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L’ÉGLISE CATHOLIQUE EST-ELLE UN SUJET POLITIQUE OU APOLITIQUE ? (Tribune)

par Danny
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Dans une émission télévisée, de la Radio Télévision Nationale Congolaise, RTNC en sigle, Monsieur Freddy Mulumba, le Directeur Général de ladite Télévision, m’a posé une question délicate et sensible relative à l’Église ; il s’agissait de savoir si l’Église catholique est un sujet politique ou bien apolitique. En effet, l’Église catholique est accusée, à tort ou à raison, de s’immiscer dans la vie politique de la République Démocratique du Congo. À en croire certains analystes politiques, depuis les années 1960, où le Peuple congolais a accédé à l’indépendance, les instances ecclésiastiques font preuve d’une immixtion exagérée dans les questions politiques du Pays.

l’Église catholique doit-elle prendre distance de la vie politique ? Lorsqu’elle se tait, on l’accuse d’être inféodée au pouvoir de ceux qui dirigent le pays et de ne pas s’occuper ou de ne pas défendre la cause des opprimés, des pauvres et des sans voix. En revanche, lorsqu’elle se prononce sur les questions politiques de la Nation congolaise, elle est accusée d’ingérence et d’immixtion dans la politique du pays.

Pour rappel, la Conférence Épiscopale de la République Démocratique du Congo, depuis le temps du feu Cardinal Malula en passant par le Cardinal, Etsou, Mosengwo jusqu’à l’actuel Archevêque de Kinshasa, le Cardinal Ambongo, a toujours eu et entretenu un rapport dialectique avec l’État congolais. D’une part, l’Église joue bien son rôle prophétique, d’ autre part, il s’agit purement et simplement d’une politisation de l’Église ; car, celle-ci devrait être au milieu du village ou neutre vis-à-vis de la vie politique. Pourtant, il est difficile d’être neutre.

Selon le Pape Pie XI, la politique est la plus haute forme de la charité, en ce sens qu’elle s’occupe de l’épanouissement personnel et collectif des citoyens. Elle met au centre la personne humaine et son bien être dans la société. Cette expression de Pie XI, a été reprise par ses successeurs, notamment les Papes Paul VI, Jean-Paul II, Benoît XVI et François. Et donc, l’Église, qui prêche la Charité, doit-elle être absente là où ladite charité est exercée ?

D’après moi, il faut d’abord lever l’équivoque quand on parle de l’Église. La question qu’il faut se poser, est celle de savoir : qu’est-ce que l’Église ?
l’Église, ce n’est pas le Pape ni encore moins l’ensemble des Évêques, des prêtes, des religieux et religieuses ou des personnes consacrées à travers le monde de maniere générale et en République Démocratique du Congo de manière particulière. l’Église est une communauté des croyants, c’est-à-dire ceux qui ont écouté la bonne nouvelle de Jésus-Christ, et par conséquent, ont adhéré à cette dernière, en constituant une communauté de foi et de prière, composée des femmes et des hommes, y compris des enfants, concrets, en chair et en os, qui vivent dans une Nation bien déterminée.

Donc, l’Église catholique est une communauté des baptisés, qui comprend en son sein des Laïcs, des Diacres, des Prêtres, des Religieux et Religieuses, des Évêques, des Cardinaux. À la tête de toutes ces catégories susmentionnées se trouve l’Évêque du Diocèse de Rome, le Pape.

Ceci étant, il sied de noter que dans l’Église catholique, seuls les Laïcs sont habilités à faire la politique d’une manière active ; en ce sens qu’ils peuvent librement adhérer au parti politique de leur choix et y exercer, en tant que citoyens, des fonctions hautement politiques. Seuls les Laïcs peuvent aspirer à devenir des Députés nationaux ou provinciaux, des Sénateurs, des Ministres, des Mandataires passifs et actifs dans des Entreprises du portefeuille de l’État, des Juges et des Magistrats dans des tribunaux et parquets. Par contre, les Évêques, les Prêtres, les Religieux et Religieuses, il leur est interdit de mener la politique active et d’appartenir à des partis politiques. Mais comme citoyens, ils ne sont pas neutres ou passifs quand il s’agit de voter : ils peuvent voter la gauche ou la droite, si on est en Europe, les démocrates ou les républicains, si on est aux États-Unis; l’UDPS ou le PPRD, le PALU ou l’ensemble pour ne citer que ceux-là, si on est en République Démocratique du Congo. Mais officiellement, c’est-à-dire dans un discours public, un Évêque ou un Prêtre ne peut pas faire la campagne électorale pour soutenir tel ou tel parti politique au détriment de l’autre. Les Prélats, moyennant la Parole de Dieu, ils éduquent leurs fidèles à la maturité humaine et spirituelle afin d’avoir une conscience morale imprégnée de valeurs évangéliques capables de les aider à choisir en connaissance de cause leurs dirigeants ou gouvernants.

Si les partis politiques ou les gouvernants lèvent des options politiques qui heurteraient la foi et la morale chrétienne catholique, les Évêques et les Prêtres doivent appeler leurs fidèles à ne pas trahir les principes évangéliques. Cela relève de leurs devoir et droits non négociables: défendre la foi et la morale catholiques. Les Constitutions de tous les Pays démocratiques reconnaissent aux citoyens la liberté et la tempérance religieuses.

Eu égard à tout ce qui précède, il est évident que l’Église catholique n’est pas totalement apolitique. Car ses fidèles, notamment les Laïcs, sont appelés à être engagés activement dans la vie politique. Par ailleurs, comme l’Église s’occupe du salut ou mieux de la libération holistique de la personne, de même la vraie politique promeut le bien-être des femmes et des hommes d’une contrée bien déterminée. En ce sens, elle est la plus haute forme de la charité, qui se traduit concrètement par la solidarité et l’hospitalité entre les êtres humains.
Les Évêques et les Prêtres sont et doivent rester des Pasteurs, des Pères spirituels qui prient pour les gouvernants et les accompagnent dans leur noble mission de promouvoir la dignité de toutes les personnes humaines, surtout celles les plus vulnérables.

Il y a des moments où le pouvoir aveugle ceux qui l’exercent, l’Église catholique, consciente de sa vocation prophétique, peut, et doit, interpeller les gouvernants en leur indiquant avec charité la voie qui mène à l’épanouissement individuel et collectif de tous les citoyens. Les dirigeants eux aussi sont priés d’écouter attentivement les alertes ou les interprétations de l’Église, en vue d’une collaboration fructueuse et honnête. De cette collaboration découlera une société harmonieuse, où la personne humaine est au centre des toutes les actions politiques.

Il est donc question que chaque instance reste à sa place, et joue bien son rôle afin d’avoir en République Démocratique du Congo des citoyens capables d’éviter les conflits stériles et qui se penchent sur les questions vitales axées sur le redressement du centre de gravité de tous les congolais, toutes tendances confondues.

Il est donc temps d’abandonner la culture de dénigrement, des insultes et de méfiance réciproque, afin de construire ensemble une société où il fait beau vivre.

Que l’Église catholique du Congo fasse tout pour former un laïcat responsable, c’est-à-dire des vrais chrétiens, bien convertis, qui puissent participer au changement et à l’élaboration des bonnes lois, en vue de l’éclosion des institutions justes.

Prof. Alain Mutela Kongo

Docteur en Théologie dogmatique de l’Université Pontificale de Rome, actuellement il enseigne à l’UPN, plus précisément au Département des Sciences des Religions et des Sociétés.

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