Fille de l’illustre indépendantiste congolais Patrice Emery Lumumba, Juliana Amato Lumumba brigue le poste de secrétaire générale de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF). Dans un entretien accordé à nos confrères de Brut Afrique, elle dévoile les grandes lignes d’un projet qui entend redynamiser l’institution en la recentrant sur les cultures locales, la prévention des conflits et la valorisation des langues partenaires.
Pour Juliana Lumumba, la langue française ne saurait être réduite à un héritage hexagonal : « Pour moi qui suis la fille de Lumumba, la langue française pour mon père aussi c’était la langue de l’émancipation », confie-t-elle. Elle rappelle que son père, dans son célèbre discours, se revendiquait « formé par les Lumières, par les droits humains ». Aujourd’hui, soutient-elle, le français est une langue polycentrée, une langue pivot qui doit coexister avec d’autres idiomes. « Il est important de parler de la valorisation des langues sœurs comme le lingala, le bambara, pour que nos langues ne disparaissent pas, car elles sont les vecteurs de nos identités », ajoute-t-elle.
Arrivée en Égypte à l’âge de cinq ans, elle a appris le français à l’école Notre-Dame-des-Apôtres, un établissement français fréquenté avant même l’assassinat de son père. « On avait une égalité, une liberté d’expression et des cours en français », se souvient-elle, évoquant une fascination précoce pour la littérature.
La candidate congolaise présente un programme articulé autour de neuf axes. Elle propose notamment la création d’une biennale de rencontres intellectuelles francophones, espace de dialogue entre femmes, hommes, jeunes issu de la diversité culturelle des pays membres. « Nous avons une telle richesse. J’aimerais que ces cultures se parlent ensemble, dialoguent ensemble », insiste-t-elle.
Face aux conflits qui « frappent à la porte de l’OIF », elle préconise la mise en place d’une « académie francophone du bien-vivre », dédiée à la prévention et à la résolution pacifique des différends, qu’ils soient diplomatiques ou autres.
Juliana Lumumba tient à lever toute ambiguïté : « Ma candidature n’est pas une candidature dirigée contre un pays ou une personne ». Elle salue le travail de l’actuelle secrétaire générale, Louise Mushikiwabo, dont elle respecte l’engagement et les deux mandats accomplis. Mais elle appelle à « une redynamisation de la francophonie, une francophonie des peuples, avec les peuples et pour les peuples ».
Elle rappelle les origines de l’institution : « Quatre hommes qui ne voulaient pas que la langue française pâtisse de son passé douloureux et douteux ». Leur ambition, dit-elle, fut de faire du français « une langue de valeur, de solidarité, de culture, de dignité retrouvée, une langue de lumière ».
Polyglotte, elle maîtrise le français, l’arabe, l’anglais, le lingala, le swahili et possède des notions de russe, Juliana Lumumba a dirigé des entreprises de conseil et été secrétaire générale de l’Union des chambres de commerce et d’industries africaines (UACCIAP) au Caire. Elle a représenté la République démocratique du Congo à l’Exposition universelle de Lisbonne en 1999 et pris la parole à la COP21.
Portée officiellement par Kinshasa, sa candidature espère incarner une Francophonie plus inclusive, tournée vers la jeunesse et les sociétés civiles. Reste à savoir si ce parcours, mêlant mémoire nationale, expérience gouvernementale et diplomatie économique, convaincra les États membres de l’OIF.
Franklin MIGABO
