La salle de promotion de l’Académie des Beaux-Arts de Kinshasa a vibré au rythme des mots et de l’émotion, le 23 mai dernier, à l’occasion de la cérémonie de remise des prix de la deuxième édition du concours d’écriture Lilia Bongi. Dans une atmosphère festive mêlant fierté parentale, enthousiasme juvénile et reconnaissance institutionnelle, cet événement a confirmé l’ancrage d’une initiative littéraire unique dans le paysage éducatif congolais, celle qui parie sur l’imagination des enfants pour bâtir les lecteurs et les écrivains de demain.
UNE FONDATION AU SERVICE DE LA PÉRENNITÉ
Né du succès inattendu de la première édition en 2025, le concours dispose désormais d’un cadre institutionnel solide. Kieran-Jack Costello, Administrateur de la Fondation Lilia Bongi, prenant la parole en ouverture de la cérémonie, a retracé avec solennité le chemin parcouru en à peine un an :
« La Fondation Lilia Bongi est née dans le prolongement direct du succès rencontré par la première édition du concours d’écriture scolaire Lilia Bongi qui a eu lieu à Kinshasa en 2025. Face à l’enthousiasme des écoles, des élèves, des familles et du public, il est apparu nécessaire de donner à cette initiative une base juridique et durable. Dès lors, nous avons souhaité donner un cadre structuré permettant à la Fondation de tenir ses propres initiatives mais également de s’associer et de soutenir d’autres actions éducatives, culturelles ou encore sociales qui tiennent ces mêmes valeurs de solidarité, de transmission et de bienveillance défendues par la Fondation. »
Il a conclu en soulignant la portée historique de cette soirée :
« La deuxième édition du concours d’écriture Lilia Bongi devient le premier grand événement officiellement tenu par la Fondation. »
UN CONCOURS EN PLEINE CROISSANCE
L’engouement ne faiblit pas, bien au contraire. Pour cette deuxième édition, onze écoles ont répondu à l’appel – dix à Kinshasa et une à Matadi, première participation hors de la capitale –, marquant une hausse significative par rapport à 2025. Le principe reste aussi exigeant qu’original : les élèves de sixième, septième et huitième année de l’école de base doivent lire « La légende de la femme oiseau », deuxième ouvrage de Lilia Bongi – elle-même lauréate du Grand Prix congolais du livre pour son premier roman –, puis imaginer et écrire une suite en respectant un cahier des charges précis. Les textes sont ensuite évalués par un jury de quatre membres basé en Europe, présidé par M. José Mabita Mamotinga.
Mme Lilia Bongi, initiatrice du concours et écrivaine dont l’œuvre sert de matière première à l’exercice, a détaillé la philosophie d’un projet qu’elle veut ancré dans la durée et dans le tissu scolaire congolais :
« Je suis l’initiatrice de cette deuxième édition du concours d’écriture qui porte mon nom. J’ai voulu que ce soit un concours qui soit soutenu par une organisation juridique. C’est pour ça que j’ai créé la fondation pour qu’on puisse pérenniser le concours. L’objectif est d’être implanté dans les écoles et qu’à travers les professeurs et la direction de l’école, ils fassent connaître le concours aux enfants et les encadrent un petit peu sans être, eux, le chef de file. »
« CHAQUE PAGE LUE, CHAQUE MOT ÉCRIT VOUS A ENRICHI »
Le moment le plus émouvant de la cérémonie est sans doute venu lorsque Moko, membre de l’organisation, s’est adressée directement aux enfants. Debout face à des dizaines de jeunes visages attentifs dans la salle de promotion de l’Académie des Beaux-Arts, elle a livré un discours empreint de bienveillance et de conviction, rappelant à chaque participant – lauréat ou non – la valeur intrinsèque de son engagement :
« Je suis heureuse d’être avec vous aujourd’hui ici en personne à l’Académie des Beaux-Arts de Kinshasa pour célébrer la jeunesse, la lecture et l’écriture. Participer à un concours littéraire est une chance. Participer à un prix, à un concours littéraire est une expérience intellectuelle unique. Et je suis contente que vous ayez pris le temps de participer. Il faut savoir qu’au travers de ce concours, vous avez appris à ouvrir votre esprit, à aiguiser votre esprit critique, à vous dépasser et surtout, vous avez pu faire entendre votre voix. »
