Le site de l’Échangeur de Limete, lieu symbolique abritant le mausolée de Patrice-Émery Lumumba et le Musée d’Art Contemporain et Multimédia, a été le cadre, samedi 17 janvier dernier, d’une double commémoration : le 65e anniversaire de l’assassinat du premier Premier ministre de la République Démocratique du Congo (RDC) et la mise en lumière des quatre piliers du Musée d’Art Contemporain et Multimédia (MACM). L’événement, riche en hommages et en perspectives culturelles, a mêlé recueillement, art et projets d’envergure panafricaine.
L’activité a débuté par une contextualisation forte du lieu par son Directeur général, Joël Kenda. Il a rappelé la symbolique architecturale et historique de la tour de l’Échangeur.
« La tour de l’échangeur, comme vous le voyez, avec ses quatre piliers magnifiques, qui mesurent plus de 210 mètres de hauteur, a été construite en 1970. Ces quatre pylônes représentent les quatre langues nationales de notre pays. Cette tour est un patrimoine, ça incarne l’unité et la diversité culturelle », a-t-il déclaré.

Il a ensuite retracé les métamorphoses nominatives de l’édifice, miroir des évolutions politiques du pays : tour de l’Unité, mausolée Lumumba, tour des Héros Nationaux, place de la Reconstruction, avant son classement comme patrimoine culturel en 2015.
« Et tout bien culturel est affecté à la gestion de l’Institut des musées nationaux du Congo », a-t-il conclu, ancrant le MACM dans sa mission de gardien de la mémoire collective.

La soirée culturelle du 17 janvier 2026, organisée en collaboration avec le Blue Rock Rumba Reggae Festival et le collectif CRASA, a ensuite pris le relais. Après le discours d’ouverture de Joël Kenda, Philip Buyck, Président de Blue Rock, a présenté un projet ambitieux : la création d’un village panafricain sur le site de l’Echangeur de Limete, destiné à créer un pont culturel entre la RDC et la Jamaïque.
Les hommages se sont poursuivis par un dépôt de gerbe des fleurs devant le mausolée de Lumumba, conduit par l’ambassadeur d’Ukraine en RDC, Vasyl Hamianin, et le Directeur du musée. L’ambassadeur a salué une figure dépassant les frontières.

« Il a sacrifié sa vie non seulement pour le Congo, mais aussi pour le continent africain. Il est une fierté et un exemple », a-t-il affirmé.
Théodore Nganzi, Directeur de cabinet Adjoint au ministère de la Culture, a officiellement ouvert l’exposition « Histoire de la République Démocratique du Congo, hommage aux héros nationaux ».
« En ces jours, nous honorons non seulement la mémoire de Lumumba, mais aussi son héritage inestimable », a-t-il déclaré, insistant sur le devoir de transmission.

L’élu national Éric Dibenga, parrain de l’événement, a renchéri : « Cette exposition est bien plus qu’un événement ; elle est un acte de mémoire, un devoir de transmission et un appel à la conscience collective ».
Dans la salle, on pouvait palper des toiles qui ont mis en lumière des figures emblématiques de l’histoire de la RDC. Des peintures qui retracent les temps forts de l’histoire politique, culturelle, sociale et autres du deuxième plus grand pays d’Afrique.

L’exposition en plein air a offert un parcours à travers des toiles mettant en lumière Lumumba et Bob Marley. La dimension performative était également présente avec le spectacle « Épopée Lumumba » par le groupe CRASA et le théâtre national, une autre performance dansée avec Jacques Bana Yanga et des enfants des rues, et un défilé de sape.
La soirée s’est achevée par une série de concerts mêlant rumba et reggae, genres musicaux chers à la culture congolaise et jamaïcaine. Cette fusion n’était pas anodine. Philip Buyck a explicitement relié les combats de Patrice Lumumba et de Bob Marley.

« Cette initiative entend honorer deux icônes majeures du combat pour la dignité, la liberté et l’unité africaine », a-t-il expliqué, détaillant son plaidoyer pour un village panafricain.
« Ce village servira de carrefour de rencontre entre les peuples d’Afrique, de la diaspora et d’ailleurs Cela ne pèsera pas forcément sur les ressources de la RDC, car chaque pays pourra prendre en charge le financement de sa propre représentation ».
Situé sur la place de la Reconstruction, au croisement du boulevard Lumumba et de l’avenue By-Pass, le MACM s’affirme ainsi bien plus qu’un musée. Il se veut un lieu vivant de réflexion, de création et de dialogue panafricain, où l’hommage aux figures historiques comme Lumumba sert de socle à des projets culturels contemporains et fédérateurs.
L’exposition reste ouverte au public, et le Blue Rock Rumba Reggae Festival annonce d’autres activités d’envergure dans les jours à venir, confirmant la dynamique insufflée autour de ce haut lieu de mémoire kinois.
Franklin MIGABO
