture d’une seule plateforme pourrait donc s’avérer symbolique sans être décisive dans la lutte contre la propagande en ligne.
Au-delà de cet aspect, une suspension de TikTok en RDC impacterait des millions d’internautes congolais, dont de nombreux créateurs de contenu et petites entreprises qui ont fait du réseau social un outil de subsistance et d’expression. Christian Bosembe semble conscient de ces enjeux, mais sa position demeure inflexible : pour lui, la sauvegarde de l’ordre public et de la sécurité nationale prime sur toute autre considération. « Aujourd’hui, le M23, l’AFC et d’autres groupes disposent de comptes TikTok et ne se cachent même plus », a-t-il déploré en guise de conclusion.
Les prochaines semaines s’annoncent donc décisives. Le CSAC attend désormais une réaction concrète de la part de la maison mère de TikTok pour qu’elle procède au blocage des comptes incriminés. Faute de quoi, l’État congolais pourrait passer à l’acte et appliquer une mesure radicale, à l’image de ce qui a pu être observé dans d’autres pays confrontés à des défis similaires en matière de souveraineté numérique et de lutte contre la désinformation.
Franklin MIGABO