Puis, dans un silence respectueux, elle a ajouté ces mots qui résonnent comme un mantra pour toute une génération :
« Quel que soit le résultat de ce concours, souvenez-vous, chers enfants, que chaque page lue, chaque mot écrit vous a enrichi. Participer à ce concours est déjà un succès pour chacun et chacune d’entre vous. »
LE MESSAGE DU JURY : EXIGENCE ET ENCOURAGEMENT
La cérémonie a également été marquée par la lecture du message officiel du président du jury, M. José Mabita Mamotinga, Congolais de la diaspora établi en Belgique. Ses mots, lus par Mme Lilia Bongi devant l’assemblée, ont témoigné à la fois de la satisfaction du jury face à la qualité croissante des textes reçus et de son souci d’accompagner les jeunes auteurs vers l’excellence :
« Chers élèves, chers parents, chers enseignants, avant toute chose, nous voudrions féliciter la Fondation Lilia Bongi pour l’organisation de la deuxième édition du concours d’écriture Lilia Bongi. C’est avec beaucoup de plaisir que nous avons lu les textes soumis cette année. Nous sommes heureux de constater que le nombre d’établissements participants est en hausse et que plusieurs écoles ont proposé des textes de grande qualité, témoignant de créativité, d’imagination et d’un véritable respect des traditions. Le travail du jury en a été d’autant plus difficile puisqu’il ne peut y avoir que trois gagnants. »
Le jury a formulé trois recommandations claires pour les prochaines éditions, avec une pointe d’humour adressée aux parents :
« Il est essentiel de respecter les consignes, alors relisez-les attentivement. Il importe de se relire avec soin en veillant à l’orthographe et à la ponctuation, alors relisez-vous. Il est primordial que les textes demeurent le fruit du travail et de l’imagination des enfants et non de l’intervention excessive des adultes qui les entourent. Alors, chers adultes, accompagnez-les, mais avec modération. »
LES TROIS LAURÉATES TÉMOIGNENT
Après les discours officiels et la lecture du message du jury, est venu le moment le plus attendu de la cérémonie : la rencontre avec les trois lauréates. Ces jeunes auteures en herbe, dont certaines découvraient pour la première fois le goût de la reconnaissance publique, ont pris la parole avec une fraîcheur et une sincérité qui ont ému l’ensemble de l’assistance. Leurs témoignages révèlent non seulement le sérieux avec lequel elles ont abordé le défi, mais aussi la transformation intérieure que l’exercice d’écriture a opérée en elles.
Le palmarès de cette deuxième édition :
– Premier prix : Alma Marina Mwamini Betabane du Lycée Liziba pour son texte « Le choix de la Femme-Oiseau »
– Deuxième prix : Texeira Samba du Lycée Mpiko de Lemba pour son texte « Le choix de la Femme-Oiseau »
– Troisième prix : Chloé Kalunga Kalonda du Lycée Liziba pour son texte « Le choix de la Femme-Oiseau »
Alma Marina Mwamini Betabane, élève en 6e primaire au Lycée Liziba et grande gagnante de cette deuxième édition, a pris le micro avec une timidité vite balayée par l’enthousiasme. Cette jeune fille, qui a consacré deux à trois semaines à imaginer « Le choix de la Femme-Oiseau », a détaillé avec une maturité remarquable la méthode qu’elle s’est forgée seule, à force de lectures et de persévérance :
« En lisant le livre, j’ai lu le livre 2-3 fois, j’ai d’abord commencé par résumer le livre, ensuite, vu que j’avais eu l’autre exemplaire en retard, avec la suite du papier en retard, on m’avait remis ça un peu en retard, j’ai compris qu’une autre suite était là-bas. Du coup je me suis basée un peu sur ça, et j’ai essayé un peu de mélanger toutes les idées que j’avais. »
Interrogée sur la durée de ce travail d’écriture, elle répond simplement : « Ça m’a pris un peu beaucoup de temps. Deux semaines à trois semaines. » Un investissement considérable pour une enfant de son âge, qui témoigne d’une discipline et d’une passion naissante pour les mots.
