La Compagnie du Théâtre National Congolais (CTNC) a franchi une nouvelle étape dans son évolution institutionnelle avec le lancement officiel de la Coordination des Femmes Artistes et Administratives (CFAA/CTNC), le 15 mai 2026. Cette structure, née d’élections démocratiques, entend redéfinir la place des femmes au sein de l’entreprise culturelle publique, en alliant une défense des droits, une formation et une promotion de la méritocratie.
L’initiative répond à une ambition claire : structurer la parole et l’action des femmes évoluant dans les métiers de la scène et de l’administration. Pour Maguy Kalomba, élue coordinatrice générale, cet engagement revêt une dimension à la fois personnelle et collective : « Les premières impressions, c’est d’abord un sentiment de satisfaction et de reconnaissance sur le choix porté à ma personne, mais c’est aussi le plaisir de voir que ce qui était comme un rêve prend vie. Et aussi le pouvoir de le concrétiser. »

Maguy Kalomba, coordinatrice générale de CFAA/CTNC @crédit photo droits tiers
Concernant ses priorités pour le mandat en cours, elle précise : « Ma vision est simple et se résume en deux phrases : rendre la femme artiste et administrative capable de défendre ses droits et s’autonomiser, et prôner la méritocratie à tous les niveaux dans la pratique de notre art. Valoriser la femme artiste et lui donner la place qu’elle mérite. »
Pour atteindre ces objectifs, la coordination a déjà tracé une feuille de route précise. Maguy Kalomba détaille les piliers de cette stratégie : « Nos actions seront axées sur la formation en vue de renforcer nos compétences pour être plus compétitives sur le terrain ; la reconnaissance du travail de la femme artiste et surtout de celle qui travaille dans l’administration artistique publique, étant donné que nous sommes un service spécialisé du ministère de la Culture, Arts et Patrimoines ; et enfin, la consolidation de la solidarité entre les femmes artistes et administratives. »
Avant même son officialisation, la CFAA/CTNC a multiplié les actions concrètes. En avril 2025, une première rencontre s’est tenue autour du thème « L’apport de la femme artiste dans un pays en guerre », animée par des figures engagées comme Annie Biasi Biasi et Bernadette Mbuyi. Ce moment a également permis de rendre hommage à quatre pionnières cumulant près de deux siècles de service au sein du Théâtre National : Lucie Viminde Mbaya (51 ans), Emilie Vungula Mvutuela (51 ans), Susane Wawina Lifeteke (51 ans) et Virginie Bibola Yamba (47 ans), qui ont reçu pagnes et diplômes d’honneur.
En février 2026, l’organisation d’une rencontre de convivialité a renforcé les liens entre les membres, tandis qu’un atelier pratique de fabrication de jus naturels et de produits d’entretien a été initié pour promouvoir l’autonomisation économique des femmes. En mars, une Assemblée générale constitutive a permis d’élire démocratiquement les quinze membres du comité de gestion, pour un mandat de deux ans renouvelable. Parmi eux, Maguy Kalomba, comédienne et metteure en scène, a été désignée coordinatrice, épaulée par Bijou Luboya Mudimba, médecin consultante.

L’équipe de CFAA/CTNC pose avec la directrice de Goethe Institut Kinshasa @crédit photos droits tiers
Le point d’orgue de ce processus a eu lieu le 15 mai 2026, lors d’une cérémonie officielle présidée par Frederick Ngandu Tshibutu, directeur général du CTNC. Devant la hiérarchie et des représentants du ministère de la Culture, ainsi que la directrice du Goethe-Institut en RDC, la coordination a été officiellement installée. À cette occasion, Lucie Lisumbu Moseka, danseuse, et Miriam Kwenda Lambi, comédienne, ont été distinguées pour leur assiduité et leur engagement, recevant des diplômes de mérite.
La vision portée par la CFAA/CTNC s’articule autour de trois axes : un art inclusif, une culture rayonnante par la diversité, et un avenir durable grâce à l’autonomisation des femmes. La structure ambitionne de devenir un modèle d’organisation féminine dans le secteur public culturel congolais, en veillant à la défense des droits, à la formation continue et à la reconnaissance stricte des compétences.
Ancrée au cœur de la capitale, au croisement des avenues Kabambare et Kasa-Vubu, la coordination entend ainsi conjuguer mémoire et projet, en s’appuyant sur l’héritage des pionnières tout en construisant les bases d’une gouvernance culturelle plus équilibrée. Cette dynamique, encore embryonnaire, pourrait bien marquer un tournant dans la manière dont les femmes investissent les espaces de décision et de création en République Démocratique du Congo.
Franklin Migabo