Visiblement submergée par l’émotion d’une victoire qu’elle n’avait pas vue venir, Alma Marina a laissé éclater une joie pure et communicative :
« Je suis très, très, très contente. En vrai, je ne m’attendais pas à ça, mais vraiment, je suis très, très, très contente. »
Et quand on lui demande quel conseil elle adresserait aux filles de son âge qui n’aiment pas lire, sa réponse fuse avec la force d’une conviction forgée par l’expérience, résumant en quelques mots toute la philosophie du concours :
« Il faut beaucoup lire. Il faut toujours croire en soi. »
Texeira Samba, du Lycée Mpiko de Lemba, deuxième prix du concours, a quant à elle offert un témoignage empreint de gratitude et d’humilité. Plutôt que de s’attribuer tout le mérite, cette jeune lauréate a tenu à rendre hommage à celle qui l’a accompagnée dans ce parcours d’écriture – illustrant la belle dynamique d’entraide et de solidarité que le concours génère naturellement entre les élèves :
« En tout cas, déjà de 1, je remercie la demoiselle à côté, c’est elle qui m’a aidé à écrire le texte. J’ai écrit sa chanson en tout cas, elle était toujours là pour corriger les trucs dans le graphisme, tout ce qu’il y avait, comment je ne trouvais pas les mots, elle m’a dit non, à la place de ça, je vais écrire ça. En tout cas, moi j’ai aimé. Personnellement, je suis très fière de moi d’avoir commencé, ensuite d’être ici. »
Interrogée sur ses ambitions littéraires futures et sur la possibilité de se compter un jour parmi les grands écrivains congolais, Texeira Samba répond avec une honnêteté touchante :
« Pour me compter parmi les écrivains congolais, je ne suis pas sûre, mais il y a des fois où j’écris des livres, sauf que je ne termine pas. »
Une confidence qui, loin d’être un aveu de faiblesse, révèle une graine d’écrivaine qui ne demande qu’à être cultivée – précisément ce que le concours Lilia Bongi ambitionne de faire.
UN DÉFI LITTÉRAIRE AU SERVICE DE L’IMAGINATION
Au-delà de la fête et des récompenses, Mme Lilia Bongi a tenu à rappeler que derrière l’apparente simplicité du concours se cache un véritable défi intellectuel, pensé pour stimuler les capacités créatives des enfants tout en les confrontant aux exigences de l’écriture :
« Il y a des paramètres, il faut aller chercher les personnages, il faut imaginer les dangers qui courent, tout en s’intégrant dans un texte qu’on n’a pas écrit soi-même au départ. Donc le travail n’est pas facile. Il y en a beaucoup qui ne le comprennent pas, qui inventent toute une nouvelle histoire. Il y en a qui pensent qu’ils n’ont pas besoin de lire le texte. On est éliminés parce qu’il faut aller chercher les personnages, l’histoire. »
Sa vision pédagogique s’inscrit dans le temps long, avec la conviction qu’un enfant qui échoue une année peut triompher la suivante, fort de sa maturité nouvelle :
« J’ai voulu faire exactement le même concours pendant trois ans pour que les élèves de sixième, qui n’ont pas réussi, puissent recommencer l’année suivante et encore l’année suivante. Je pense qu’un enfant change tellement que le texte qu’il a remis l’année dernière, avec un an de plus et connaissant le concours, son imagination a évolué et il peut faire un effort différent. »
Quant à l’impact sur la jeunesse congolaise, elle ne doute pas un instant de la portée transformatrice de l’exercice :
« Les enfants ont beaucoup d’imagination. Qu’est-ce qu’on fait de cette imagination ? Quand on les encadre avec un défi littéraire, tout ce qu’ils apprennent là sera bénéfique dans leur scolarité. C’est un détour agréable, il y a une fête, ils reçoivent un t-shirt, il y a des billets. Mais je suis certaine que l’enfant qui a participé au concours est différent de l’expérience qu’il a vécue. Et c’est le fait d’aller vers l’enfant avec quelque chose qui n’est pas obligatoire, mais qui titille sa personnalité. »
UN AVENIR À L’ÉCHELLE DU PAYS
Avec l’ambition de s’étendre progressivement au-delà de Kinshasa – qui compte à elle seule plus de 1 200 écoles –, le concours d’écriture Lilia Bongi s’impose comme un rendez-vous incontournable de la promotion de la lecture et de l’écriture auprès de la jeunesse congolaise. La Fondation entend poursuivre sa mission : offrir aux enfants un espace d’expression, de créativité et de dépassement de soi, une page à la fois.
Masand Mafuta
